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Prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine : pourquoi l'Union européenne n'a pas réussi à convaincre la Hongrie de lever son veto

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Les Vingt-sept s'étaient mis d'accord en décembre sur une aide cruciale à Kiev, qui doit continuer de financer son effort de guerre. Mais le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, en campagne pour sa réélection, refuse de lever son blocage.

Publié le 21/03/2026 07:06

Temps de lecture : 7min

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, lors d'un sommet européen à Bruxelles (Belgique), le 20 mars 2026. (NICOLAS TUCAT / AFP) Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, lors d'un sommet européen à Bruxelles (Belgique), le 20 mars 2026. (NICOLAS TUCAT / AFP)

La Hongrie met l'Union européenne dans l'embarras. Le pays d'Europe centrale, par la voix de son Premier ministre, Viktor Orban, a de nouveau bloqué un prêt de 90 milliards d'euros promis à l'Ukraine, jeudi 19 mars lors d'un sommet européen à Bruxelles. Après de longues discussions, portant notamment sur la non-utilisation des avoirs russes gelés, les dirigeants des Vingt-Sept s'étaient pourtant entendus en décembre dernier sur cette somme cruciale pour Kiev, qui pourrait bientôt être à court de liquidités. Mais rien n'y fait : le dirigeant hongrois s'est encore une fois montré inflexible, alors que l'unanimité des Etats membres est requise sur ce sujet.

Officiellement, Budapest conditionne le versement de ce prêt à la reprise des livraisons de pétrole russe par un oléoduc qui traverse l'Ukraine. Après le début de la guerre en Ukraine en 2022, l'UE avait imposé une interdiction sur la plupart des importations de pétrole russe. Mais l'oléoduc Droujba ("amitié" en russe) a été provisoirement exempté afin de laisser le temps aux pays d'Europe centrale de trouver de nouvelles solutions d'approvisionnement. Cette infrastructure a depuis été endommagée par des frappes russes et la Hongrie accuse l'Ukraine de traîner des pieds pour le remettre en service.

Le chef du gouvernement hongrois n'en est pas à son coup d'essai. Fin février, Viktor Orban avait déjà bloqué le 20e paquet de sanctions préparé par la Commission européenne contre la Russie, à l'occasion des quatre ans du début du conflit. Le dirigeant d'extrême droite, eurosceptique, est un habitué des menaces et des blocages au niveau européen. Fin 2023, il avait réussi à obtenir le déblocage d'une partie des fonds européens destinés à son pays mais gelés à cause d'atteintes à l'Etat de droit, en amont d'un sommet européen fondamental qui prévoyait d'ouvrir les négociations d'adhésion avec l'Ukraine. La décision avait finalement été adoptée par les dirigeants des Etats membres... en l'absence du Premier ministre hongrois, qui avait volontairement, et en accord avec les autres pays, quitté la salle au moment du vote. Du jamais-vu.

En décembre, le dirigeant hongrois avait fini par accepter que l'UE consente ce prêt à l'Ukraine, tout en obtenant, avec la Slovaquie et la République tchèque, de ne pas y participer. Kiev doit impérativement obtenir ces fonds pour financer son effort de guerre contre la Russie en 2026 et 2027.

Le ton a désormais changé, et ce nouvel épisode semble parti pour durer, malgré les efforts des Européens. Tout au long de la matinée de jeudi, les dirigeants ont rivalisé de mises en garde et d'appels à la responsabilité auprès du dirigeant hongrois. Divisés en deux groupes, les chefs d'Etat et de gouvernement ont tour à tour tenté de se montrer fermes, puis conciliants. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a ainsi expliqué "comprendre" son homologue hongrois, rapporte Politico.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dont les relations avec Viktor Orban sont exécrables, a également tenté de lui rappeler l'importance de ce prêt pour son pays, lors de son allocution en visioconférence. "C'est crucial pour nous. C'est une ressource destinée à protéger des vies", a-t-il déclaré devant les dirigeants européens, tous assis autour de la table du sommet... sauf Viktor Orban, debout et en retrait de ses collègues dans une image saisissante.

La veille, les dirigeants de l'UE avaient tenté de trouver un compromis en annonçant une aide financière et l'envoi d'une équipe d'experts pour aider à rouvrir l'oléoduc Droujba. Pas de quoi attendrir le dirigeant hongrois. "J'ai tenu bon et nous en sommes exactement au même point que ce matin : s'il y a du pétrole [pour la Hongrie], il y aura de l'argent [pour l'Ukraine]", a-t-il insisté dans une interview diffusée sur son compte X, dans laquelle il accuse Kiev de "chantage". Une attitude intransigeante également liée à la politique intérieure hongroise, puisque Viktor Orban mène campagne pour les élections législatives, prévues le 12 avril.

Le Premier ministre hongrois est usé par près de seize années de pouvoir, une économie atone et plusieurs scandales de corruption. Le dirigeant de 62 ans, qui a grandement fait reculer les libertés civiles dans son pays, est donné perdant dans la plupart des sondages face à son adversaire libéral, Peter Magyar. Ces derniers mois, Viktor Orban n'a eu de cesse d'accuser l'Ukraine de vouloir entraîner son pays dans la guerre, dans l'espoir de rallier les électeurs derrière son étendard nationaliste. Depuis le début de la campagne électorale, des panneaux d'affichage représentant Volodymyr Zelensky de façon négative, voire injurieuse, ont fleuri dans tout le pays.

Le blocage du prêt a provoqué la colère des responsables européens. "Personne ne peut faire chanter le Conseil européen, personne ne peut faire chanter les institutions européennes", a lancé devant les journalistes Antonio Costa, président de cet organe de coordination et de coopération qui réunit les dirigeants des Etats membres. "Ce que fait la Hongrie est totalement inacceptable", a ajouté le Portugais, d'ordinaire très diplomate.

Le refus du Premier ministre hongrois est "un acte flagrant de déloyauté au sein de l'Union européenne", a tancé le chancelier allemand, Friedrich Merz, après la réunion, convaincu que ce blocage laissera "des traces profondes" au sein des Vingt-Sept. "Il n'y a pas de plan B parce que le plan A doit être honoré. Il en va de la crédibilité" européenne, a abondé Emmanuel Macron. Le prêt est bloqué car "un dirigeant ne tient pas sa parole", a dénoncé à son tour la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Les Vingt-Sept, à l'exception de la Hongrie et de la Slovaquie, ont réaffirmé dans un communiqué commun leur volonté d'aller de l'avant. Une défaite du dirigeant nationaliste mi-avril pourrait ouvrir la voie à la libération des fonds promis à l'Ukraine. "Ce sera compliqué avant les élections en Hongrie", avait d'ailleurs reconnu le Premier ministre belge, Bart De Wever, avant le sommet.

Et s'il l'emportait une nouvelle fois ? "Nous y parviendrons, d'une manière ou d'une autre", a assuré Ursula von der Leyen. De son côté, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a laissé entendre que "des solutions" étaient envisagées, sans préciser lesquelles. Mais "toutes les autres options que l'attente des élections [hongroises] ont été jugées irréalisables" par les diplomates, a rapporté le média indépendant Euractiv, spécialisé dans les politiques de l'UE. Les Européens vont encore devoir prendre leur mal en patience.

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