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Délaissé par le Parti Socialiste, qui a préféré une primaire fermée à une désignation unitaire, le parti de Marine Tondelier adopte ce lundi une doctrine refondée.
La « prospérité écologique» : c’est le concept sur lequel ce document de 208 pages, que le Figaro a pu consulter, est entièrement bâti. Une refonte que le calendrier n’aura pas épargnée. Alors que les militants socialistes ont tranché jeudi soir en faveur d’une primaire fermée réservée aux seuls adhérents du Parti socialiste, les Écologistes se retrouvent seuls. Marine Tondelier n’a rien pu faire : «Message reçu 5 sur 5», a-t-elle réagi sur X, prenant acte que le PS avait «décidé d’arrêter» le projet. C’est dans ce contexte que le parti écolo adopte ce lundi une doctrine renouvelée, présentée comme un remaniement complet. «Une refonte intégrale de notre projet politique, la première de cette ampleur au sein de notre mouvement», résume Aïssa Ghalmi, secrétaire national adjoint en charge du programme.
Le document, dense et programmatique, revendique une méthode. Fruit d’un travail participatif étalé sur dix mois, il s’appuie sur plus de 50 000 contributions individuelles récoltées en ligne et l’audition d’une quarantaine d’organisations (syndicats, associations, chercheurs). Résultat : 87% des propositions modifiées et 68 ajoutées et un texte trois fois plus volumineux que celui de 2022. Soumis au Conseil fédéral, il a été adopté à 94,59% des suffrages. Un score que Marine Tondelier met en avant dans un parti réputé divisé : «C’est un projet qui rassemble le mouvement.»
Un passage aux 32 heures sans perte de salaire dans les métiers «pénibles»
L’ensemble s’articule autour d’un mot d’ordre, tambouriné dès l’avant-propos : la «prospérité écologique». Une formule qui tranche avec le passé. «Ce n’est ni un supplément d’âme ajouté à une économie capitaliste, ni une contrainte que l’on subirait à contrecœur», écrivent les Écologistes qui y voient «un choix de société assumé». Devant la presse, Marine Tondelier a résumé l’ambition autour de trois pactes à restaurer : social, environnemental et démocratique.
Le ton est celui de l’urgence, et l’échéance de 2027 prédomine le texte. «Le résultat de l’élection présidentielle de 2027 va être crucial pour nous. Si la France bascule, c’est l’Europe qui vacille», prévient la cheffe des Écologistes, qui fait de l’obstacle à «une présidence d’extrême droite» une priorité absolue.
En matière d’énergie, le parti réaffirme sa sortie du nucléaire : arrêt des nouveaux programmes EPR-2 et SMR, extinction du parc et un objectif de production entièrement renouvelable. «Le nucléaire n’est pas une option viable ni une alternative crédible car il est à la fois trop cher, trop lent pour atteindre la neutralité carbone, trop vulnérable et trop dangereux pour les générations futures», tranche le programme.
L’économie occupe une place centrale, sous un titre explicite : «Reprendre le contrôle de l’économie». Les Écologistes y assument une critique frontale, «le capitalisme mène à la destruction de l’habitabilité terrestre par les humains», et proposent une refonte fiscale d’ampleur : taxe Zucman de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, ISF doté d’une composante climatique, TVA verte et un impôt minimal sur les grandes entreprises. Côté social, le catalogue est fourni : passage aux 32 heures sans perte de salaire dans les métiers «pénibles», SMIC porté à 2 000 euros brut dès 2027, et remplacement du RSA par une «garantie d’autonomie» équivalente à 50% du Smic net.
Le programme n’oublie ni les institutions, avec un passage à une «Première République écologique et citoyenne» censée sortir du présidentialisme, ni les médias, s’alarmant qu’«en 2025, neuf milliardaires contrôlent une majorité de la presse écrite tout en percevant la majorité des subventions» et défendant une loi anti-concentration inspirée du modèle norvégien. Il plaide enfin pour un «saut fédéral européen», jusqu’à un haut conseil militaire intégré.
Reste la question qui déborde du document : alors que la porte d’une candidature unique de la gauche s’est refermée, sur quelles alliances les Écologistes pourront-ils s’appuyer ? Candidate déclarée depuis octobre 2025, Marine Tondelier partira dans la course avec ce programme pour socle, mais sans le rassemblement qu’elle espérait. Un socle que les Écologistes disent non figé, appelé à évoluer au gré de l’actualité d’ici à 2027. La «prospérité écologique» devra d’abord convaincre au-delà de son propre camp.


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