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Condamnée mais éligible, Marine Le Pen sera la candidate du Rassemblement national à la présidentielle. Se disant toujours innocente, elle va se pourvoir en cassation car elle conteste sa condamnation en appel à un an de prison ferme sous bracelet électronique. Pour elle, la campagne commence, libre de ses mouvements.
Nathalie Mauret - Aujourd'hui à 21:18 | mis à jour aujourd'hui à 21:54 - Temps de lecture :
Condamnée pour détournement de fonds publics en première instance et en appel, et malgré tout candidate à la présidentielle. Marine Le Pen, qui se dit croyante, peut croire aux miracles. Même dans son entourage le plus proche, personne n’imaginait que la cour d’appel de Paris, tout en la condamnant, permettrait à la « candidate naturelle » du Rassemblement national (RN) à la présidentielle d’être dans la course élyséenne. « Je suis candidate à la présidentielle », a-t-elle affirmé ce mardi soir au JT de 20h de TF1, annonçant également se pourvoir en cassation et réitérant une nouvelle fois son innocence. « J’ai les mains propres », a-t-elle lancé, bravache. Elle considère que le pourvoi en cassation suspend la décision de la cour d’appel qui l’a condamnée à une peine de prison d’un an à domicile, sous bracelet électronique. Et si la plus haute juridiction française ne lui rendait pas son innocence ? « Nous verrons », répond-elle. « Les Français en seront juges. »
Marine Le Pen se présente devant les Français en binôme avec Jordan Bardella, le président du parti d'extrême droite, désormais ex-plan B, qui sera son Premier ministre si elle est élue en mai prochain. « Un binôme complémentaire, équilibré, cohérent, solide », pose-t-elle, promettant « la renaissance de la France » car « plus rien ne tourne rond ». Le site de campagne a été mis en ligne dès ce mardi soir. La volonté de fermer le plus vite possible le chapitre judiciaire est manifeste. Un premier déplacement aura lieu mercredi à La Flèche, ville gagnée en mars dernier aux municipales dans la Sarthe.
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Gérer mes choix
Depuis des mois, le RN renvoyait la responsabilité du choix du candidat à la justice. Marine Le Pen imaginait une décision tranchée, claire. Or, la justice a décidé que ce choix du casting ne lui revenait pas. Toute l’après-midi de ce mardi, Marine Le Pen s’est enfermée avec ses avocats, ses proches et Jordan Bardella, au siège du parti d'extrême droite. La question était aussi simple dans sa formulation, que complexe dans sa résolution. Peut-on mener une campagne présidentielle en étant condamnée à de la prison ferme, peine aménageable avec un bracelet électronique qui contraint chaque déplacement ? « Non », répondait sans aucune hésitation Marine Le Pen il y a seulement quelques jours. « Je ne peux pas dépendre d’un magistrat pour m’autoriser à aller faire un meeting à Romorantin ou aller sur un marché à Hénin-Beaumont. »
Pas de bracelet électronique
Marine Le Pen n’a donc pas changé d’avis. À la tête d’un parti qui se veut celui de l’autorité et de la sécurité, elle ne pouvait pas prendre le risque de s’afficher avec un bracelet à la cheville. Se pourvoir en cassation est aussi une façon de ne pas reconnaître sa culpabilité, de gagner du temps et un sacré pari. « Deux juridictions peuvent commettre des erreurs », assume-t-elle, sourire aux lèvres.
Marine Le Pen a pris sa décision rapidement et n’a finalement pas vraiment hésité. Elle sait pourtant que les attaques seront féroces. Elles ont commencé. « Un parti de délinquants », a cinglé le socialiste Boris Vallaud. « On ne peut pas décemment se présenter à des élections après avoir été ainsi condamnée pour détournement de fonds publics », a renchéri la patronne des Écologistes, Marine Tondelier.
Un récit de résilience
Justice et moralité… Les arguments sont cruels à l’encontre d’un parti qui voulait faire en sorte que tous les élus aient un casier judiciaire vierge sous peine d’inéligibilité. Marine Le Pen a été reconnue coupable, et même si le pourvoi en cassation est suspensif, cela reste un fil à la patte avec lequel elle devra composer.
Mais après une vie entière passée en politique, Marine Le Pen, 58 ans dans un mois, connaît toutes les chausse-trapes et sait les déjouer. Elle qui a la politique dans le sang ne pouvait pas renoncer à mener ses idées au pouvoir alors que son camp apparaît comme le favori du prochain scrutin. Elle va pouvoir aussi tisser le récit de la résilience, de celle qui subit, qui plie, mais qui toujours se relève. Ce sera assurément très difficile. Car la décision de Marine Le Pen va susciter de nombreuses réactions autant que d’interrogations. La campagne électorale, qui ne fait que commencer, ne sera pas comme les autres.


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