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La santé constitue l’un des défis majeurs du prochain quinquennat. Si la France demeure attachée au principe républicain selon lequel chacun doit pouvoir être soigné quel que soit son lieu de vie, ce principe est aujourd’hui fragilisé par une réalité devenue impossible à ignorer : les inégalités territoriales d’accès aux soins se creusent, les hôpitaux s’épuisent, et plus de six millions de Français vivent sans médecin traitant. Le système de santé, longtemps considéré comme une richesse nationale, doit être repensé pour redevenir un pilier de cohésion et de justice.
Le premier enjeu concerne l’hôpital, dont la mission première (soigner) a été progressivement diluée par une inflation administrative et une organisation devenue trop complexe. Il ne s’agit pas seulement de renforcer les effectifs ou d’améliorer les conditions de travail, mais de réarmer l’hôpital en lui redonnant de l’autonomie, en simplifiant ses structures et en recentrant le temps médical sur les soins. La réduction des tâches administratives, la révision de la gouvernance et une meilleure utilisation des capacités existantes doivent permettre de restaurer un service hospitalier capable de répondre aux besoins croissants liés au vieillissement, aux maladies chroniques et aux crises sanitaires.
Cependant, la crise de l’hôpital ne peut être dissociée de celle de la médecine de proximité. La France souffre d’une contradiction structurelle : elle veut préserver la liberté d’installation des médecins tout en garantissant une égalité d’accès aux soins. Or, ces deux principes ne peuvent coexister sans mécanisme de régulation . Les dispositifs incitatifs, multipliés depuis vingt ans, n’ont pas corrigé les déséquilibres territoriaux. Les déserts médicaux s’étendent, et les logiques d’installation demeurent guidées par l’attractivité économique des zones urbaines. Il devient donc nécessaire d’explorer des solutions plus structurantes.
Dans cette perspective, l’idée d’un quota républicain de médecins par bassin de vie, mérite d’être intégrée au débat. Fixer un seuil minimal de praticiens par habitant, et ajuster la fiscalité professionnelle en fonction de la densité médicale, constituerait une manière de concilier liberté et responsabilité. Une modulation fiscale – allégée dans les zones sous-dotées, renforcée dans les zones saturées – permettrait de rééquilibrer l’offre de soins sans imposer une contrainte directe à l’installation. Cette approche, fondée sur la solidarité territoriale, s’inscrirait dans la mission du code de santé publique de garantir l’égalité d’accès aux soins.
La médecine de proximité doit également être modernisée. Les maisons de santé, les équipes pluridisciplinaires et les structures de coordination doivent devenir le premier niveau du système de soins. La prévention, trop longtemps négligée, doit être intégrée dès l’école et tout au long de la vie, car prévenir une maladie ou retarder une pathologie chronique est bénéfique pour le patient comme pour les finances publiques. La télémédecine peut compléter cette stratégie, mais elle ne remplacera jamais la présence physique d’un praticien, indispensable au diagnostic et au suivi.
Enfin, la refondation du système de santé exige une clarification de son financement et une évaluation régulière des politiques publiques. Chaque euro consacré à la santé doit bénéficier au patient et au professionnel, et non se perdre dans la complexité des structures. L’État, les collectivités et les professionnels doivent pouvoir expérimenter des solutions adaptées aux territoires, tout en étant évalués sur les résultats obtenus, la qualité des soins et la satisfaction des usagers.
Ainsi, le choix de 2027 ne consistera pas à opposer la maîtrise des dépenses à la qualité des soins, mais à reconstruire un système capable de garantir les deux. Nous engagerons une réforme de l’organisation hospitalière, renforcerons la médecine de proximité et expérimenterons des mécanismes de rééquilibrage territorial fondés sur les besoins réels de la population. Nous évaluerons les résultats obtenus, plutôt que de juger une politique au seul montant des crédits engagés.
Refonder notre système de santé, ce sera garantir à chaque Français l'accès à des soins de qualité, au bon endroit et dans des délais raisonnables. Ce sera aussi restaurer la confiance entre les citoyens, les soignants et l'État. Car la santé ne saurait devenir un privilège lié au territoire où l'on habite ou aux moyens dont on dispose : elle devra demeurer un engagement fondamental de la nation envers chacun de ses membres.


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