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Près de 350 000 Haïtiens vivant aux États-Unis seront plongés dans l’incertitude dès demain

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Dès lundi, près de 350 000 Haïtiens et 6000 Syriens vivant aux États-Unis devraient perdre leur statut de protection temporaire qui leur permettait de travailler légalement au pays, après une récente décision de la Cour suprême américaine qui s’est révélée favorable à la politique d’expulsion massive d’immigrés du gouvernement Trump. Le Devoir fait le point sur la situation qui pourrait avoir des répercussions au Québec et au Canada.

Contexte

Le 25 juin dernier, la Cour suprême américaine, à majorité conservatrice, a donné raison au gouvernement Trump dans sa politique d’expulsions massives d’immigrés en l’autorisant à révoquer le statut de protection temporaire (TPS) de 350 000 Haïtiens et de 6000 Syriens.

Le président américain avait annoncé la révocation définitive de ce statut de protection un an plus tôt. Cette décision a ensuite été contestée devant les tribunaux, jusque devant la plus haute instance juridique du pays.

« Tout ça est très aligné avec le retrait considérable chez ce gouvernement de son engagement envers toutes les formes de protection internationale des personnes réfugiées et des personnes déplacées », souligne Mireille Paquet, titulaire de la Chaire de recherche de l’Université Concordia sur la politique de l’immigration. « C’est la suite d’une longue série de décisions. »

Haïti a été désigné comme pays admissible au TPS pour la première fois en 2010, sous Barack Obama, à la suite du séisme qui avait causé la mort de plus de 280 000 personnes. Ce statut a ensuite été prolongé à plusieurs reprises puis modifié sous le gouvernement Biden en 2021, après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse.

Expulsions

Les Haïtiens dont le TPS devrait arriver à expiration lundi perdront immédiatement le droit de travailler et de résider légalement aux États-Unis. Ils pourront alors être arrêtés par la police fédérale de l’immigration (ICE), qui pourra procéder à leur expulsion, à moins qu’ils ne bénéficient d’un autre statut.

Certaines de ces personnes vivent et travaillent aux États-Unis depuis plus de 15 ans. « Il y a des villes qui vont être vraiment affectées par le départ d’employés, des industries complètes qui dépendent de ces travailleurs », affirme Mme Paquet, citant par exemple Springfield, en Ohio, qui rassemble une communauté de plus de 10 000 Haïtiens.

La chercheuse évoque aussi « des séparations de familles très dramatiques » qui peuvent avoir des conséquences psychologiques importantes. Certaines familles « à statut mixte » ont des enfants qui possèdent la citoyenneté américaine, étant nés aux États-Unis.

Les autorités haïtiennes s’attendent à accueillir environ 1000 ressortissants par mois, avec deux vols d’expulsion hebdomadaires.

Le TPS des Haïtiens concernés devait prendre fin le 24 juillet, mais une cour d’appel fédérale de Washington a accordé un sursis de trois jours. Selon des médias haïtiens, les vols d’expulsion ont toutefois déjà commencé.

Situation en Haïti

En juin 2025, Kristi Noem, qui était alors la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, avait avancé « que, dans l’ensemble, les conditions dans le pays se sont suffisamment améliorées pour que les Haïtiens puissent rentrer chez eux en sécurité ».

Pourtant, la diplomatie américaine met en garde ses concitoyens contre tout voyage en Haïti en raison des risques « d’enlèvement, de la criminalité, des troubles civils et du manque de services de santé ».

En effet, le pays le plus pauvre des Amériques subit depuis longtemps une crise politique, économique et sécuritaire, mais la situation s’est largement détériorée ces dernières années, les gangs multipliant meurtres, enlèvements, viols ou recrutements forcés d’enfants.

Selon l’ONU, près de 1,5 million de personnes, soit 13 % de la population du pays, sont aujourd’hui déplacées à cause de la violence des gangs. Près de la moitié de la population d’environ 11 millions d’habitants est également en grave insécurité alimentaire. Selon les Nations unies, la violence des gangs a causé la mort de plus de 6000 personnes en 2025, et 892 enfants ont été recrutés de force ou utilisés par des groupes armés la même année.

La situation est particulièrement critique dans la capitale, Port-au-Prince, qui est contrôlée à 90 % par les gangs, selon l’ONU.

Répercussions au Québec et au Canada

Après le jugement de la Cour suprême américaine, des groupes qui viennent en aide aux demandeurs d’asile ont affirmé s’attendre à une hausse des demandeurs d’asile haïtiens et syriens à partir de la frontière aux États-Unis.

Plusieurs réglementations en place pourraient cependant compliquer la chose. En vertu de l’accord actuel entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs, les demandeurs d’asile doivent demander le statut de réfugié dans le premier des deux pays où ils arrivent, ce qui signifie qu’une personne se trouvant aux États-Unis ne peut pas entrer au Canada pour demander le statut de réfugié. Après une réforme de l’entente en 2023, il ne reste que quelques exceptions permettant aux personnes venant des États-Unis de déposer une demande d’asile, notamment pour les mineurs non accompagnés ou ceux qui ont de la famille proche au Canada.

« On n’est plus dans la même configuration qu’en 2017 », soutient Mme Paquet, lorsqu’une vague importante de demandeurs d’asile haïtiens est arrivée au Canada. « Si jamais il y a des mouvements, on peut s’attendre à ce que ce soit beaucoup plus compliqué », ajoute la chercheuse.

Plusieurs Haïtiens vivant aux États-Unis et ayant de la famille au Canada pourraient utiliser le parrainage en réunification familiale, afin d’obtenir la résidence permanente. Du côté de Québec, le programme de regroupement familial a rouvert le 2 juillet dernier, après un an de suspension, mais plusieurs familles devront attendre encore des mois, voire des années, avant de pouvoir déposer leur dossier.

Ottawa, de son côté, a suspendu le parrainage pour les parents et les grands-parents le 15 juillet dernier. Cette mesure est en vigueur jusqu’à nouvel ordre. Pour ceux qui ont réussi à soumettre leur demande avant la suspension, le temps d’attente est d’environ 33 mois à l’échelle du pays et jusqu’à 66 mois au Québec.

Avec l’Agence France-Presse et La Presse canadienne

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