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« J’ai envie de violer des femmes, de les forcer à m’admirer », chante Michel Sardou dans Les villes de solitude. Le fantasme est abject, mais on aurait tort de s’étonner qu’il fasse partie du répertoire d’un chanteur abonné aux controverses. On ne compte plus les coups de gueule de celui qui affiche depuis plusieurs décennies, sur toutes les tribunes, dans ses chansons, sur scène et en entrevue, une misogynie décomplexée, trop heureux de dénigrer à répétition le mouvement féministe et celles qui s’en réclament.
Ce qui étonne, en revanche, c’est d’apprendre que le Québec, terre d’égalité proclamée « non négociable » entre les sexes, se prépare à dérouler le tapis rouge devant le chanteur français aux 100 millions d’albums vendus, sans égard à son historique avec les femmes. Et avec le coup de pouce financier de l’État.
On lui rendra hommage dans le cadre du Grand concert de la francophonie, « l’événement phare » de la SuperFrancoFête 2026, le 25 août, à l’Agora du Port de Québec. Le spectacle, organisé par le groupe Juste pour divertir, une division du groupe Juste pour rire, sera télédiffusé dans toute la francophonie, donc vu par des millions de gens. Au cours des dernières années, la SuperFrancoFête a reçu des millions de dollars du gouvernement (3,5 millions de dollars en 2024).
Michel Sardou n’a jamais caché son mépris envers celles qui se battent pour les droits des femmes : « Je déteste le féminisme » (BFMTV 2023), « Elles ont toujours tort, les féministes » (Sept à huit, TF1, 2025), « Les féministes n’ont rien compris, elles n’ont rien dans la tête » (entrevue à l’AFP, en 2017).
En réplique à toutes celles qui dénoncent ses fantasmes de viol et de domination des femmes dans ses chansons, loin de s’amender, il en rajoute, se drapant dans la posture commode de l’artiste incompris. Ce qu’il faut décoder de ses textes, dit-il, c’est qu’il joue un rôle, un personnage. « Les féministes qui prennent ça au pied de la lettre sont des connes » (Sept à huit, TF1, 2025).
En 2024, en tournée d’adieu, les médias français ont rapporté que le chanteur, alors âgé de 77 ans, s’amusait soir après soir à se moquer du débat autour de la notion de consentement dans les rapports intimes : « Un jeune homme qui pose sa main sans son consentement sur la main d’une femme, c’est garde à vue direct ! » Pure provocation, il dédie en concert sa chanson Je vais t’aimer à la députée Sandrine Rousseau, reconnue pour sa lutte contre les violences sexuelles. Dans cette chanson, il promet à sa partenaire sexuelle de « faire pâlir tous les Marquis de Sade », ce maître de la cruauté et de la violence sexuelle assumée.
Ces prises de position publiques affichées sans réserve par le chanteur ne sont pas sans créer de malaise dans la classe politique française. Quand le président Emmanuel Macron l’a décoré des insignes de Grand Officier de l’Ordre national du mérite, en 2024, plusieurs élues, dont l’ex-ministre des Droits des femmes devenue depuis sénatrice, Laurence Rossignol, ont exprimé leur colère.
On est en droit de se questionner : à qui et à quoi au juste la SuperFrancoFête rendra-t-elle hommage le 25 août ? On célébrera alors un artiste et ses chansons, certes, mais aussi le personnage public qu’il s’est créé depuis des décennies à travers ses textes et ses déclarations. Il s’est forgé une image, il incarne certaines valeurs. Tout cela fera partie de la fête.
Dans quelle mesure la ministre de la Condition féminine, Martine Biron, et la première ministre Christine Fréchette, deux fières féministes, jugent-elles que l’hommage rendu s’accordera aux valeurs d’égalité qu’elles défendent et que le Québec se targue de promouvoir ?
En 2026, on observe partout dans le monde un recul des droits des femmes, en parallèle à la présence accrue et inquiétante des discours et des mouvements masculinistes. Quelle est la responsabilité des institutions de faire des choix qui n’auront pas pour effet de banaliser, même sous couvert de liberté artistique, la haine claironnée envers les femmes ?


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