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Pourquoi Postes Canada ne réduit-elle pas la fréquence de livraison du courrier?

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Ce texte est la réponse à la question d’un lecteur envoyée à l’équipe du Courrier de l’économie. Pour vous abonner, cliquez ici.

QUESTION : Pourquoi Postes Canada ne modifie-t-elle pas la livraison à une fois par semaine ?
Sylvain Lavigne

Pour Postes Canada, réduire la fréquence de la distribution du courrier n’est pas une option, même si elle pourrait en tirer des économies. Au contraire, comme la société d’État fonde son avenir sur la livraison de colis, il ne pourrait être question d’espacer la distribution de colis ou de lettres. « Il y a toujours quelqu’un qui a besoin d’une lettre urgente », indique Ariane Sauvé, directrice des relations publiques de Postes Canada. « On doit y aller tous les jours de toute façon, que ce soit pour la publicité par la poste ou le dépliant de Canadian Tire qu’il faut livrer le mercredi pour les ventes du jeudi. Si on réduit notre fréquence, on ne restera pas compétitif. »

Postes Canada, qui a dévoilé la semaine dernière les prochaines étapes de son plan de transformation, soutient que le fait de déployer des boîtes postales communautaires sur tout le territoire va lui permettre de dégager des économies et de rendre ses activités plus efficaces.

La gestion de colis nécessite même que les livraisons soient faites sept jours sur sept pour que Postes Canada soit compétitive, ce que permettront les projets de conventions collectives s’ils sont approuvés par les syndiqués, souligne Mme Sauvé. Rappelons que les membres du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes ont jusqu’au 30 mai pour se prononcer sur les ententes conclues entre le syndicat et Postes Canada.

2- Pourquoi Postes Canada mise-t-elle tant sur les colis ?

En 2025, le commissaire William Kaplan, mandaté par le gouvernement fédéral pour se pencher sur le conflit entre Postes Canada et son syndicat, écrivait ceci dans son rapport : « Le volume des lettres est en baisse et risque de disparaître [avec le temps et très probablement plus tôt que prévu] et la livraison de colis est le seul avenir à long terme de Postes Canada. » À l’époque, les colis représentaient déjà 50 % des recettes de Postes Canada.

Le défi est toutefois important dans le contexte de vive concurrence dans le domaine. En 2019, Postes Canada livrait 62 % des colis du marché canadien, mais, en 2023, ce chiffre avait chuté à 29 %, malgré les efforts de la société d’État pour augmenter sa capacité et améliorer son service. Le secteur privé avait pris d’assaut ce marché déréglementé, notait William Kaplan.

Postes Canada doit améliorer son service et simplifier les pratiques pour les consommateurs afin de devenir plus compétitive dans le marché, souligne Gilles LeVasseur, professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa. « La force de Postes Canada, c’est que son tarif est très raisonnable, surtout quand vous le comparez à Amazon ou aux autres compagnies. Le seul ennui, c’est qu’il faut aller au bureau de poste pour expédier un paquet. »

3- La lettre a-t-elle vraiment un avenir ?

Entre 2006 et 2023, le nombre de lettres livrées par Postes Canada est passé de 5,5 milliards à 2,2 milliards. Postes Canada estime toutefois que la livraison du courrier sera toujours nécessaire. « On a quand même une base de courrier qui continue, que ce soit des documents gouvernementaux, la livraison de passeports ou de documents officiels. Ça va décroître avec le temps, mais ce ne sera pas éliminé dans un futur rapproché. Par contre, il faut vraiment mettre tous nos efforts pour nous moderniser », signale Ariane Sauvé.

Postes Canada entend aussi allonger les délais de livraison, qui passeront de deux à quatre jours à jusqu’à une semaine, une mesure susceptible de lui faire réaliser des économies.

Le Danemark ne s’est pas accroché à ce service en déclin constant. Le 31 décembre dernier, ce pays scandinave s’est retiré complètement de la livraison du courrier et a imposé la voie numérique pour toutes les communications gouvernementales. « La vague est déjà là en Europe. On est en retard depuis 15 ans », estime Gilles LeVasseur, qui évoque le maintien sous Justin Trudeau de la livraison à domicile et le retard technologique de la société d’État. Postes Canada a aussi l’obligation de desservir les régions éloignées, rappelle-t-il.

4- L’implantation de boîtes communautaires est-elle encore justifiée dans le contexte de la baisse du courrier ?

Le déclin prévisible du courrier n’empêche pas Postes Canada de maintenir sa décision d’implanter des boîtes postales communautaires sur tout le territoire d’ici cinq ans. Les boîtes postales servent aussi pour 80 % des colis, soutient Ariane Sauvé. « Il y a des compartiments à colis qui sont plus gros dans chaque module. Et si un colis est trop gros et qu’il ne rentre pas dans un casier, on peut le livrer à la porte quand même. »

La transition vers les boîtes postales communautaires pour les 4 millions d’adresses au pays qui reçoivent encore le courrier à domicile est amorcée. Au Québec, les municipalités de Sept-Îles, La Prairie et Candiac seront les prochaines à se convertir aux boîtes postales.

5- Montréal est-elle prête à accueillir des boîtes postales communautaires ?

Les grandes villes seront les dernières à accueillir les boîtes postales communautaires. À Montréal, de nombreuses questions demeurent. Lors de l’assemblée du conseil municipal de lundi, l’opposition a d’ailleurs interpellé la mairesse Soraya Martinez Ferrada à ce sujet.

« Sur un tronçon comme Berri, entre Duluth et Roy, on a une centaine d’adresses. On se retrouverait donc avec huit boîtes postales communautaires sur un tronçon de rue patrimonial. On va les mettre où, ces boîtes-là ? Dans les parcs ? Sur les terrains privés ? Dans les ruelles ? » a demandé la conseillère de Projet Montréal Marie Plourde. « Qui aura la charge de l’entretien de la rue, de l’éclairage du lieu et de la sécurité ? »

« J’ai exactement les mêmes questions, a rétorqué la mairesse Martinez Ferrada. Ça va me faire plaisir de travailler avec l’opposition, parce qu’il va falloir travailler avec le gouvernement fédéral pour qu’on prenne en compte les réalités terrain du cadre bâti de Montréal. Mais on ne partira pas en peur aujourd’hui. »

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