C’est une scène qui se répète chaque matin devant des millions de miroirs. Vous saisissez votre brosse à mascara (ou un crayon pour les yeux), vous vous penchez vers la glace, vous écarquillez les yeux pour être précis et… sans même vous en rendre compte, votre mâchoire tombe. Votre bouche s’ouvre en forme de « O », vous donnant l’air d’un poisson surpris. Dès que vous avez fini, la bouche se referme. Vous vous sentez peut-être ridicule, mais rassurez-vous : ce n’est pas de votre faute. C’est un bug de conception dans l’architecture de votre système nerveux.
Une erreur de câblage dans le tronc cérébral
Contrairement à une idée reçue tenace, ouvrir la bouche ne sert pas à « tendre la peau » du visage pour faciliter l’application du maquillage. La peau des joues et du menton n’a que peu d’influence sur celle des paupières. La véritable raison est neurologique.
Tout se joue à la base de votre cerveau, dans une zone appelée le tronc cérébral. C’est ici que se trouvent les noyaux de vos nerfs crâniens, les « centres de commande » qui contrôlent les muscles du visage.
Deux nerfs sont particulièrement impliqués ici :
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Le nerf oculomoteur (qui gère l’ouverture de la paupière supérieure via le muscle releveur).
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Le nerf trijumeau (qui gère, entre autres, l’ouverture et la fermeture de la mâchoire via les muscles ptérygoïdiens).
Le problème ? Dans le tronc cérébral, le noyau du nerf oculomoteur et le noyau mésencéphalique du nerf trijumeau sont situés extrêmement près l’un de l’autre. Ils sont voisins de palier.
Le phénomène de « débordement » neuronal
Lorsque vous appliquez du mascara ou que vous enfilez une aiguille, vous êtes dans un état de concentration intense. Vous envoyez un signal nerveux très puissant à vos paupières : « Ouvrez-vous au maximum et ne clignez surtout pas ! ».
Ce signal électrique est si fort qu’il provoque ce que les neurologues appellent une synkinésie (un mouvement involontaire accompagnant un mouvement volontaire). L’influx nerveux destiné aux yeux « déborde » ou « court-circuite » vers le voisin le plus proche : le nerf trijumeau qui contrôle la mâchoire.
Le cerveau, inondé par la commande d’ouvrir les yeux, active par erreur la commande d’ouvrir la bouche. C’est un phénomène de « cross-talk » (interférence), un peu comme lorsque vous entendez une autre conversation sur une ligne téléphonique de mauvaise qualité.
Ce lien anatomique étroit est documenté dans la littérature scientifique traitant de l’anatomie des nerfs crâniens et des réflexes du tronc cérébral, comme le souligne cette revue anatomique détaillée de la National Library of Medicine sur le nerf trijumeau et ses connexions.
Crédit : contrastaddict
Un réflexe impossible à réprimer ?
Ce phénomène est plus fréquent chez certaines personnes que chez d’autres, en fonction de la proximité exacte de leurs connexions nerveuses, mais il est quasi universel. C’est le même mécanisme qui fait que les enfants tirent souvent la langue lorsqu’ils s’appliquent à dessiner ou à découper (les nerfs contrôlant la main et la langue sont aussi liés dans certaines zones motrices).
Peut-on l’empêcher ? Oui, avec un effort conscient. Si vous vous concentrez très fort sur le fait de garder la bouche fermée, vous y arriverez. Mais dès que votre attention se focalisera à nouveau à 100% sur votre œil et le danger de vous mettre la brosse dans la cornée, votre mâchoire « lâchera » à nouveau.
Alors, ne luttez pas. Ce petit air de poisson rouge est la preuve que votre cerveau fonctionne à plein régime et que vos neurones sont littéralement en train d’étinceler de concentration.


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