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Selon le Kyiv Post, relayé par Forbes, un engin s'est écrasé tout près du monument à l'Indépendance, à Kiev, dans ce carré de pavés devenu le théâtre de la Révolution de la dignité, où plus d'une centaine de manifestants avaient été tués en 2013‑2014. «Il n'y a ni incendie ni victimes. L'attaque de l'ennemi sur Kiev se poursuit», a déclaré le maire Vitali Klitschko. Très vite, les photos du drone écrasé commencent à circuler et les experts identifient un Lancet russe, reconnaissable à sa double aile en X –un engin censé opérer à quelques dizaines de kilomètres du front, pas à 200 kilomètres de là, au-dessus de la capitale.
Problème: l'épave ne contient pas d'explosif. Pas de charge creuse, pas d'ogive. Autre détail intrigant, sous les ailes, des cercles colorés ont été peints, jamais vus jusqu'ici sur ce type de munitions rôdeuses. De quoi nourrir toutes les hypothèses, de la manœuvre de guerre psychologique à un test de nouveau système de guidage par intelligence artificielle. Certains commentateurs ukrainiens suggèrent même que ces débris de Lancet avaient peut‑être été largués depuis un drone Shahed, pour faire un «coup de com'».
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Le Lancet‑3M, produit par ZALA (filiale du conglomérat Kalachnikov), est l'une des rares réussites technologiques russes du début de la guerre: une munition rôdeuse de 10 à 12 kg, à moteur électrique, armée d'une ogive d'environ 3 kg capable de percer un blindage, guidée par caméra diurne et nocturne et, dans ses versions récentes, par un module d'IA qui prend en charge la phase terminale de l'attaque.
Des sites de suivi comme LostArmour lui attribuent des milliers de frappes documentées, avec à son actif des dizaines de chars et de systèmes d'artillerie détruits. Officiellement, sa portée opérationnelle se situe entre 30 et 80 km selon les versions –bien en‑deçà de la distance séparant la ligne de front de Kiev.
C'est là qu'entre en scène Serhii «Flash» Beskrestnov, spécialiste ukrainien de la guerre électronique et conseiller du ministre de la Défense. D'après les informations qu'il diffuse, confirmées par plusieurs médias ukrainiens, l'attaque de Kiev aurait mobilisé jusqu'à 40 Lancet, modifiés spécialement pour une mission de très longue portée. Les ogives auraient été retirées et remplacées par des batteries plus volumineuses et plus denses en énergie, afin de gagner en autonomie, le tout lancé depuis le point le plus proche de Kiev, en comptant sur un vent favorable.
Dans quel but?
La plupart de ces Lancet «allégés» auraient été abattus ou se seraient écrasés en route, mais quelques‑uns seraient parvenus jusqu'aux abords de la capitale, dont celui tombé sur Maïdan. Pour Serhii «Flash» Beskrestnov, il ne s'agit pas d'une percée militaire, mais d'un pur «projet d'information»: l'objectif était d'offrir au Kremlin des images spectaculaires de débris de Lancet au cœur de Kiev, afin de rassurer l'opinion russe sur la «portée» de ses armes et, accessoirement, de redonner un peu d'aura commerciale à un système éclipsé ces derniers mois par la prolifération de drones kamikazes plus rustiques et moins coûteux.
Reste la question des cercles colorés peints sous les ailes. Des marquages similaires ont été observés sur d'autres drones russes, notamment des V2U autonomes, où ils serviraient à organiser des attaques en essaims en évitant des tirs ennemis. Mais dans le cas de Maïdan, ces marques se trouvent sous les ailes, donc invisibles pour d'autres drones. Plusieurs analystes OSINT avancent l'explication la plus prosaïque: un code visuel permettant aux Russes d'identifier, à partir des photos publiées sur les réseaux sociaux, quels numéros de série ont effectivement atteint leur objectif.
Pour Moscou, ces informations de retour sont précieuses. Dans un contexte où les liaisons radio deviennent incertaines sur de très longues distances, chaque image virale de drone écrasé est une confirmation du succès –ou non– de la mission. L'armée russe numérote déjà les dérives de ses Shahed pour suivre leur efficacité, au point que les autorités ukrainiennes floutent systématiquement ces identifiants sur les images publiques pour ne pas fournir involontairement du renseignement à l'ennemi.
L'Ukraine a développé son propre équivalent au Lancet: le drone «Bulava», présenté comme plus performant et capable de frapper des cibles russes à plus de 80‑90 km derrière la ligne de front selon des déclarations officielles et des vidéos publiées en 2024‑2025. Ces engins allongent un peu plus la «kill zone» de part et d'autre, transformant les arrières en zones vulnérables et obligeant les armées à repenser la protection de leurs dépôts, de leurs postes de commandement et même de leurs grandes villes.





























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