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Pourquoi les garants de notre santé mentale ont-ils tant de mal à prendre soin de la leur ?

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À l'instar des cordonniers les plus mal chaussés, psychiatres, psychologues, assistants sociaux et autres professionnels de la détresse et de la santé mentale seraient-ils enclins à ne pas prendre soin d'eux-mêmes et à ne pas demander d'aide ? Le secteur de la santé mentale est propice au stress, à l'épuisement émotionnel, à la fatigue compassionnelle et à la détresse psychologique. 

Une étude met ainsi en lumière huit facteurs clés pour conserver une bonne santé cérébrale. © Success Media, Adobe Stock
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Cela va de pair avec des charges de travail conséquentes, un environnement de travail éreintant, des réductions de fonds et de ressources publiques. Dès lors, il est commun que les professionnels travaillant dans ce secteur souffrent de dépression, d'anxiété, d'abus de substances psycho-actives et d'idées suicidaires.

Si l'on sait que recourir à une offre de soins psychologiques ou psychiatriques porte son lot de réticences dans la population, pour de nombreuses raisons d'ordre matériel et social, on pourrait intuitivement croire que les personnes qui y travaillent sont immunisées contre cette tendance. Pourtant, les études rapportent que 59 % des professionnels de la santé mentale déclarent avoir connu des situations où ils auraient pu bénéficier de soins psychiques, sans pour autant chercher de l'aide.

 De nombreux professionnels de santé mentale restent seuls avec leurs problèmes. © Freepik

Cela n'est pas sans conséquence. En effet, au-delà de l'impact néfaste sur la santé des personnes concernées, il y a aussi l'impact sur les usagers du système de soins qui recherchent de l'aide : baisse de la qualité des soins, annulations, retards ou oublis de rendez-vous avec des patients ainsi que difficultés à exercer son métier.

Mais alors, qu'est-ce qui empêche les professionnels du secteur de prendre soin d'eux et de demander de l'aide ? C'est la question qu'aborde une récente revue systématique parue dans Clinical Psychology : Science and Practice.

La stigmatisation, une barrière pour les gouverner toutes

À l'instar des usagers, la stigmatisation semble être la barrière majeure à la prise en charge de soi et à la recherche d'aide chez les professionnels de la santé mentale.

Dans les études qualitatives, ils sont 22 à 72 % à décrire une auto-stigmatisation, une sensation de honte, une préoccupation pour l'image négative qu'ils ont d'eux-mêmes et une peur d'être jugés.

La santé mentale a ses hauts et ses bas. © Laong, Adobe Stock
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Ils décrivent également la peur d'être une charge supplémentaire pour le système de soins et leurs collègues, et le sentiment que consacrer du temps à soi est un signe d'égocentrisme ou d'échec. Aussi, un mythe persiste encore chez ces professionnels : étant experts de la santé mentale, ils devraient être capables de se prendre en charge eux-mêmes. Une légende sans fondement qui n'est pas sans rappeler l'injonction globale invitant à se prendre en charge soi-même qui circule dans nos sociétés néo-libérales.

Les professionnels de la santé mentale ne sont pas tout-puissants et peuvent aussi être des usagers du système de soins. © Prostock-Studio, Adobe Stock

D'autres barrières découlent directement de la stigmatisation ambiante du soin en santé mentale. Étant donné qu'y recourir est perçu négativement, nombreux sont les professionnels qui craignent pour l'évolution de leurs carrières si cela se sait et sont donc inquiets à propos de la confidentialité de leur état de santé mentale. Enfin, du côté des barrières matérielles, on retrouve des obstacles relativement communs, comme la difficulté à dégager de l'argent et du temps pour consulter. 

Prendre soin de soi : un défi pour les soignants en santé mentale 

Prendre soin de soi, cela peut vouloir dire beaucoup de choses. Ce que les auteurs entendent par cette terminologie ici regroupe les activités qui permettent de conserver et de promouvoir son propre bien-être. Cela peut comprendre une large diversité de stratégies comme le support par les pairs, des coupures régulières de l'environnement de travail, s'engager dans de multiples activités de loisirs, prendre soin de sa santé physique par l'alimentation et le sport et se focaliser sur les aspects positifs de sa vie professionnelle et privée. 

Une étude a exploré le rôle du sommeil et de la consommation d’alcool dans le lien entre le chronotype et les symptômes dépressifs chez les jeunes adultes. © LimeSky, Adobe Stock (image générée avec IA)
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Des preuves scientifiques suggèrent que ces activités sont effectivement associées à une diminution des symptômes de dépression, d'anxiété et de stress, ainsi qu'à une augmentation de la satisfaction à l'égard de sa vie et à une amélioration de la prise en charge des professionnels. Des techniques issues de thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles, des thérapies d'acceptation et d'engagement et des pratiques de méditation en pleine conscience ont aussi fait leurs preuves à cet égard. Néanmoins, il ne faut pas voir dans ces solutions une panacée : elles ne sont pas miraculeuses et peuvent être instrumentalisées pour dépolitiser la question du mal-être des professionnels de la santé mentale. 

L'une des barrières systémiques est justement le manque d'éducation au sein des cursus de psychiatrie ou de psychologie sur l'importance de prendre soin de soi et sur comment faire. Globalement, les étudiants et les professionnels ont de mauvaises connaissances théoriques et pratiques concernant les différentes façons de prendre soin de soi et les ressources existantes à leur disposition pour ce faire. Cela, alors même que ces thématiques constituent l'un des points d'importance majeurs de nombreux codes de déontologie de ces professions. 

Enfin, les normes sociales qui conduisent à minimiser l'importance des soins que l'on s'accorde entrent en jeu dans le moindre recours à ces stratégies chez les soignants en santé mentale. Pour y remédier, il semble qu'un travail éducatif et idéologique doit être entrepris afin que les croyances partagées et les conséquences néfastes associées au fait de prendre soin de soi et de chercher de l'aide en cas de détresse psychologique ne constituent plus des obstacles pour les professionnels de ce secteur. 

À retenir 

Intuitivement, on pourrait penser que contrairement à la population générale, les professionnels de la santé mentale prennent mieux soin d'eux et n'ont pas de mal à demander de l'aide.

Pourtant, de nombreuses études contestent cette intuition et montrent que les professionnels de la santé mentale sont extrêmement touchés par ces difficultés communes. 

La stigmatisation, la peur pour leur carrière et les ressources matérielles et temporelles sont autant de facteurs qui font obstacle à la prise en charge de soi et à la recherche d'aide. 

Des solutions d'ordre politique, systémique et éducative semblent nécessaires pour endiguer cette spirale chez les professionnels de ce secteur. 

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