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Petite énigme: le Covid-19 lui a mis un sacré coup dans l'aile, mais elle a, contre vents et marées, survécu à l'épreuve, qui suis-je? Les hôpitaux publics? Mauvaise réponse. La cote de popularité de Macron? Encore raté. Je suis, je suis, je suis… la poignée de main. Et la bise, par la même occasion.
Si ces drôles de façons de se saluer ont survécu à la pandémie, c'est avant tout parce qu'elles sont solidement ancrées dans notre société. Et pour cause, ce sont le fruit de plusieurs siècles d'histoire et de rapports sociaux. Voyez plutôt.
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Je viens en paix, chevalier
Les premières traces connues de la poignée de main remontent à l'Antiquité grecque. Plusieurs représentations datant du Vᵉ siècle avant notre ère montrent déjà des personnages se tenant la main, tandis qu'Homère évoque également ce geste dans L'Iliade, où les mains droites sont associées à l'accueil et aux paroles pacifiques. Il sert alors à établir une relation de confiance.
Pourquoi cette préférence pour la main droite? Si l'on reste sur la période antique, on ne sait pas vraiment. Le fait qu'une grande partie de la population mondiale soit droitière aurait pu y contribuer naturellement. Une autre explication nous vient quelques siècles plus tard, à partir du Moyen Âge.
Dans le monde de la chevalerie, la symbolique de la poignée de main avec la main droite prend tout son sens: c'est précisément cette main qui leur sert à manier l'épée. La tendre vers l'autre, c'est lui montrer qu'elle est désarmée, et que l'on ne compte pas l'attaquer. Un geste de non-agression parfait, un premier pas vers une relation de confiance. Avant, peut-être, de s'embrocher au premier désaccord, mais c'est une autre histoire.
Moins de courbettes, plus de gens chouettes
Il faudra encore attendre un bon paquet de décennies avant que la poignée de main ne se démocratise vraiment dans les sociétés européennes. Elle s'immisce d'abord dans les relations politiques et diplomatiques, avant de se répandre, à partir du XIXᵉ siècle, dans les campagnes et sur les marchés.
On l'associe alors aux transactions commerciales: une fois une affaire conclue, deux personnes se serrent la main pour confirmer leur accord. Le fameux «tope-là». La poignée de main change alors de dimension, et n'est plus cantonnée à un «je ne suis pas votre ennemi», mais s'élargit au sens «nous sommes d'accord».
L'anthropologue Emmanuel Désveaux souligne, dans un article de Radio France, que la poignée de main vient alors placer deux personnes dans une position d'égalité. Une idée qui est clairement dans l'air du temps de l'époque, avec l'idée républicaine d'égalité entre les sujets. Le geste accompagne alors l'évolution des sociétés, qui cherchent à se détacher des anciennes marques de hiérarchie, comme les révérences, les agenouillements ou les gestes de soumission. De quoi faire exploser sa cote de popularité. Le commerce international et la mondialisation se chargeront du reste.
Une exception existe… chez les scouts. Ces derniers se serrent en effet traditionnellement la main gauche. Pourquoi? C'est un choix du fondateur du scoutisme, Robert Baden-Powell, qui s'est inspiré du geste observé chez certains guerriers d'Afrique. Utiliser cette main pour saluer, c'était pour eux mettre de côté un temps leur bouclier, et donc renoncer pendant un instant à leur moyen de défense. Un symbole de confiance.
Et la bise dans tout ça?
On y arrive enfin. La fameuse bise, celle que les Français font régulièrement, et qui révulse profondément certains étrangers, à commencer par les Américains.
À l'origine, elle se fait sur la bouche, notamment dans l'Antiquité, comme un geste affectueux, amoureux ou social. Tout pareil chez les Romains, qui distinguaient alors différentes formes de baiser: osculum pour le baiser solennel, saevium pour l'acte agréable, et baesium, qui tient un peu des deux (nom qui donnera notre «baiser» moderne). Chez les Perses, il pouvait marquer différents rangs sociaux: deux personnes de même statut pouvaient s'embrasser sur la bouche, tandis que des personnes de rang différent se saluaient différemment.
Arrivé au Moyen Âge, le baiser conserve également une dimension sociale et religieuse. Le célèbre «baiser de paix» occupe alors une place importante dans la liturgie chrétienne, tandis qu'il pouvait également intervenir dans certaines relations féodales, lors d'un engagement entre un seigneur et son vassal. Caliente les chevaliers.
À la Renaissance, les codes changent. Fini le baiser officiel et sacré, place au geste d'affection et de tendresse. Petit à petit, le baiser sur la bouche se rapproche alors de la sphère amoureuse, tandis que le contact joue contre joue se développe comme geste de salutation entre proches. Et nous voilà aujourd'hui, à parfois saluer des inconnus avec ce rapprochement ambitieux, phobie de toute personne peu tactile.
Et dans le reste du monde? Côté salutations, il y en a pour tous les goûts. Du traditionnel ojigi au Japon, l'inclinaison du corps en marque de respect (avec différentes profondeurs, jusqu'à carrément frôler le plancher), au namasté en Inde, en passant par le wai en Thaïlande (une sorte de combinaison du namasté et de l'ojigi).
Au Moyen-Orient, les salutations peuvent être particulièrement prolongées et chaleureuses, contrastant fortement avec la certaine sobriété corporelle d'Europe du Nord. Tout pareil en Amérique latine, où l'abrazo, accolade parfois accompagnée d'une tape dans le dos, ferait frémir tout bon Danois. Chez ces derniers, une salutation respectueuse ne signifie pas forcément un contact physique. Bon à savoir, si vous ne voulez pas faire un flop, ou passer pour un détraqué, au moment de dire bonjour.





























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