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Le Saguenay–Lac-Saint-Jean a produit près de 1,2 million de tonnes d’aluminium en 2025. Pourtant, il n'y a aucune usine de production de canettes en aluminium dans la Vallée de l’aluminium, ni même au Québec. Pourquoi?
C’est un sujet qui revient fréquemment dans l’actualité dans le monde des microbrasseries, d’autant plus que l'aluminium est un produit qui subit une surtaxe américaine de 25 % depuis plus d'un an.
À Saguenay, la Voix Maltée vend 3 millions de bières en canettes par année. Cette microbrasserie en avait d’ailleurs surpris plusieurs en se concentrant sur les contenants d’aluminium lorsqu’elle a décidé de vendre sa bière en dehors de ses restaurants.
Il y a deux compagnies qui sont Ball et Crown qui sont situées dans l'Est et dans le Nord des États-Unis, à Chicago. On a toujours acheté nos canettes aux États-Unis, affirme le président-directeur général de l'entreprise, Daniel Giguère.

Daniel Giguère est le président-directeur général de la Voie Maltée.
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
Il aimerait bien que ses canettes soient québécoises, mais il n’y a pas d’usine en sol québécois.
La Microbrasserie du Lac St-Jean, à Saint-Gédéon, achète ses 500 000 canettes directement de son imprimeur. Elles viennent aussi des États-Unis. Sa copropriétaire, Annie St-Hilaire, siège à l'Association des microbrasseries du Québec comme secrétaire-trésorière. Elle affirme qu’une quinzaine de projets d'usine de canettes ont été mis de l’avant depuis dix ans.
Il y a de l'intérêt à le faire. Il y a quelque part où ça bloque, parce que pour être rentable, c’est sûr qu’on ne peut pas juste s’appuyer sur le marché des microbrasseries du Québec.

Annie St-Hilaire est copropriétaire de la Microbrasserie du Lac St-Jean et secrétaire-trésorière de l’Association des microbrasseries du Québec.
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
Seulement au Québec, en 2023, plus de 2 milliards de canettes d’aluminium consignées ont été mises en marché, selon le bilan annuel de la gestion des matières résiduelles de Recyc-Québec. Ce ne serait toutefois pas suffisant, selon le professeur auxiliaire au département de sciences économiques de l’Université d'Ottawa, Jean-Thomas Bernard.
La raison pour laquelle on n'en produit pas, c'est que le marché est somme toute petit, indique-t-il.
L’enjeu, c’est que les canettes sont utilisées par plusieurs types de producteurs de boissons, pas seulement les microbrasseries. Pour laminer de l’aluminium et produire des canettes, cela pourrait coûter entre 2 et 4 milliards de dollars en investissement pour un laminoir.
Pour avoir un laminoir au Québec avec des prix compétitifs dans le marché, ça s'appuie sur toutes les canettes qui sont produites : Pepsi, Coke, Coors, Molson, Labatt. Toutes!, illustre Annie St-Hilaire.

La Microbrasserie du Lac St-Jean achète ses 500 000 canettes directement de l'imprimeur.
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
Transporter de l’air
Il y a aussi la question du transport entre les canettes produites et les usines qui produisent les boissons.
Les usines de laminages sont stratégiquement positionnées près des grands centres. Si on prend New York, Baltimore, Washington, Philadelphie et tout ça, c’est beaucoup moins dispendieux pour eux autres qui sont proches des grands centres, souligne le producteur de bière Daniel Giguère.
Il croit que cela demeure un rêve qui ne risque pas de se réaliser.
Un entrepreneur qui regarde, qui se dit : "Écoute, je vais monter mon plan d'affaires." Les coûts de l'usine, plus des clients à distance ou qui sont éloignés, je ne crois pas à ce plan d'affaires-là.
En admettant que le Saguenay–Lac-Saint-Jean se dote d’une telle usine, le professeur en économie, Jean-Thomas Bernard, estime que la question du transport poserait problème.
Une fois qu'on enverrait ça par camion, les camions de transport, la composante principale du voyage, ce serait de l'air!
De l'aide espérée
Pour rendre le projet possible, l'Association des microbrasseries du Québec croit que des aides gouvernementales seraient nécessaires.
Le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie du Québec rappelle que la filière de l'aluminium est l'un des secteurs clés de l'économie dans la province.
Le gouvernement souhaite favoriser la croissance, l’exportation et la modernisation des transformateurs existants, ainsi que la réalisation de nouveaux projets de transformation, ici, au Québec. Tout projet d’usine de production de canettes en aluminium au Québec sera donc analysé avec grand intérêt, indique la directrice des communications et attachée de presse au Cabinet du Ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie du Québec, Béatrice Déry, par écrit.
Le gouvernement canadien montre aussi de l'ouverture.
Le gouvernement du Canada est pleinement déterminé à soutenir les intervenants de l’industrie au moyen de ses outils d’investissement disponibles, comme le SRF (Fonds de réponse stratégique), a mentionné par courriel Cheyenne Daly, responsable des relations médiatiques chez Innovation, Science et Développement économique Canada.
Le gouvernement canadien ajoute que « cela comprend l’aide aux entreprises pour développer de nouveaux produits, technologies et/ou secteurs d’activité afin de répondre aux possibilités offertes par le marché intérieur », poursuit la relationniste.


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