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C'est la voix la plus claire de l'Union européenne (UE) contre l'offensive en Iran. Le refus de l'Espagne de laisser deux bases militaires partagées avec les États-Unis être utilisées dans le cadre de cette opération a entraîné une passe d'armes diplomatique remarquée avec Donald Trump.
Pour le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez, c'est une manière de marquer son opposition à la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël et à l'ordre international imposé par l'actuel locataire de la Maison-Blanche. Cette posture permet à son gouvernement en difficulté dans son pays de faire remonter sa cote de popularité. Mais surtout de revendiquer l'ordre juridique international et le multilatéralisme dans une Europe qui peine à se faire entendre.
"Sur les bases de Morón et Rota, aucune assistance à ces attaques n'a été apportée […] [car] Israël et les EU agissent unilatéralement, sans une résolution internationale", a déclaré la ministre de la Défense espagnole, Margarita Robles, lundi.
"Il est en fureur": après l'Espagne, Donald Trump va-t-il lancer des représailles commerciales contre tous les pays opposés à sa guerre en Iran ?Ces bases navales et aériennes espagnoles, situées à l'entrée de la Méditerranée depuis l'Atlantique, offrent une plateforme opérationnelle stratégique sur cette région du globe. Donald Trump s'en prend à l'Espagne depuis ce "refus" de collaboration, menaçant de mettre fin à toute relation commerciale, voire d'imposer un embargo.
Une question de valeurs
"Nous ne serons pas complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde, contraire à nos valeurs et à nos intérêts par crainte des représailles", a répondu mercredi le Premier ministre espagnol sans nommer les États-Unis. "Non à l'effondrement d'un droit international qui nous protège tous, non à un monde où les problèmes ne peuvent être résolus que par les bombes, non à la répétition des erreurs du passé. Non à la guerre."
"C'est en premier lieu une question de valeurs et de cohérence avec sa vision des politiques internationales jusque-là, attachée au respect des règles internationales, au pluralisme et au multilatéralisme", estime Guillermo Fernández-Vazquez, professeur de sciences politiques à l'Université Carlos III de Madrid. Pour lui, l'Espagne cherche notamment à entraîner d'autres pays derrière elle dans une Union européenne qui a du mal à affirmer des positions fermes face au démantèlement de l'ordre international libéral issu de la Seconde Guerre mondiale.
Mis devant le fait accompli par Washington et Tel Aviv, les Européens doivent anticiper les conséquences du conflit en IranCe n'est pas la première fois que Madrid tient tête à Washington ces derniers mois. En juin dernier, le rejet de l'objectif de dépense de 5 % du PIB pour le secteur de la défense avait déjà provoqué une passe d'armes. "Certains dirigeants choisissent de faire la chasse aux sans papiers et de les déporter moyennant des opérations cruelles. Mon gouvernement a choisi un autre chemin", expliquait le Premier ministre espagnol dans une tribune pour le New York Times, le 4 février, en référence à la régularisation qui pourrait concerner 500 000 migrants dans son pays.
Une position qui peut séduire
"Évidemment, il y a aussi une raison de stratégie politique : Sánchez et son équipe estiment que camper une posture courageuse sur les droits humains, le multilatéralisme et le droit international, quitte à aller à la confrontation avec Trump, différencie l'Espagne, comme une sorte de référence internationale de gauche, ce qui a un effet positif sur l'électorat de gauche dans le pays", analyse Guillermo Fernández. Et le message peut séduire au-delà de la gauche. Dans un sondage de l'institut 40DB pour le quotidien El País, vendredi 6 mars, 45 % des répondants se disent "pas du tout d'accord" avec cette guerre, et 23 % "peu d'accord". 53 % se disent d'accord avec le refus de l'usage des bases militaires. Une tendance bienvenue pour un gouvernement éclaboussé par des scandales de corruption dont la popularité est en berne.
Les raisons du bras de fer de Pedro Sánchez avec l'Otan sur les dépenses militaires"Les Espagnols sont généralement très critiques sur l'engagement dans des conflits. En 2003, il y a probablement eu les plus grandes manifestations du pays pour rejeter la participation de l'Espagne à la Guerre en Irak, sous le Premier ministre de droite José María Aznar. L'opinion publique a estimé que les attentats djihadistes du 11 mars 2003 étaient un acte de représailles à cette participation. C'est de là que vient le slogan 'Non à la guerre'", rappelle Jaime Ferri Durá, professeur émérite de Sciences politiques à l'université Complutense de Madrid.
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