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Pourquoi le glyphosate est interdit aux particuliers, mais pas aux agriculteurs

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Malgré son interdiction pour les particuliers, le glyphosate continue d’être utilisé par certains Français dans leurs jardins, révèle une enquête de Radio France.

Cette photo montre une bouteille du pesticide « Roundup » de Monsanto dans un magasin de jardinage à Lille, en 2015.

PHILIPPE HUGUEN / AFP

Cette photo montre une bouteille du pesticide « Roundup » de Monsanto dans un magasin de jardinage à Lille, en 2015.

EN BREF Le glyphosate est interdit aux particuliers en France mais reste autorisé pour les agriculteurs jusqu’en 2033 dans l’UE.
Cette différence de traitement est justifiée par les autorités par les différences d’utilisation du produit.
L’OFB multiplie les actions pour stopper les ventes illégales tandis que des jardiniers tentent de mettre en avant des procédés naturels.

Une vieille habitude, qui a du mal à quitter les Français. Dans les potagers, sur les allées ou les terrasses, certains continuent d’utiliser le glyphosate, pourtant interdit aux particuliers en France depuis 2019. Puissant, efficace et bon marché, ce produit permet de tuer les « mauvaises herbes ». Mais il concentre de nombreuses inquiétudes : risques pour la santé humaine, atteintes à l’environnement, persistance dans les sols et contamination des eaux.

Malgré ces risques et son interdiction, le produit continue de circuler. Une enquête de Radio France, publiée ce vendredi 6 février, révèle que des particuliers parviennent à se le procurer. Les Français continuent de l’utiliser par habitude mais aussi en raison d’une incompréhension de la réglementation : interdit aux particuliers, le glyphosate reste autorisé pour les agriculteurs, au moins jusque 2033, dans toute l’Union Européenne.

Un produit, deux manières de l’utiliser

Cette règle a de quoi surprendre : pourquoi tolérer l’épandage de cet herbicide sur des champs de plusieurs hectares, tout en interdisant son usage dans un modeste potager ? Certains fournisseurs illégaux s’appuient d’ailleurs sur cette rhétorique pour justifier leur commerce. « Si le glyphosate est cancérogène alors il faut l’arrêter complètement. À la limite, je préfère le vendre aux particuliers qu’aux agriculteurs parce que le particulier, il va seulement le mettre dans son jardin », a ainsi déclaré devant la justice l’un des plus gros vendeurs de pesticides aux particuliers. L’argument n’a pas convaincu ; il a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende.

Car pour les autorités, ce raisonnement est trompeur. L’Office français de la biodiversité (OFB), qui fait office de « police de l’environnement » en France, insiste ainsi sur un point central : les usages des particuliers et des professionnels ne sont pas comparables.

En effet, les particuliers utilisent souvent ces produits sans protection adéquate, parfois à des doses excessives, et à proximité immédiate des habitations, des enfants ou des animaux domestiques. Un usage qui accroît fortement les risques d’exposition. Au contraire, les professionnels, comme les agriculteurs, autorisés à travailler avec le glyphosate sont plus encadrés. Ils doivent notamment disposer du Certiphyto, un certificat qui atteste qu’ils ont suivi une formation obligatoire, qu’ils connaissent les risques sanitaires et environnementaux, et les dosages à respecter.

Classé « cancérogène probable » par l’OMS

Cela ne signifie pas pour autant que les agriculteurs ne courent aucun risque. Le glyphosate a été classé « cancérogène probable » dès 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). De même, l’Institut national de recherche médicale (Inserm) a réalisé une étude 2021 sur les effets du glyphosate sur la santé pointant « la présomption de lien entre le glyphosate et le lymphome non hodgkinien (cancer du sang, NDLR) ».

Pour autant, l’herbicide continue d’être utilisé dans les champs européens. En 2023, la Commission européenne a renouvelé son autorisation pour dix ans, s’appuyant sur une autre évaluation scientifique : celle de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui estime que les données disponibles ne mettent pas en évidence de risque suffisant pour justifier une interdiction à ce stade.

Des ventes sur internet, notamment sur Leroy Merlin

Si le glyphosate n’est plus en vente dans les supermarchés ni dans les jardineries, les Français parviennent pourtant encore à s’en procurer, notamment sur des plateformes grand public. C’est le cas de Leroy Merlin, qui a dû, en octobre dernier, retirer « sans délai » plusieurs produits à base de glyphosate de sa marketplace, après la mise en évidence de ventes illégales.

Au total, en 2025, l’Office français de la biodiversité (OFB) a mené près de 600 perquisitions chez des acheteurs particuliers de glyphosate. « C’est quand même très grave, commente Anna Cohen, cheffe de projet alimentation et agriculture à France Nature Environnement (FNE). Le glyphosate, une fois qu’il est mis dans l’environnement, va rejoindre les nappes phréatiques, persister dans le sol mais aussi dans l’air. Il va notamment pouvoir venir sur les vêtements de la personne qui pulvérise. Les amateurs ne sont pas formés aux risques, aux précautions d’emploi. »

Paillage, binette et autres solutions

Pour éviter de prendre des risques, mais aussi rester en règle avec la loi, de nombreuses alternatives s’offrent aux jardiniers. La solution la plus classique : le désherbage mécanique, à la main pour les zones les plus réduites, ou avec une binette, notamment dans le potager. Une solution plus radicale consiste à couvrir le sol avec des bâches ou du carton : sans lumière, les plantes ne survivent que quelques jours. On peut également utiliser des plantes couvre-sol, qui limitent la lumière et empêchent les graines de germer, explique Anna Cohen.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux jardiniers donnent également leurs astuces. Celle qui revient le plus souvent : le paillage. Dans une courte vidéo Goran Puig, dit Goran le permaculteur, en fait une démonstration éloquente. « Je retire les adventices (mauvaises herbes) dans un rayon d’environ 20 à 30 centimètres autour de mes pieds », puis « je les dépose toutes au pied de mes plantes », explique le jeune homme. En se décomposant, les « mauvaises herbes » vont faire office de paillage, et empêcher les suivantes de se développer. Le paillage permet aussi d’avoir à moins arroser en été.

Pour autant, « il est super important de conserver des adventices aux abords ton potager et sur les passe-pieds », précise le permaculteur installé dans la Drôme. En effet, « grâce à leur système racinaire hyperpuissant, elles permettent de décompacter le sol et donc favorisent l’infiltration d’eau », rappelle-t-il. Sa vidéo a été vue plus de 130 000 fois, de quoi inspirer d’autres jardiniers.

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