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International 02/09/2026 18:43 Actualisé le 02/09/2026 20:00
Les déclarations se multiplient après l’attribution à la Russie de la découverte d’un drone en Allemagne début août. Il s’agit d’une première dans le pays.
EN BREF • L’Allemagne a accusé la Russie d’être derrière une tentative d’attentat avec des drones chargés explosifs à l’aéroport de Leipzig.
• L’attaque est considérée comme un test contre l’Allemagne, membre clé de l’Otan, et vise à dissuader l’aide à l’Ukraine.
• Les incursions de drones russes se multiplient en Europe.
L’attaque a été qualifiée par l’Union européenne, tôt ce mercredi 2 septembre, d’« acte de terrorisme soutenu par un État ». En quelques heures, les mises en garde à l’encontre de Moscou se sont multipliées, après l’attribution à la Russie, par l’Allemagne, de la découverte d’un drone explosif à l’aéroport de Leipzig début août. Deux hommes au passeport russe ont été identifiés par la police allemande.
« Il s’agit d’une attaque menée avec du matériel militaire par des agents russes sur le sol de l’Union européenne. Nous ne la tolérerons pas », a averti la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Nous ne laisserons pas un acte d’une telle gravité sans conséquences », a prévenu, côté français, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, appuyant sur le caractère sérieux de l’attaque, considérée outre-Rhin comme une tentative d’attentat.
Les incursions de drones russes sur le sol européen sont pourtant fréquentes depuis le début de la guerre en Ukraine. Mais une telle attaque hybride ciblant l’Allemagne est une première, indique au HuffPost Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste des questions de défense et de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord).
« C’est un test sur un pays de l’Otan et sur le pays qui aide le plus militairement l’Ukraine », met en exergue le directeur adjoint de l’Iris. Le pays est la deuxième puissance économique de l’Alliance en valeur absolue, après les États-Unis, et cherche, depuis 2022, à y jouer un rôle plus important. Membre fondateur de l’Union européenne, l’Allemagne est aussi au cœur de l’Europe.
Une attaque au cœur d’une guerre hybride qui s’accélère
Le pays, régulièrement visé par des attaques hybrides selon Le Monde, nomme par ailleurs explicitement la Russie pour la première fois, actant une rupture avec sa prudence habituelle. « Si l’Allemagne s’exprime un mois après, c’est qu’ils ont mené une enquête et ont fait très attention à être sûrs de leur annonce », observe Jean-Pierre Maulny.
Autre élément : l’aéroport de Leipzig, où a été retrouvé le drone, a une mission de premier plan dans le transport de matériel militaire, en particulier pour l’armée allemande et les alliés de l’Otan, et sert aussi de base au constructeur aéronautique ukrainien Antonov, rapporte l’AFP.
Le drone a été découvert dans la zone sécurisée des opérations de fret de l’aéroport, à proximité de plusieurs avions-cargos ukrainiens. Un deuxième engin aurait ensuite heurté un avion-cargo de DHL quelques minutes plus tard. « C’est un signal. Le but est dissuasif, il est de dire 'ne faites pas, n’aidez plus les Ukrainiens' », analyse Jean-Pierre Maulny.
Le contexte actuel permet aussi de comprendre les mises en garde des Européens. « On est dans une période où il n’y a toujours pas d’issue à la guerre en Ukraine. Poutine se dit qu’il a peut-être une fenêtre de tir et celle-ci est renforcée par l’attitude de Donald Trump, qui a dit qu’il n’aiderait plus les Ukrainiens », souligne le spécialiste des questions de défense.
Les incursions de drones russes se sont décuplées ces derniers mois, comme l’a constaté la RTBF dans une série d’infographies. « Cet été, il y a eu des explosions sur des sites d’industrie de défense en Bulgarie, en Italie, en Estonie, en Pologne, même si toutes ne sont pas authentifiées. Il y a une multiplication d’actions qui ne relèvent plus seulement de la guerre informationnelle, mais aussi du champ physique », a confirmé Elie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l’Ifri (Institut français des relations internationales), auprès de France Culture ce mercredi.
La ligne rouge pas franchie
« Le fait que le directeur de la CIA soit allé à Moscou, il y a une dizaine de jours, ce n’est pas innocent. Les Allemands ont dû l’avertir sur Leipzig quand il s’est rendu en Russie », complète Jean-Pierre Maulny. Selon la presse américaine, le déplacement de John Ratcliffe avait en effet pour but de mettre en garde la Russie contre toute attaque visant l’Otan.
Aucune ligne rouge n’a toutefois été franchie, selon le directeur adjoint de l’Iris. « Les pays nordiques, l’Allemagne s’attendent à ce genre d’incursions. Ce qui aurait été surprenant, c’est que le drone explose et, là, vous êtes dans une agression armée », affirme le spécialiste.
« Le sentiment que ça donne, c’est que c’était fait exprès, que l’idée était simplement de montrer qu’ils sont capables d’opérer, y compris sur le territoire allemand », poursuit Jean-Pierre Maulny, pour qui les Russes « ne veulent pas d’agression armée ». « Ils resteront toujours en dessous du seuil de l’emploi de la force militaire », estime-t-il.
Les différentes déclarations et sanctions - la France a par exemple convoqué le chargé d’affaires russe à Paris et l’Allemagne va fermer le dernier consulat russe du pays -, suivent ainsi « le mode de fonctionnement habituel ». Mais permettront-elles de dissuader la Russie ? « Je pense que les Russes s’en moquent un peu », glisse Jean-Pierre Maulny. Vladimir Poutine a nié toute implication de la Russie, qualifiant l’accusation de l’Allemagne de « nouvelle erreur grossière ».


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