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Reconnue coupable de détournement de fonds publics, la candidate RN a cherché à se comparer à son homologue de La France insoumise. Mais le parallèle ne tient pas.

ALAIN JOCARD / AFP
Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée en juin 2026.
Dans sa chute, Marine Le Pen a tenté d’embarquer ses adversaires. Mardi soir, la leader d’extrême droite était invitée sur le plateau du 20 heures de TF1 quelques heures après le délibéré de la Cour d’appel, qui l’a reconnue coupable de détournement de fonds publics et l’a condamnée à un an de prison ferme aménageable sous bracelet électronique.
Pour tenter de minimiser l’impact de cette décision de justice (et ainsi se poser en victime), la députée du Pas-de-Calais s’est comparée à deux autres responsables politiques, impliqués selon elle dans des affaires similaires. « Pour les mêmes faits, Monsieur Mélenchon a bénéficié d’un non-lieu et Monsieur Bayrou a été relaxé », a-t-elle déclaré face à Gilles Bouleau.
Des propos qui ont immédiatement provoqué la colère de Jean-Luc Mélenchon, qui a accusé la fille de Jean-Marie Le Pen de mensonge. « Je n’ai jamais été accusé de ses délits. Une enquête préliminaire a été ouverte sur la base de la seule dénonciation d’une de ses amies intimes », a exprimé le candidat de La France insoumise, jugeant Marine Le Pen « minable ». Il y voit « une gesticulation pour se défausser ». « Je ne me suis pas payé un majordome, ni un chauffeur, ni rien de ce pour quoi elle a été condamnée ».
De fait, les deux affaires n’ont rien à voir. Si une enquête a bien été ouverte sur le travail des assistants parlementaires de La France insoumise au Parlement européen, elle a été clôturée en mai, sans qu’aucun procès ne soit convoqué et qu’aucune mise en examen ne soit prononcée. « À aucun moment, il ne pouvait nous être reproché la moindre infraction dans ce dossier », se félicitait alors le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Il a fallu huit ans d’enquête pour aboutir à cette situation.
Deux ex-collaborateurs, Laurent Maffeis et Aigline de Causans, restent toutefois sous le statut de témoin assisté. À noter que l’affaire avait démarré en 2018, après un signalement de la députée européenne Sophie Montel, à l’époque membre du Front national. Ce qui n’a pas échappé à Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, qui ce mercredi sur France Inter a rappelé « qu’une eurodéputée collègue de Marine Le Pen a tenté, de façon fallacieuse » de les « dénoncer ».
Chez Le Pen, « des faits graves »
La décision rendue en appel constitue, selon lui, « la preuve que tout le monde ne fait pas pareil » au Parlement européen. Marine Le Pen étant « la seule qui a fait travailler des assistants parlementaires comme gardes du corps ou majordomes ». On se souvient du retentissement politique qu’avait pris cette affaire en octobre 2018 lors de fameuses perquisitions au siège de La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon s’était spectaculairement opposé à l’intervention des enquêteurs, lançant notamment « La République, c’est moi ! » devant les caméras.
Mais ni les sommes en jeu ni l’ampleur des accusations ne sont comparables avec le dossier de Marine Le Pen, dont la justice estime qu’elle a mis en place un « système » destiné à détourner des fonds européens. Des faits « graves » qui se sont déroulés « sur 11 années », a explicité la Cour mardi. D’autant plus graves « au regard du montant des sommes détournées : plus de 2,8 millions d’euros ». Aucunement comparable aux deux collaborateurs de La France insoumise, malgré ce qu’affirment les lepénistes depuis des mois, ce mercredi encore.
Quant à François Bayrou, également cité par Marine Le Pen, il s’est expliqué ce mercredi au micro de Sud Radio. Rappelant qu’il avait été « relaxé », l’ancien Premier ministre a expliqué qu’il n’y avait « pas de système » mis en place par son parti « pour obtenir des financements supplémentaires ». Sous-entendu : contrairement au FN. L’ex-maire de Pau redit aussi qu’il n’était « pas député européen », alors que les faits reprochés dans ce genre d’affaire sont ceux de députés européens qui emploient des collaborateurs parlementaires finalement affectés à des tâches nationales.
Pas la même ampleur (du tout)
Par ailleurs, ces deux dossiers diffèrent par la qualification des infractions retenues, le montant du préjudice ou encore le rôle joué dans la fraude par les personnes mises en cause. Ainsi, dans l’affaire des assistants d’eurodéputés du MoDem, les prévenus étaient poursuivis en première instance pour onze contrats conclus entre 2005 et 2014, pour un total de 300 000 euros (dix contrats pour 250 000 euros ont finalement été retenus). En comparaison, Marine Le Pen et son parti ont été mis en cause pour 46 contrats, pour un total de 4,5 millions d’euros de préjudice entre 2004 et 2016, ramené finalement à 2,8 millions d’euros.
François Bayrou sera pour sa part jugé en septembre, en appel, deux ans et demi après sa relaxe en première instance. Les juges avaient estimé à l’époque qu’aucune preuve directe ne permettait d’établir que Bayrou avait personnellement demandé aux eurodéputés d’employer fictivement ces assistants (quand les magistrats ont trouvé des preuves accablantes concernant Marine Le Pen). Mais le parquet de Paris a décidé de faire appel des relaxes, jugeant qu’elles n’étaient pas conformes au droit.


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