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Ce jeudi, les militants socialistes sont appelés à trancher entre deux options en vue d’une primaire. Olivier Faure pourrait en sortir fragilisé.

ALBIN BONNARD / Hans Lucas via AFP
Olivier Faure en mars 2026.
EN BREF • Les militants socialistes votent pour décider d’une primaire ouverte ou réservée aux adhérents, influençant l’unité de la gauche pour la présidentielle.
• L’avenir du Parti socialiste et son orientation politique dépendent de ce scrutin crucial, entre unité à gauche ou recentrage.
• Olivier Faure, fragilisé par des divisions internes, pourrait voir son leadership remis en question selon le résultat du vote.
Jour après jour, le Parti socialiste offre le spectacle de ses divisions, de ses batailles intestines et de ses guerres de tranchées. Rien ou presque ne semble pouvoir mettre d’accord les héritiers de François Mitterrand, reclus en plusieurs camps. Même le vote de la censure, en début de semaine, a scindé le groupe en deux avec un chef de parti minoritaire.
Pour tenter de relancer une machine atone, à moins d’un an d’une élection présidentielle que beaucoup imaginent ouverte, Olivier Faure a décidé de convoquer un vote des militants. Ils doivent trancher ce jeudi 9 juillet entre deux options : une primaire ouverte à l’ensemble des Français (qui ouvre la voie à une seconde primaire de toute la gauche hors LFI) ou une seule réservée aux seuls adhérents à jour de cotisation ? Dans les deux cas, un candidat social-démocrate doit sortir du chapeau pour s’engager vers la présidentielle.
Option Ruffin-Tondelier ou Glucksmann ?
Derrière un vote en apparence anecdotique (le PS ne compte plus que 40 000 adhérents et a perdu de son influence d’antan), se cachent des enjeux décisifs pour l’ensemble de la gauche. Car du résultat de ce scrutin dépend la tenue d’une primaire plus large, souhaitée par Marine Tondelier. Pour Olivier Faure, les choses sont simples : le candidat désigné par le PS doit ensuite se soumettre à un second jugement, ouvert à l’ensemble des sympathisants de gauche. Seule manière, selon lui, d’éviter l’éparpillement des voix.
Mais ses opposants internes ne l’entendent pas de cette oreille, convaincus que seul un candidat social-démocrate peut s’imposer en 2027. Pour eux, pas question de se ranger derrière un François Ruffin ou une Marine Tondelier, avec qui ils ont parfois des désaccords. Mieux vaut tendre la main à Raphaël Glucksmann ou Bernard Cazeneuve, certes pas membres du PS, mais suffisamment proches d’eux politiquement, pour bâtir une offre commune.
Si cette option l’emporte (elle est notamment défendue par le patron des députés PS Boris Vallaud), il est quasi acté que la primaire de la gauche n’aura pas lieu. Ce qui agace et inquiète leurs partenaires, qui leur ont adressé un courrier le 30 juin. Les Écologistes, L’Après, Debout et Génération·s y écrivent : « Nous ne soutiendrons pas un choix et une candidature qui ne seraient pas issus d’un processus de primaire ». Le 7 juin à Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon ironisait sur l’initiative qui n’a jamais vraiment pris dans l’opinion. « La primaire est finie ! », revendiquait-il devant plusieurs milliers de personnes réunies. Dès lors, il existe un scénario dans lequel quatre ou cinq candidats de gauche sont sur la ligne de départ.
Un chef de parti désavoué ?
Au-delà du sort de la primaire, c’est l’avenir politique d’Olivier Faure qui est en jeu. Depuis un an, le Premier secrétaire marche sur un fil, tenu de respecter les différents équilibres internes au Parti socialiste. Mais depuis le mois de mai, et le départ tonitruant de Boris Vallaud de la direction du parti, sa position est encore plus critique. Il ne dispose plus d’aucune majorité, est constamment contredit et peine à imposer son autorité, comme cela s’est vu lundi avec le vote de la motion de censure.
S’il perd ce vote du 9 juillet, le patron du PS sera mis sous pression par certains cadres du parti, qui brandiraient ce désaveu des militants comme le signe d’un départ inéluctable. « Il est minoritaire, comme dans une forme de cohabitation. C’est une situation baroque : un chef de parti désavoué par ses collègues », cinglait mardi le député Jérôme Guedj sur Sud Radio. « Comment prétendre diriger et fédérer un parti lorsqu’on ne respecte même pas la discipline de vote dans son groupe à l’Assemblée nationale ? Olivier Faure doit se soumettre ou se démettre », fulminait aussi le vice-président du département du Lot Rémi Branco dans les colonnes de l’Opinion.
Olivier Faure a déjà exclu de démissionner. « Je ne suis pas sûr que beaucoup l’exigent », a-t-il répondu sur France 2, assumant que « parfois il faille être en avance, faire des choix difficiles et prendre des risques ». Mais alors que beaucoup lui prêtent des ambitions présidentielles, le patron du PS pourrait être stoppé net en cas de défaite marquante à ce scrutin interne.
Ancrage à gauche ou objectif centre ?
Derrière son seul cas personnel, c’est toute la ligne qu’il défend depuis son arrivée à la tête du PS en 2018 qui pourrait être remise en cause. Car Olivier Faure s’est attelé, souvent dans la douleur, à ramener le parti de Pierre Mauroy et de Lionel Jospin à gauche. Et à retisser les liens avec les autres forces, dont Les Écologistes, après le quinquennat Hollande éprouvant. Beaucoup se souviennent de ces images où des socialistes sont sifflés voire exfiltrés de manifestations, qualifiés de traîtres.
« Si je n’avais pas été là depuis huit ans, est-ce que le PS serait encore là ? », a-t-il interrogé mardi. Il n’est pas exagéré de dire qu’aujourd’hui, le Parti socialiste est à la croisée des chemins. Choisit-il de poursuivre sa route sur le chemin de l’unité, le regard vers sa gauche (mais loin de Jean-Luc Mélenchon), ou préfère-t-il se tourner vers le centre pour reconquérir un électorat macroniste déçu ? Sans surinterpréter le résultat de jeudi, il sera porteur de leçons sur le souhait des militants socialistes pour les années à venir.


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