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Boire un verre pour se désaltérer? L’illusion est bel et bien là. Mais en réalité, l’alcool perturbe plusieurs mécanismes qui nous aident à résister à la chaleur. « Le Figaro » fait le point.
Déambuler de concert en concert, un verre à la main, lors de la Fête de la musique ; boire une bière entre copains après une trop chaude après-midi ; siroter tranquillement un cocktail en terrasse... Avec la canicule qui s’abat sur la France, les pouvoirs publics multiplient les interdictions de boire de l’alcool dans l’espace public. Pourquoi ces restrictions ? Et en quoi l’alcool peut-il être un véritable ennemi face aux fortes chaleurs ? Le Figaro fait le point.
Une interdiction pour protéger les services de secours
Déjà, à l’occasion de la Fête de la musique, les préfets ont été invités par le gouvernement à prendre « des arrêtés d’interdiction de la consommation d’alcool sur la voie publique dans les départements placés en vigilance rouge » et « pour tous les évènements organisés par l’État et ses opérateurs, consigne est donnée de ne pas proposer d’alcool », avait annoncé Matignon samedi dernier, à l’issue de la réunion de la cellule interministérielle de crise consacrée à la canicule. En cette fin de semaine torride, plusieurs autorités interdisent à nouveau la vente et la consommation d'alcool à Paris et dans les Hauts-de-Seine, à partir de vendredi.
À chaque fois, l'objectif est le même: « préserver les services de secours et de soins » et « permettre aux soignants de se concentrer sur la prise en charge des personnes les plus vulnérables », expliquait le communiqué de Matignon.
Les services de secours et d’urgence sont sursollicités à cause de la chaleur, et sont même «saturés» à Paris, selon le préfet de police. Lors de l’épisode de canicule de la fin mai, déjà, « Santé publique France a observé une hausse significative des recours aux soins d’urgence liés à certains indicateurs de santé surveillés et associés à la chaleur (hyperthermies, déshydratations, hyponatrémies et malaises) », indiquait début juin un premier bilan de l’agence de santé publique. Et en cette fin juin, après plusieurs jours avec des températures invraisemblables, les hôpitaux et services de secours craignent d'être débordé. Inutile donc de risquer d’y ajouter des patients alcoolisés. D'autant qu'outre les prises de risques associés à une consommation importante, alcool et chaleur ne font pas du tout bon ménage.
L’alcool, une boisson qui désaltère... mais qui déshydrate
Un verre, un vin frais, des glaçons... L’alcool nous désaltère bel et bien. Mais dans le même temps, il nous déshydrate ! En clair, il apaise bien la sensation de soif, mais diminue la quantité d’eau contenue dans notre organisme.
Par quel mécanisme ? L’alcool inhibe la sécrétion de l’hormone antidiurétique (l’ADH, ou vasopressine) par le système nerveux central, ce qui augmente notre production d’urine. Ce, sans que l’eau contenue dans le verre d’alcool compense ces pertes : ainsi, boire un verre de 25 ml d’alcool à 40 %, soit 15 ml d’eau pour 10 ml d’éthanol pur, « engendre une production de 100 ml d’urine, soit un déficit net de 85 ml », calculaient en 2018 les auteurs du livre La science au bout de la fourchette, publié par l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance.
Or, rappelle l’Inserm sur son site internet, « sans eau, le corps ne peut plus produire assez de sueur pour se refroidir ». Boire de l’alcool en excès quand il fait chaud, c’est donc empêcher notre organisme de faire face à une chaleur qui lui donne déjà bien du mal. Cela peut aussi nous rendre moins vigilants face aux signes de déshydratation et de coup de chaleur (maux de tête, vertiges, nausées, fatigue brutale...).
Un dérèglement de notre thermostat
L’ingestion d’alcool perturbe aussi le fonctionnement de multiples mécanismes cérébraux, à commencer par notre thermostat interne, situé dans l’hypothalamus : notre cerveau ne réagit plus correctement aux signes de froid ou de surchauffe, donc il régule moins bien la transpiration et la dilatation des vaisseaux sanguins à la surface de la peau, qui permettent d’évacuer la chaleur en excès (ou, en cas de grand froid, à maintenir la température interne pour protéger nos organes vitaux).
Par ailleurs, l’alcool masque la sensation de soif et nous pousse donc à ne pas boire assez d’eau. En outre, il perturbe notre horloge biologique qui régule notre température notamment nocturne, la qualité de notre sommeil, et la production de diverses hormones dont la production suit un rythme très précis. Enfin, notre organisme, qui perçoit l’alcool comme un toxique, s’active à l’éliminer alors qu’il est déjà sollicité pour lutter contre la chaleur.
Une moindre vigilance
La chaleur, en nous fatiguant, abaisse notre niveau de vigilance. L’alcool y ajoute sa touche personnelle et nous pousse à prendre des risques sans toujours bien les mesurer. Notamment de noyade. « La consommation d’alcool altère le jugement et augmente la prise de risque, dilate les vaisseaux sanguins occasionnant un risque d’hypothermie (et) diminue la réactivité des voies respiratoires diminuant les chances de survie dans l’eau », indique ainsi Santé publique France.


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