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Dans Le Devoir du 18 avril, on pouvait lire un article à propos du Bescherelle québécois qui fait état de « la réforme du participe passé ». On y précise que le Conseil international de la langue française, la Fédération internationale des professeurs de français, les Associations québécoise et belge des professeurs de français, le Conseil scientifique de l’éducation nationale du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse en France et EROFA (Études pour une rationalisation de l’orthographe française) recommandent cette réforme. Donc, pas seulement des ignorants et des paresseux !
Cette règle d’accord « est l’une des plus artificielles de la langue française, note l’ouvrage de référence. C’est le poète français Clément Marot qui l’a formulée en 1538, en prenant pour exemple la langue italienne, qui a, depuis, renoncé en partie à cette règle ». Rappelons que, malgré un nombre considérable d’heures mis à son étude tout au long de la scolarité, la très sérieuse recherche de Claire Asselin et d’Anne McLaughlin a montré que l’accord du participe passé avec avoir était la première source d’erreurs grammaticales chez les étudiants universitaires francophones québécois (Revue de l’Association canadienne de linguistique appliquée, 1992).
Des privilèges de classe plus que des connaissances scientifiques
Précisons d’emblée qu’on ne peut parler de réforme : seule l’Académie française peut avaliser des réformes concernant la langue française, ce qui est éminemment contestable : la langue française ne devrait pas dépendre d’une institution nationale, qui, de surcroît, ne comprend pas de linguistes. Or, on sait qu’elle n’est pas prête à accepter cette proposition, elle qui a mis près de 80 ans pour accepter quelques rectifications orthographiques (déc. 1990), malgré de sérieux projets de réforme de l’orthographe depuis celui de 1901. En revanche, en théorie, les différents ministères de l’Éducation sont libres de déterminer les contenus d’enseignement et les normes d’évaluation.
On pouvait s’attendre à une déferlante de protestations de la part de lecteurs du journal. Les commentaires, souvent violents, ne présentent cependant pas d’arguments fondés sur la science linguistique au sujet du système de la langue écrite. Quant à la critique du linguiste Philippe Barbaud (Le Devoir, 21 avril), elle repose sur une lecture très discutable de cette proposition de réforme.
Une réforme légitime sur le plan grammatical
Pour le participe passé employé avec avoir (qu’on ne trouve, sauf erreur, que dans des temps composés actifs), on invoque généralement la difficulté des règles, le grand nombre d’erreurs à l’oral et à l’écrit, etc., mais presque jamais, notamment dans les commentaires des lecteurs du Devoir, ce qui est pourtant bien plus fondamental : le système grammatical du français. Dans l’erreur que j’ai commise, ou selon la proposition de réforme, l’erreur que j’ai commis, commis est-il un verbe ou un adjectif ? Ici, on a affaire au passé composé du verbe commettre, qui peut commuter avec je commets, je commettrai, etc. C’est bien lui et non l’auxiliaire ai qui régit le complément direct : l’erreur.
Mais, dans ce cas, pourquoi le faire varier en genre et en nombre comme un adjectif ? Et si, pour les besoins de la cause, on veut le considérer comme un adjectif (ce qu’il était à l’origine, en latin, mais dans une structure passive très différente), pourquoi faire dépendre sa variation de l’ordre des éléments ? Dans les deux cas, on enfreint des règles générales et, par conséquent, on empêche l’intelligence du fonctionnement linguistique. Laisser le participe passé invariable le ferait, au contraire, rentrer dans la logique du verbe, les variations de nombre et de personne étant portées par l’auxiliaire.
En somme, contrairement à ce qu’on dit trop souvent (surtout du côté des détracteurs), il ne s’agit pas seulement de faciliter les usages et les apprentissages (ce qui, après tout, ne serait pas condamnable en soi), mais de les rendre plus cohérents, plus intelligibles. En soulignant que, quoi qu’il en coûte à certains de le reconnaître, la non-variation du participe passé conjugué avec avoir n’est pas uniquement le fruit d’une ignorance scolaire, mais d’abord celui d’un sentiment exact de la classe grammaticale de ce participe passé, lorsqu’employé avec avoir.


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