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La France loue 16 avions et hélicoptères bombardiers d’eau à des sociétés privées pour combattre les flammes, et leurs coûts ne font que grimper.
EN BREF • En plus des appareils dont elle est propriétaire, la France loue chaque année des avions et hélicoptères pour lutter contre les incendies.
• Cette pratique fréquente aux États-Unis se développe avec la multiplication des départs de feu.
• Mais cela pose plusieurs problèmes de coût et de souveraineté, note le député (LFI) Damien Maudet auteur d’un rapport parlementaire.
C’est une question qui agite la France dès que les incendies se multiplient sur son territoire : y a-t-il suffisamment de moyens aériens disponibles pour combattre les flammes ? Pendant la saison des feux de forêts, les élus d’opposition se succèdent sur les plateaux télé, en pointant une flotte trop limitée, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article. En réponse, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est dit « effaré » des commentaires sur la flotte aérienne, s’attardant plutôt sur sa diversité.
Actuellement, la flotte aérienne française de lutte contre les incendies compte 12 Canadair, 8 avions Dash-8, un A400M déployable sur demande, et 39 hélicoptères Dragon, dont seulement deux peuvent accomplir des missions de largage d’eau. Au total, la France dispose de 67 appareils, mobilisables à n’importe quel moment en cas de départ de feu, partout sur le territoire.
Enfin, à n’importe quel moment… Pas vraiment, puisque ces 67 aéronefs ne sont pas tous toujours en capacité de décoller. Depuis 2022 et les importants feux de forêts en Gironde, la vétusté du parc français a été pointée à de nombreuses reprises. Les Canadair sont en effet en train d’atteindre leur durée de vie maximale, qui est d’une trentaine d’années. Et les Dash-8 parviendront, eux, à leur âge limite aux alentours de 2040. En moyenne, plus de 10 % des forces aériennes de lutte contre les incendies sont cloués sur le tarmac des aérodromes, dans l’incapacité de décoller.
La solidarité européenne
Heureusement, pour pallier ces petites difficultés de gestion, la France peut compter sur d’autres solutions. À commencer par l’aide de ses voisins. Le 24 juillet dernier, Emmanuel Macron annonçait sur X « le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque ». Cet été, pour faire face à la violence des flammes, la France a en fait activé le mécanisme de protection civile européen, créé en 2019.
Mais ce système pourrait rapidement éprouver ses premières limites. Avec le dérèglement climatique, les différents États membres sont concernés par des feux de forêts plus forts, plus fréquents et plus longs. En 2026, 22 avions et cinq hélicoptères ont été préparés avant même le déclenchement des incendies. Du jamais vu depuis le lancement du programme rescEU, selon Euronews.
Mais, si un pays a besoin de mobiliser ses propres moyens pour lutter contre des feux, il ne peut logiquement pas les envoyer à l’étranger. Chacun doit alors se débrouiller avec sa flotte à disposition. C’est un cas de figure qui s’est déjà produit en août 2022.
Le secteur privé s’invite dans la bataille
Il reste alors une solution pour combattre le plus efficacement possible les feux de forêts : louer des aéronefs à des sociétés privées, comme c’est la norme aux États-Unis. Le 20 juillet dernier, Laurent Nuñez indiquait sur France Inter que la France loue depuis 2022 douze hélicoptères et six avions bombardiers d’eau. En 2026, la Sécurité civile loue en réalité dix hélicoptères bombardiers d’eau, et non pas douze.
Mais ces locations ont un prix. Dans un rapport datant de 2025, le député LFI Damien Maudet et la députée PS Sophie Pantel avancent qu’elles ont coûté à l’État 106 millions d’euros depuis 2020. « La location n’est pas ponctuelle, elle est structurelle, souligne Damien Maudet, détaillant qu’elle a coûté deux millions d’euros en 2020, et 30 millions d’euros en 2025. C’est une multiplication quasiment par douze du budget de la location. »
La Sécurité civile assure, elle, que le montant cumulé de ce marché s’élève à 51 millions d’euros sur la période 2023-2025.
12 681 euros par heure de vol
Dans tous les cas, les grands vainqueurs derrière ces sommes sont des entreprises privées. Elles s’appellent Airtelis, Titan Aerial ou Conair, l’une est française, les deux autres sont espagnole et canadienne. Et elles raflent le gros lot. En 2023, le sénateur LR Jean-Pierre Vogel rentrait dans le détail de la location d’un avion Dash auprès de Conair. Il en estimait le coût à 44 365 euros par jour de mise à disposition, et 12 681 euros par heure de vol. Titan Aerial a lui empoché 6,2 millions d’euros pour le prêt de quatre avions Air Tractor pour une période s’étalant du 15 juin au 15 septembre 2023.
Au-delà du coût, ces locations posent problème pour trois autres raisons, que détaille le député LFI Damien Maudet : le coût qui va augmenter avec les sollicitations qui iront croissant, la question de la souveraineté au regard de la nationalité des sociétés et « les difficultés d’intégration des pilotes non-francophones dans le dispositif de Sécurité civile ».
Contactée, la Sécurité civile a assuré qu’il n’est pas prévu de mettre fin à la location d’aéronefs. Et ce, même si elle doit recevoir quatre nouveaux Canadair entre 2028 et 2033, et est en train de renouveler son parc d’hélicoptères H145 en les équipant de moyens de lutte contre les incendies.


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