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Le printemps est triste et gris au Québec cette année, où dix féminicides ont déjà été recensés depuis janvier. Dix femmes des quatre coins du Québec, issues de divers horizons, âgées de 18 à 67 ans, mais ayant toutes en commun d’avoir été assassinées par un conjoint ou un ex violent. Dix de trop, pleure le Québec en entier, sans trop savoir comment empêcher une fois pour toutes ces tragédies de se répéter. L’appui unanime de l’Assemblée nationale au dépôt d’un projet de « loi Gabie Renaud » apporte une lueur d’espoir en venant fortifier cette lutte si complexe.
Le souhait collectif voudrait qu’il n’y en ait pas une de plus, mais la cruelle réalité prophétise que d’autres tomberont tragiquement sous l’emprise d’un partenaire contrôlant et violent. Pour elles toutes, et à la mémoire de celles qui n’ont pu s’en extirper à temps, cette « loi de Clare », en Grande-Bretagne, ou « Gabie Renaud », au Québec, vient donner aux conjointes ou fréquentations d’un partenaire menaçant le pouvoir de savoir s’il traîne un passé de violence conjugale. Avant qu’il ne soit trop tard.
Début mai, Shannon Jean Hickey était assassinée à Gatineau par son conjoint, qui avait des antécédents de violence à l’endroit d’une autre femme. Son homicide en a fait le dixième féminicide de l’année 2026, déjà plus meurtrière que 2025.
Il était plus que temps que le Québec emboîte le pas à d’autres gouvernements, afin de permettre à celles qui craignent pour leur sécurité et celle de leurs enfants de s’informer personnellement (ou par un proche qu’elles auraient mandaté) quant aux antécédents de leur partenaire intime.
Le projet de loi présenté cette semaine, qui devrait être adopté d’ici la fin de la session parlementaire le mois prochain, ne sera évidemment pas une panacée. Gabie Renaud, de l’aveu de sa sœur Rachel, connaissait le passé trouble de son propre conjoint, qui est accusé de l’avoir assassinée en septembre dernier. S’extraire de cette manipulation coercitive et insidieuse relève d’un lourd parcours épineux. Offrir aux femmes toutes les clés possibles pour tenter d’y parvenir est d’autant plus capital.
Les outiller, à l’aide de toute l’information pertinente disponible, ne pourra qu’en aider certaines à rassembler la force et le courage de partir, ou d’autres à évaluer les risques avant même de mettre le cœur dans l’engrenage d’un tel continuum d’intimidation et de violence.
En confiant à un organisme spécialisé la responsabilité de transmettre à celles qui l’auront réclamé les renseignements colligés par la Sûreté du Québec, la future loi prévoit de surcroît qu’elles soient ainsi immédiatement accompagnées. Une aide précieuse, si tant est que les corps policiers puissent répondre avant que la spirale infernale ne s’enraye et que le filet de sécurité puisse être aussitôt déployé pour ces femmes dont les pires craintes viendront d’être confirmées.
Or, rien n’est moins sûr, la moitié des demandes d’aide chez SOS violence conjugale se butant déjà à l’heure actuelle au manque de places en ressources d’hébergement. Celles qui s’ajouteront à la suite des quelque 10 000 requêtes anticipées chaque année en vertu de la future loi ne viendront qu’exacerber les besoins criants. Auxquels le gouvernement de Christine Fréchette se doit de répondre, et ce, à l’échelle du Québec.
La réhabilitation reste possible et tous ces hommes ne finiront pas récidivistes, tandis que d’autres pourraient commettre l’irréparable sans avertissement. La recension de ces homicides nous enseigne cependant leurs trop prévisibles rouages : 45 % des hommes reconnus coupables d’infractions de violence conjugale en 2022 avaient déjà été accusés en la matière, 35 % avaient été déclarés coupables auparavant.
Cette réhabilitation, malgré toutes les mailles au filet, n’est pas automatique. Le Québec a le devoir d’aider toutes ces victimes actuelles ou potentielles à pouvoir au minimum prendre des décisions informées. Et le gouvernement fédéral, d’adopter enfin son projet de loi criminalisant le contrôle coercitif. Tout en continuant de part et d’autre à faire tout le nécessaire afin de soutenir les hommes en détresse. Les commentaires de certains se disant poussés « à boutte » par les femmes sur le Web ces jours-ci sont plus que préoccupants.
Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a fait des pas de géants pour prendre à bras-le-corps ce fléau destructeur et meurtrier depuis huit ans. La ministre Martine Biron, responsable de la Condition féminine, n’est pas la seule au Québec qui soit consternée de constater que des féminicides ne cessent de se répéter malgré tout ces efforts. Les statistiques sont sidérantes. Les pleurs et les récits des familles des victimes sont, à tous les coups, déchirants.
Que ces ondes de choc paraissent encore vouées à se répéter est désespérant. Le projet de « loi Gabie Renaud » permet toutefois d’espérer que cette nouvelle pierre à l’édifice de la lutte contre la violence conjugale permette au moins de la consolider un peu plus.


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