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Pour celles qui ont soigné les survivants de Dieppe

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Le 19 août 1942 constitue la journée la plus meurtrière pour l’armée canadienne durant la Seconde Guerre mondiale. Près de 5000 soldats canadiens, appuyés par des troupes britanniques et alliées, prennent part au raid de Dieppe.

Parmi la dizaine d’unités alliées engagées figure un régiment québécois, les Fusiliers Mont-Royal. Les troupes se heurtent à la puissance de feu écrasante de l’armée allemande, et après plusieurs heures de combats acharnés, l’ordre de repli est donné.

L’évacuation se déroule dans le chaos, sous le feu incessant des mortiers et des mitrailleuses. Le bilan est lourd : 916 Canadiens périssent, 1946 sont faits prisonniers et plus de 600 blessés sont évacués vers l’Angleterre, où ils sont admis dans des hôpitaux militaires canadiens.

De nombreux travaux historiques ont été consacrés à ce tragique événement. La chronologie a été minutieusement reconstituée, les opérations décortiquées, les leçons du raid analysées et contestées, les pertes recensées et l’évolution de la mémoire collective examinée. Quelques combattants ont fait le récit de leur expérience.

En revanche, la contribution des infirmières militaires canadiennes, qui ont accueilli et soigné les survivants à leur retour en Angleterre, demeure largement méconnue. Parmi elles figuraient plusieurs infirmières montréalaises, dont Madeline « Maddy » Fraser et Jeanne d’Orsonnens, collègues au sein de l’hôpital général canadien no 14, une unité du Corps de santé royal canadien mise sur pied à la caserne de Westmount en 1940.

Baptême du feu

C’est en août 1942, à Horley, en Angleterre, que Maddy Fraser et Jeanne d’Orsonnens connurent leur véritable baptême de feu. L’hôpital général canadien no 14 fut l’un des établissements appelés à recevoir des soldats évacués de Dieppe. Fraser, d’Orsonnens et plusieurs de leurs collègues firent alors face à des blessures qu’elles n’avaient jamais vues auparavant.

La plupart des hommes rapatriés souffraient de blessures multiples nécessitant des soins constants. Le commandant des Fusiliers Mont-Royal, le lieutenant-colonel Dollard Ménard, fut blessé à cinq reprises pendant le raid avant d’être sauvé par les hommes de son régiment, dont seuls 125 regagneront l’Angleterre.

Face à l’afflux de survivants de Dieppe, certaines infirmières des hôpitaux militaires canadiens postés en Angleterre travailleront jusqu’à 72 heures consécutives, avec pour seul répit quelques bouchées de nourriture prises à la hâte.

Elles prodiguent les premiers soins ainsi que les soins pré- et postopératoires, assistent les chirurgiens lors des opérations, effectuent les changements de pansements et surveillent les plaies susceptibles de s’infecter rapidement. Elles veillent à chaque étape de la convalescence des hommes dont l’état s’améliore. Elles accompagnent ceux qui décèdent en Angleterre des suites de leurs blessures, dont quatre combattants des Fusiliers Mont-Royal.

Jeanne d’Orsonnens confiera, des décennies plus tard, que l’arrivée des blessés de Dieppe est demeurée l’un des souvenirs les plus éprouvants de son expérience de guerre. Le travail acharné du personnel médical et infirmier porte néanmoins ses fruits : malgré la gravité des blessures, le taux de mortalité des patients évacués de Dieppe et admis dans les hôpitaux canadiens demeura remarquablement faible, s’établissant à 2,5 %.

Le dévouement du personnel soignant fut d’ailleurs salué. Le 2 juin 1943, Jeanne d’Orsonnens reçut l’Ordre royal de la Croix-Rouge de 2e classe. Instituée en 1915, cette décoration récompensait le dévouement et les compétences exceptionnelles de membres du personnel soignant dans l’exercice de leurs fonctions. D’Orsonnens fut invitée au palais de Buckingham pour recevoir cette décoration des mains du roi George VI.

Quant à Maddy Fraser, elle gardera toute sa vie le souvenir de l’esprit de famille qui régnait au sein de l’hôpital militaire, confiant que son expérience d’infirmière en temps de guerre avait donné un sens profond à son existence.

Les histoires comme celles de Maddy Fraser et de Jeanne d’Orsonnens nous rappellent qu’après les terribles combats de Dieppe, le personnel des unités de soins, dont les infirmières militaires, a poursuivi la lutte pour sauver des vies. Son sang-froid, son expertise et son travail sans relâche ont été déterminants dans le rétablissement de nombreux soldats blessés. Cette contribution à l’effort de guerre constitue une part essentielle de l’histoire militaire canadienne et mérite d’être mieux connue et transmise aux générations futures.

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