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PORTRAIT. Qui est Ulrich Siegmund, le candidat de l'extrême droite allemande qui a remporté l'élection régionale en Saxe-Anhalt ?

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Publié le 06/09/2026 17:17 Mis à jour le 06/09/2026 18:36

Temps de lecture : 4min

La tête de liste de l'AfD Ulrich Siegmund, à Tangermünde, en Saxe-Anhalt, le 6 septembre 2026. (KAY NIETFELD / AFP) La tête de liste de l'AfD Ulrich Siegmund, à Tangermünde, en Saxe-Anhalt, le 6 septembre 2026. (KAY NIETFELD / AFP)

Le leader d'Alternative für Deutschland en Saxe-Anhalt s'est félicité d'avoir "écrit l'histoire" dimanche. De fait, son parti réalise une percée inédite dans le pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Derrière son sourire et son aisance sur les réseaux sociaux, Ulrich Siegmund continue de poursuivre un objectif historique : devenir le premier dirigeant d'extrême droite de l'après-guerre à la tête d'une région allemande. Le candidat du parti Alternative für Deutschland (AfD) a remporté l'élection régionale dans le Land de Saxe-Anhalt, dimanche 6 septembre. Avec entre 44 et 44,5%, l'AfD devance largement les conservateurs (CDU) qui obtiendraient 18,5%, selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote pour les chaînes ARD et ZDF.

Propulsé mi-août à la une du prestigieux hebdomadaire Der Spiegel avec le titre de "l'homme le plus dangereux d'Allemagne", Ulrich Siegmund a assumé de viser la direction de cet Etat régional d'ex-RDA. Mais l'AfD n'est toujours pas assurée, dimanche soir, d'obtenir la majorité absolue qui lui permettrait de prendre les rênes de cette région de 2,1 millions d'habitants. Tout dépend notamment du nombre de partis qui entreront au Parlement régional, et l'extrême droite peut se retrouver privée d'une majorité absolue.

Dans son fief de Tangermünde, ville d'environ 10 000 habitants, le candidat est arrivé dimanche matin au bureau de vote avec sa femme Julia sur une Simson, mobylette iconique de l'ex-Allemagne de l'Est, couleur bleu ciel de l'AfD. Ce deux-roues symbolique a régulièrement été enfourché par le candidat d'extrême droite lors de sa campagne.

Né trois semaines après la réunification de l'Allemagne en 1990, l'homme de 35 ans a assisté à l'idéalisation croissante de la RDA parmi ses concitoyens de l'est. L'ancien drapeau de l'Allemagne communiste est même parfois arboré dans ses meetings : les électeurs plus âgés associent le régime communiste à la sécurité, un thème clé d'Alternative für Deutschland. Une "Ostalgie" – contraction de "Ost" (est en allemand) et de "nostalgie" – dont Ulrich Siegmund sait se servir.

Ce membre de l'AfD a notamment capitalisé sur le sentiment d'injustice de ses électeurs, selon Jeanette Süß, analyste politique sur les relations franco-allemandes à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Ses partisans s'estiment traités en citoyens de seconde zone par leurs compatriotes de l'ouest, considérés comme étant privilégiés. "Les gens parlent du 'déclin', il y a une crainte de déclassement" en Saxe-Anhalt, observe Jeanette Süß. Face à ce sentiment, Ulrich Siegmund a concentré ses attaques sur les personnes immigrées, qu'il accuse de vouloir "profiter" des Allemands.

Durant des semaines, Ulrich Sigmund a ainsi écumé sa région natale, enchaînant les selfies, les autographes sur des tasses et des tee-shirts à son effigie. Ce tribun cumule plus de 600 000 abonnés sur Instagram et plus de 800 000 sur TikTok. Son principal adversaire, le conservateur Sven Schulze, en comptabilise respectivement un peu plus de 12 000 et de 4 000. "Ulrich Siegmund communique très bien, avec le sourire et un air engageant. Il est très apprécié", observe Valérie Dubslaff, enseignante-chercheuse à l’université Rennes 2.

Cet ancien membre du parti conservateur, qui a rejoint l'AfD en 2014, un an après sa création, a été propulsé sur le devant de la scène au moment de la pandémie de Covid-19, selon Der Spiegel. Porte-parole du groupe parlementaire pour les questions de santé, il a tiré profit de la crise sanitaire à travers des vidéos dénonçant la "panique autour de la pandémie". Il est ainsi "rapidement devenu l'un des responsables politiques les plus suivis sur TikTok. A l'issue des élections suivantes, il a pris la tête de son groupe au Parlement, avant de devenir tête de liste", retrace le quotidien allemand.

Au-delà de son succès sur les réseaux sociaux, Ulrich Sigmund est entouré de membres d'une ancienne organisation néonazie, la Heimattreue Deutsche Jugend, rapporte Der Spiegel. Ce groupuscule a été interdit en 2009 en raison de sa "parenté idéologique avec le national-socialisme, notamment avec les anciennes Jeunesses hitlériennes", est-il expliqué sur le site du ministère de l'Intérieur allemand.

Concrètement, ce mouvement cherchait à "recruter de nouvelles générations de militants et de former une élite partageant une vision (...) fondée sur une conception ethno-nationaliste du peuple", en enseignant notamment la "science raciale" aux enfants, retrace le gouvernement allemand. Son magazine intitulé Funkenflug contenait par ailleurs des textes "antisémites et glorifiant le nazisme", selon le ministère.

En novembre 2023, Ulrich Sigmund a par ailleurs participé à une réunion secrète entre des personnalités politiques de l'AfD, des néonazis et des hommes d'affaires, a révélé le média Correctiv en janvier 2024. Cette entrevue avait pour objet la "remigration", un projet d'expulsion massive d'étrangers et d'Allemands d'origine étrangère.

En cas d'accession au pouvoir, Ulrich Sigmund entend mettre en œuvre des mesures qui marqueraient une rupture historique avec l'héritage politique et culturel de l'Allemagne d'après-guerre. "Dès la première minute" de son entrée en fonction, il veut ainsi expulser de Saxe-Anhalt les immigrés en situation irrégulière.

Il souhaite aussi dénoncer le contrat régissant les médias audiovisuels publics allemands qu'il accuse d'être biaisés, leur préférant les réseaux sociaux et leurs algorithmes. Chantre de la famille traditionnelle, il promet d'"interdire l'affichage officiel du drapeau arc-en-ciel (symbole des personnes LGBT+) dans les écoles et veiller en revanche à ce que le drapeau national flotte tous les jours d'école dans les établissements publics".

Comme l'éducation est du ressort des Etats régionaux en Allemagne, il compte aussi supprimer l'obligation de fréquentation de l'école, qui ouvrirait en particulier la voie à l'enseignement à domicile. Il pense également modifier les programmes d'histoire dans les écoles, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l'Allemagne du IIIe Reich.

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