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Populisme, printemps 2026

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Où en sont les populistes en ce printemps 2026 ? La droite nationaliste radicale, aussi appelée extrême droite, est-elle sur une lancée « irrésistible » ? Deux exemples pour un diagnostic nuancé.

Au Royaume-Uni, le jeudi 7 mai, les conseils municipaux de nombreuses villes et deux parlements régionaux ont été renouvelés. Dans ce pays où plus de la moitié de l’électorat total était appelé aux urnes, on a vu l’éclatement spectaculaire, peut-être définitif, du bipartisme. Associé historique du bipartisme, le scrutin majoritaire uninominal à un tour, de plus en plus marqué par les distorsions, est lui aussi au bord de l’éclatement.

Le Royaume-Uni est désormais, pour utiliser un italianisme, une terre de « pentapartisme » : aux deux partis traditionnels longtemps dominants (avec 80 %, voire 90 % des suffrages combinés pendant des décennies) viennent s’adjoindre trois autres formations : deux anciennes, longtemps marginales (verts et libéraux-démocrates), et une relativement nouvelle, qui domine désormais le paysage (le mot est fort)… avec un « gros » quart des votes : le Reform UK de Nigel Farage, l’homme qui avait mené en 2016 les pro-Brexit à la victoire.

Répartition des suffrages exprimés aux élections du 7 mai, selon la BBC : Reform UK 26 % (recul de 2 % par rapport aux élections régionales précédentes), verts 18 % (percée historique, corollaire de l’effondrement du Labour), travaillistes 17 %, conservateurs 17 %, libéraux-démocrates 16 %. Pourtant, le scrutin uninominal accouche aujourd’hui d’un supposé « triomphe » du Reform UK, avec son coloré leader populiste hostile à l’immigration, qui contrôlera un bon nombre de conseils locaux.

Résultat à prendre avec des pincettes en ce qui a trait au reflet réel de l’opinion… tout comme celui de Keir Starmer en juillet 2024, lorsque le même système avait accouché d’un « balayage travailliste », avec un grand écart inouï (record mondial dans l’histoire de ce type de scrutin) entre vote populaire et résultat en sièges : deux tiers des élus… avec un tiers des voix !

Ajoutons à ce tableau le maintien (ou le progrès) des partis indépendantistes régionaux. En Écosse, le Parti national écossais (SNP) continuera de gouverner avec les verts (mais sans indépendance), tandis qu’au pays de Galles, le Plaid Cymru arrive pour la première fois en tête.

Ces partis sont nationalistes, mais simultanément de centre gauche (le SNP ayant même connu des moments woke), ce qui les place hors de la mouvance « nationale-populiste ». Leurs majorités régionales sont relatives (entre 35 % et 40 %) et n’augurent pas forcément de poussées indépendantistes. Et ce, même si le SNP rêve d’un second référendum… que Londres, appuyé sur la Cour suprême, a promis de bloquer.

***

Situation semblable en France avec le Rassemblement national, bien installé sur un plateau d’un tiers d’appuis, et en Allemagne avec l’AfD, le plus franchement d’extrême droite, avec 27 % ou 28 % dans les sondages. Après seulement un an, le gouvernement de Friedrich Merz souffre d’un rejet massif à Berlin et peine à relancer l’économie, tout comme Emmanuel Macron à Paris et Keir Starmer à Londres…

Là comme ailleurs, la question : est-ce que les populistes radicaux, affichant des programmes de rupture, avec des tendances pro-Trump ou pro-Russie, des appuis entre un quart et un tiers des suffrages, peuvent représenter une solution de rechange ? Comment et avec qui peuvent-ils le faire… même si, dans le paysage politique éclaté du XXIe siècle, ils naviguent « en tête » ?

Malgré ces progrès relatifs de la droite radicale dans trois grands pays et quelques autres, la tendance inverse existe.

Aux États-Unis, pays le plus indécrottablement collé au bipartisme, le nationalisme autoritaire se trouve aujourd’hui dans une spirale négative, provoquée par son aventurisme international et son incroyable démolition des institutions, à l’interne.

L’autre exemple se trouve en Hongrie, où le nouveau premier ministre, Péter Magyar, a prêté serment le samedi 9 mai. Là-bas, ce fut une véritable mobilisation générale contre la déconstruction de la démocratie, menant à la victoire de l’opposition unie. Au prix de l’effacement total, le temps d’une élection, de toute la gauche, ralliée tactiquement à la droite nationaliste démocratique.

Dans ce pays, pendant 16 ans sous la coupe du FIDESZ de Viktor Orbán, tous les éléments de l’état de droit avaient été méthodiquement rognés, voire démolis : tribunaux et médias aux ordres du régime, économie sous la coupe d’oligarques amis, mainmise sur les institutions culturelles et sur l’éducation, intimidations d’opposants, etc. Ne restait plus — comme sous Hugo Chávez au Venezuela — qu’un vrai décompte des voix, le jour du vote.

Les dés étaient pipés, le terrain inégal, la propagande omniprésente, l’opposition interdite de publicité… mais on a vraiment compté les voix. Métaphore sportive pour illustrer l’incroyable exploit du 12 avril à Budapest : le match de foot s’est déroulé sur un terrain penchant à 30 degrés dans une direction… sans inversion des équipes à la mi-temps ! Et l’équipe « d’en bas » l’a malgré tout emporté.

Dans la plupart des pays, la victoire des nationaux-populistes autoritaires n’est pas certaine ni même probable. Ceux qui la souhaitent restent minoritaires. La Hongrie, et peut-être demain les États-Unis, donne à voir ce voyage aux portes de l’abysse, et le possible retour.

Pour joindre l’auteur : [email protected]

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