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Pour échapper à l’homme qui les agressait à Plancoët (Côtes-d’Armor), trois pompiers avaient dû se réfugier dans leur véhicule d’intervention. Le procès s’est tenu jeudi 30 juillet
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Par Nancy Faucon Publié le 30 juil. 2026 à 21h17
La scène a été d’une violence comme les sapeurs-pompiers des Côtes-d’Armor n’en avaient pas connu. Le 4 juin 2026, un homme de 55 ans a terrorisé trois pompiers – deux hommes et une femme – en les poursuivant, les menaçant avec un couteau et en frappant deux d’entre eux. Ils étaient simplement venus porter secours à un homme suicidaire.
Coups de tête, coups de poing et poursuite
Vers 13 heures, ce jour-là, c’est la compagne de cet homme qui a appelé les secours. Mais quand ils arrivent rue des Quais, à Plancoët, l’appartement est vide.
Recontactés, la compagne et l’homme suicidaire reviennent à l’appartement, avec un homme, un ami qui l’aurait empêché d’avaler des médicaments.
Et puis tout dérape : celui qui est intervenu dit tout à coup qu’il va se suicider en se tranchant la gorge et quand un des pompiers veut lui prendre sa tension, il le pousse, le frappe.
Le pompier prend des coups de poing aux bras, des coups au ventre. Son collègue qui tente d’intervenir est attrapé au cou et prend un coup de tête qui le blesse à la lèvre.
Arrivant à repousser leur agresseur, ils prennent la tangente par l’escalier avec leur troisième collègue. L’homme les poursuit.
« Je vais vous tuer ! »
Dans la rue, l’agresseur, se rend à sa voiture dont il sort un couteau. Les pompiers se réfugient dans leur véhicule.
Il se précipite, les menaçant de sa lame de 7 centimètres, mimant le geste de leur trancher la gorge. « Je vais vous tuer ! »
Ce grand bonhomme aux épaules carrées n’en finit plus de les insulter depuis qu’il est hors de lui. « Bande de connards ! », « Fils de pute ! », « Sale Arabe ! », « Salope ». Tout y passe.
L’utilitaire d’assistance à personnes dans lequel ils ne peuvent que le regarder faire avec terreur en prend aussi pour son grade. Coups de poing et de pied sur le pare-chocs et la carrosserie, lacérations d’un pneu.
Quand les gendarmes arrivent, l’agresseur a fui. Il sera arrêté dans l’après-midi chez lui, à Dinan, et le couteau retrouvé dans sa voiture.
Il ne reconnaît plus les faits
C’est un tout autre homme, calme d’extérieur, qui se présente devant le tribunal de Saint-Malo, jeudi 30 juillet 2026.
Lors de son audition, le quinquagénaire avait au moins admis des coups portés. Ce n’est plus la même chose. Les pompiers, il les a poussés, mais les coups, les menaces de mort, la gorge tranchée mimée, les insultes, cela ne s’est pas passé comme ça.
Pourtant, lui soumet la présidente, son copain – celui pour lequel les secours s’étaient déplacés – corrobore le récit des victimes. Sauf les menaces de mort, prononcées hors de l’appartement, qu’il n’a pas pu entendre. « Il s’est trompé », en déduit le prévenu.
Des blessures ont pourtant bien été constatées sur les victimes, lui fait remarquer le tribunal.
Les trois pompiers ont chacun eu 6 jours d’ITT prescrits pour leurs blessures physiques et psychologiques et deux mois plus tard, ils sont encore anxieux. Alors qu’elle est engagée depuis 2021, « j’ai même songé à démissionner », témoigne la jeune femme.
Sans cachets depuis trois jours
Célibataire, placé sous curatelle renforcée, le prévenu n’a que peu de contact avec sa mère, ses sœurs, ses enfants. Handicapé après un accident du travail, l’homme est employé dans un ESAT où il est considéré comme un bon élément.
Cet impulsif qui peut faire la part des choses n’est pas très disert. Plus à cause de sa personnalité que par volonté d’éluder. Les insultes ? « Je n’ai rien dit », campe-t-il, soufflant à la fois un « Je regrette. C’est pas bien » et admettant à demi-mot qu’il a pu faire peur.
Ce jour-là était particulier pour lui. Il était « très énervé ».
La mort de son père trois mois auparavant l’avait laissé abattu et il n’avait pas pris les médicaments stabilisant son humeur depuis trois jours. « Je pensais à mon père. Je voulais leur casser la gueule. » Pourquoi, il ne sait pas. Souvent, ces jours sans cachets, « je ne m’en souviens pas trop ».
« Un traumatisme pour tous »
C’est la première fois que la représentante du Service départemental d’Incendie et de Secours, le Sdis 22, voit cela depuis dix ans qu’elle s’occupe des dossiers d’atteintes aux sapeurs-pompiers. « Notre département n’a jamais eu ce genre d’agression et de violences à un tel point. Ç’a a été un traumatisme pour tous. Pourtant, nous avons eu une trentaine de dossiers depuis le début de l’année », dit-elle au tribunal.
Soins stricts et 10 mois avec sursis
Parquet et défense convergent. Une peine adaptée à l’état du prévenu est souhaitable. Le risque est qu’il recommence s’il arrête encore de prendre ses médicaments.
Le tribunal condamne le Dinannais à 10 mois de prison assortis d’un sursis probatoire de deux ans. Il a l’obligation d’un suivi de soins psychiatrique strict et de travail, de suivre un stage de citoyenneté, de verser aux deux pompiers blessés la somme de 800€, celles de 500€ à leur collègue et de 200€ au Sdis 22 au titre du préjudice moral, de rembourser les 1 420 € de réparations de la camionnette du Sdis.
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