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Le contentieux autour des massacres de civils polonais pendant la seconde guerre mondiale, qui dure depuis des décennies entre l’Ukraine et la Pologne, a sensiblement tendu les relations entre les deux pays depuis le mois de mai.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et le premier ministre polonais, Donald Tusk, à Kiev, le 5 février 2026. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et le premier ministre polonais, Donald Tusk, à Kiev, le 5 février 2026.

Un « mur du souvenir » sera érigé à Varsovie pour honorer les victimes du « génocide » commis par les « nationalistes ukrainiens », a annoncé, samedi 11 juillet, le premier ministre polonais, Donald Tusk, en pleine bataille mémorielle entre l’Ukraine et la Pologne autour des massacres de civils pendant la seconde guerre mondiale.

Ce mur sera accompagné d’une « flamme éternelle et [d]es noms de chaque victime retrouvée et identifiée. La République n’en oubliera aucune », a déclaré M. Tusk dans une allocution vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux. Selon la Pologne, entre 70 000 et 100 000 civils Polonais ont péri dans des massacres entre 1943 et 1945, tandis que les représailles auraient fait jusqu’à 12 000 victimes ukrainiennes.

Le contentieux, qui dure depuis des décennies entre Varsovie et Kiev, est particulièrement délétère dans le contexte de la guerre. La Pologne, frontalière de la Russie (avec Kaliningrad) et de l’Ukraine, est en effet l’un des principaux soutiens de Kiev, et son territoire, une voie indispensable pour l’acheminement de l’aide occidentale.

Un titre honorifique retiré à Volodymyr Zelensky

L’annonce du chef du gouvernement polonais intervient la veille du jour anniversaire du « dimanche sanglant » de 1943, lorsque des unités de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (ONU) ont assassiné des milliers de Polonais en Volhynie, dans le nord-ouest de l’Ukraine actuelle.

Alors que les exhumations convenues entre les deux pays se poursuivent sur les charniers de Volhynie, les relations entre Varsovie et Kiev se sont brutalement tendues en mai, lorsque le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé avoir accepté de donner à une unité militaire le nom de l’UPA. Cela « blesse notre sensibilité historique et ramène inutilement ces processus historiques et leurs interprétations à un niveau assez inquiétant », avait réagi M. Tusk, tout en reconnaissant que « chaque nation a le droit à ses propres interprétations ».

Kiev a aussi rapatrié et inhumé Andri Melnyk, le meneur de l’un des mouvements de l’ONU, dont est issue l’UPA. Ces deux mouvements sont perçus en Ukraine comme ayant lutté pour l’indépendance face à l’Armée rouge et l’Union soviétique. En rétorsion, le président nationaliste polonais, Karol Nawrocki, a retiré le plus haut titre honorifique de son pays, l’ordre de l’Aigle blanc, à M. Zelensky. Lequel a renvoyé aussitôt sa médaille par la poste.

Ancien président du Conseil européen (2014-2019), fervent soutien de Kiev face à la Russie, M. Tusk a néanmoins rappelé samedi que le rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne (UE), et a fortiori son adhésion à l’UE, passait par un travail de mémoire.

« Une expression de souvenir »

« La mémoire et la vérité doivent nous aider à construire un avenir meilleur : sans haine et sans mépris, a-t-il affirmé. L’Europe de la paix et du respect mutuel, l’Europe réconciliée après la seconde guerre mondiale, a été possible grâce à la vérité et à l’appel des choses par leur nom. Celui qui veut rejoindre cette communauté doit être prêt pour cette vérité. »

Depuis Olyka, en Ukraine, où il participait à une cérémonie commémorative, le ministre de la défense polonais, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, a appelé les autorités de Kiev à « avancer ensemble » et « construire un avenir meilleur » en acceptant les responsabilités du passé. « L’amitié, c’est se dire la vérité, même la vérité difficile », a-t-il déclaré.

La ville frontalière de Chelm (sud-est), d’où partent et arrivent les trains vers Kiev, organise plusieurs cérémonies ce week-end – une marche, une course à pied, un concert et une exposition – autour du site du futur Musée mémorial des victimes des massacres de Volhynie, en construction. « Ces commémorations ne sont pas dirigées contre l’Ukraine (…). Elles n’ont pas pour but de créer des divisions ou de l’animosité. C’est une expression de souvenir pour les victimes d’événements historiques », a souligné le maire de la ville, Jakub Banaszek.

Le Monde avec AFP