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Pendant plusieurs mois, des collégiens de Gamaches et d’Eu ont étudié les microplastiques de la Bresle. Leurs conclusions pourraient changer les regards sur le fleuve.
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Par Benoit Doyen Publié le 19 juil. 2026 à 20h46
À première vue, le fleuve Bresle semble couler paisiblement entre les saules, les prairies et les villages qu’il traverse. Pourtant, sous l’apparente tranquillité de son eau claire et de ses berges verdoyantes pourrait circuler une pollution qui s’étend toujours plus et qui se place au centre de nombreuses préoccupations : les microplastiques.
C’est cette réalité qu’ont explorée tout au long de l’année scolaire qui vient de s’écouler des élèves des collèges Louis Jouvet de Gamaches et Louis-Philippe d’Eu, en participant au projet Plasma. Durant plusieurs mois, ils ont adopté la démarche de véritables chercheurs collectant des données inédites sur le fleuve, analysant leurs résultats et les confrontant à ceux d’autres territoires français comme Mayotte.
Des collégiens chercheurs
À l’origine Plasma est un programme scientifique développé par des chercheurs du Mediterranean Institute of Oceanography (MIO) pour mieux comprendre l’origine des plastiques retrouvés dans le lagon de Mayotte. L’idée est simple : associer les habitants, et notamment les élèves, à la recherche scientifique afin de multiplier les observations tout en sensibilisant les jeunes aux enjeux environnementaux.
C’est exactement le même principe qui a été adapté à la vallée de la Bresle. Quatre classes ont pris part au projet : Les 5e Moorea et 3e Meitner du collège Louis Philippe, et les 4e1 (Segpa) et 4e6 du collège Louis Jouvet.
Chacune a accompli des missions bien précises : prélèvement d’échantillons, traitement des données ou enquête auprès du public. « Nous, chercheurs, nous n’aurions jamais accès à toutes ces informations sans les élèves » rappellent d’ailleurs les scientifiques encadrant le projet. « Ils deviennent des passeurs entre leur territoire et la recherche ».

Les pieds dans la Bresle
Le travail a commencé, bien évidemment, sur le terrain. Munis d’un protocole élaboré par les chercheurs de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), les collégiens se sont rendus au bord de la Bresle pour effectuer leurs prélèvements. À l’aide de dispositifs surnommés des danseuses, consistant en tubes de PVC équipés d’un tissu filtrant, ils ont filtré plus de 150 litres d’eau par groupe afin de récupérer les particules plastiques invisibles à l’œil nu. Une autre session a eu lieu sur la plage de Mers-les-Bains, où les élèves ont recherché microplastiques, mésoplastiques et microplastiques dans le sable et les galets, avant de trier, classer et analyser chaque déchet retrouvé.
De retour en classe, place aux calculs, aux graphiques et aux interprétations pour classer les différents types de plastique, évaluer leur état de dégradation et chercher à comprendre leur origine.

Une rivière propre ?
Les résultats de ce travail au long cours ont été présentés lors d’une restitution organisée il y a quelques jours, à la fin de l’année scolaire 2025-2026. À travers des affiches, des graphiques et des présentations orales, les collégiens ont dévoilé les conclusions de leurs recherches. Et l’une d’elles a particulièrement retenu l’attention :
Malgré son apparence paisible, la Bresle pourrait transporter des millions de microplastiques chaque heure.
Une extrapolation réalisée à partir des prélèvements effectués par les élèves, qui les a eux-mêmes surpris. « Nous pensions qu’il y aurait moins de microplastiques dans le fleuve. Nous avons été choqués du nombre calculé en une heure ».
Une autre équipe a quant à elle montré que les fibres représentent plus de la moitié des particules observées, devant les fragments dégradés, les films plastiques ou les granulés.
Les collégiens avancent alors une hypothèse : une partie de ces fibres pourrait provenir des textiles, rejetés notamment lors des lavages. Au fil de leurs analyses, ils ont également appris à différencier les plastiques récents des plus anciens, à reconnaître les particules usées par leur séjour prolongé dans l’environnement ou, au contraire, celles issues de pollutions plus récentes.

Comprendre le contexte
L’originalité du projet réside aussi dans son approche des sciences humaines : les élèves ne se sont pas contentés de mesurer la pollution, ils sont aussi allés à la rencontre des habitants pour comprendre leurs usages de la rivière et leur perception des déchets. Une enquête anthropologique qui permet aux chercheurs de replacer les résultats scientifiques dans leur contexte.
À Mayotte, par exemple, où la rivière sert parfois à faire la lessive ou la vaisselle faute d’accès à l’eau, les pratiques sont très différentes de celles observées dans la vallée de la Bresle. Comparer ces territoires permet alors de mieux comprendre l’origine des pollutions, et de distinguer ce qui relève des comportements locaux de ce qui est transporté par les courants.

Des données qui intéressent vraiment les chercheurs
Au-delà de l’aspect pédagogique, les données recueillies présentent un véritable intérêt scientifique, qui dépasse largement les murs des deux établissements scolaires. Elles viendront enrichir les travaux menés sur le transport des plastiques dans les rivières et les océans. Pour les chercheurs, connaître les quantités de microplastiques charriées par chaque cours d’eau est indispensable pour mieux comprendre leur dispersion à grande échelle.
Les choses ne s’arrêteront d’ailleurs pas là, puisque l’expérience s’étant révélée concluante, il a d’ores et déjà été décidé de la faire perdurer pour une nouvelle année scolaire à partir de septembre. Le travail pourrait cette fois se tourner vers les démarches possibles de sensibilisation, et un autre établissement scolaire, le collège Joliot Curie de Mers-les-Bains, pourrait se joindre au programme.
En attendant, les collégiens de Gamaches et Eu auront appris, en quelques mois, à manier des protocoles scientifiques, à interpréter des données, à présenter leurs résultats devant un public… mais surtout à regarder autrement une rivière qu’ils pensaient connaître.
Derrière son apparente limpidité, la Bresle leur a révélé une pollution invisible, mais bien réelle. Et peut-être, aussi, leur a donné le goût de la recherche…
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