L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a durci mercredi ses recommandations sur les doses admissibles de TFA, un polluant omniprésent dans l’eau. Cette décision ouvre la voie à des contrôles plus stricts de l’eau potable sur le continent.
Ce composé est le plus petit et le plus persistant de la famille des PFAS, des polluants dits éternels car capables de rester des années ou des décennies dans l’environnement. Le TFA se forme lors de la dégradation des pesticides ou de certains gaz utilisés dans l’industrie.
Extrêmement persistant, on le retrouve dans les sols, les nappes phréatiques, les cultures agricoles, et in fine, dans l’eau potable et l’alimentation humaine. En France par exemple, lors d’une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, publiée en décembre 2025, il a été retrouvé dans 92% des échantillons d’eau.
Un seuil divisé par 3
Après avoir examiné de nouvelles données scientifiques, l’Efsa a fixé la nouvelle dose journalière admissible (DJA) pour les consommateurs à 0,014 milligramme par kilogramme de poids corporel et par jour. Ce seuil correspond à la quantité de substance qui peut être consommée quotidiennement tout au long de la vie sans présenter de risque notable pour la santé.
Lire aussi: Le Valais prépare un long combat contre les PFAS, ces polluants éternels qui infiltrent les eaux souterrainesCette nouvelle valeur est environ 3,5 fois plus basse que la précédente limite de 0,05 mg/kg, qui avait été établie en 2017 sur la base d’un ensemble de données alors considéré comme limité.
Les effets néfastes
Pour justifier ce durcissement des normes sanitaires, l’EFSA s’appuie sur de récentes expérimentations animales qui ont mis en évidence des effets néfastes du composé sur le développement, sur la reproduction et surtout sur les niveaux de thyroxine, une hormone thyroïdienne qui joue un rôle important dans la régulation du métabolisme.
Il reste des zones d’ombre
L’institution sanitaire de l’Union européenne se veut toutefois rassurante sur d’autres aspects, concluant qu’il est peu probable que le TFA soit génotoxique, c’est-à-dire capable d’endommager l’ADN des cellules.
Lire aussi: Le «polluant éternel» TFA s’immisce aussi dans nos bouteilles d’eau minéraleLes experts de l’agence soulignent que des zones d’ombre persistent en raison de l’absence de données sur la toxicité à long terme et le potentiel cancérogène. Pour tenir compte de ce flou, l’agence a appliqué un facteur d’incertitude supplémentaire lors de ses calculs sur les seuils d’admissibilité.
Le nouveau seuil inférieur à ce qui avait été annoncé
Bien que ces nouveaux seuils soient en forte diminution et presque «deux fois inférieur au projet de DJA» que l’EFSA avait récemment «soumis à consultation», Hans-Peter Arp, professeur en chimie de l’environnement et spécialiste des PFAS, a indiqué qu’il «serait surpris si» ces seuils «n’étaient pas révisés à la baisse dans le futur».
L’expert pense que de nouvelles «données» concernant les «inquiétudes autour de l’immunotoxicité» ou «la perturbation endocrinienne» pourraient amener l’agence sanitaire à abaisser de nouveau ses seuils à l’avenir, d’autant que «la concentration de TFA dans l’alimentation va augmenter».
Pour la toute première fois, l’agence a défini une dose aiguë de référence pour le TFA, l’établissant à 0,07 mg/kg de poids corporel. Cet indicateur évalue la quantité maximale de la substance qui peut être ingérée sans risque notable pour la santé sur une courte période, généralement en moins de 24 heures.
L’eau potable sous surveillance
Les concentrations de PFAS dans l’eau potable sont devenues ces dernières années un enjeu de premier plan pour les agences sanitaires.
Concernant le TFA, l’Allemagne et la France ont retenu à ce stade un seuil de 60 microgrammes par litre d’eau, avec une trajectoire de réduction à plus long terme. Ce seuil devrait être revu à la baisse après l’annonce de l’EFSA. Par exemple, l'agence française concernée a indiqué qu’elle a été sollicitée par ses «ministères de tutelle pour élaborer» de nouveaux seuils concernant le TFA dans l’eau potable «à partir de la» publication mercredi de l’EFSA.
D’autres pays européens, comme le Danemark ou les Pays-Bas, ont d’ores et déjà retenu des seuils plus bas.
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