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  • Pourquoi Jean-Luc Mélenchon s'en prend aux « lamentables Verts allemands » ?

Le leader insoumis a qualifié de « lamentables » les écologistes allemands, qui posent leurs conditions à une alliance avec Die Linke, victorieuse à Berlin. En cause, des accusations d'antisémitisme visant le parti allié de LFI.

La rédaction - Aujourd'hui à 18:52 | mis à jour aujourd'hui à 18:55 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

« Lamentables Verts allemands. » Jeudi dernier, Jean-Luc Mélenchon s'en est pris sur X aux écologistes d'outre-Rhin, auxquels il reproche d'appeler « à ne pas travailler avec Die Linke, arrivée en tête aux élections régionales à Berlin ». Selon lui, ils « préfèrent une coalition droite/Verts/PS ». Le message se termine par trois mots, sans préciser à qui ils s'adressent : « À bon entendeur... ». Quelques jours plus tôt, le fondateur de La France insoumise saluait pourtant une « magnifique réplique de Berlin à la montée du fascisme ».

Le 20 septembre, Die Linke (gauche radicale) a remporté les élections à Berlin, qui est à la fois une ville et une région, avec 25,7 % des voix. C'est plus du double de son score de 2023 et la première fois que le parti arrive en tête dans la capitale. Il avait fait campagne sur le logement, en proposant notamment d'exproprier les grands groupes immobiliers. Sa tête de liste, Elif Eralp, pourrait devenir la première maire de gauche radicale d'une grande ville allemande. Mais sans majorité absolue, elle doit trouver des alliés. Ses partenaires les plus proches sont le SPD (sociaux-démocrates) et les Verts, avec qui Die Linke a déjà gouverné Berlin de 2016 à 2023. Une autre majorité reste toutefois possible : une coalition de ces deux partis avec la CDU (droite conservatrice) du chancelier Friedrich Merz.

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Des négociations particulièrement tendues

Les Verts ont rapidement posé leurs conditions. Le 23 septembre, sur le plateau de l'émission allemande « Maischberger », leur coprésident, Felix Banaszak, a demandé à Die Linke de trancher : écarter les élus mis en cause, ou renoncer à toute alliance avec les écologistes. Le lendemain, plusieurs responsables du parti ont durci le ton, rapporte le quotidien berlinois Tagesspiegel. « Des antisémites, ou des personnes liées au crime organisé ou à l'islamisme, ne peuvent pas soutenir un gouvernement », a déclaré l'autre coprésidente, Franziska Brantner. Cem Özdemir, figure des Verts et chef du gouvernement du Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest du pays, a lui aussi mis en garde contre une alliance avec Die Linke, selon le quotidien régional Stuttgarter Nachrichten.

Ces critiques visent surtout Ferat Koçak, député de Die Linke au Bundestag (le Parlement fédéral), élu dans le quartier berlinois de Neukölln, où la section locale du parti est régulièrement accusée de dérapages antisémites. Selon le président du Conseil central des juifs d'Allemagne, Josef Schuster, l'élu compte dans son entourage un porte-parole du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), classé organisation terroriste par l'Union européenne. Ferat Koçak s'est aussi excusé pour des échanges avec un membre du clan Remmo, une famille criminelle du quartier, et s'est mis en retrait le 22 septembre, sans être exclu, a rapporté la chaîne publique allemande ZDF. Josef Schuster se dit par ailleurs favorable à une surveillance de la section berlinoise du parti par les services de renseignement, comme le propose la CDU.

Die Linke rejette ces accusations. Le parti assume ses positions propalestiniennes et ses critiques de la guerre à Gaza et de la colonisation israélienne. Elif Eralp répète vouloir tout faire pour la sécurité des juifs de Berlin, comme des autres communautés, et quelque 150 juifs berlinois ont contesté, dans une lettre publiée par le quotidien allemand de gauche taz, l'idée que le parti serait dangereux pour eux. Les discussions vont malgré tout s'ouvrir. Vendredi, Die Linke a voté pour engager des pourparlers avec le SPD et les Verts. Selon le Berliner Zeitung, les écologistes berlinois ont accepté d'y participer, à condition que Die Linke explique comment elle compte lutter contre l'antisémitisme dans ses rangs. Le SPD berlinois a donné son feu vert samedi.

Elif Eralp, pourrait devenir la première maire de gauche radicale d'une grande ville allemande. Mais sans majorité absolue, elle doit trouver des alliés. Photo Sipa/Sebastian Gollnow

Elif Eralp, pourrait devenir la première maire de gauche radicale d'une grande ville allemande. Mais sans majorité absolue, elle doit trouver des alliés. Photo Sipa/Sebastian Gollnow

Des accusations qui visent aussi LFI

Die Linke et LFI siègent dans le même groupe au Parlement européen, La Gauche. En 2018 déjà, Sahra Wagenknecht, alors figure de Die Linke, présentait la France insoumise comme un « modèle » dans un entretien à Mediapart. Les deux partis défendent une ligne anticapitaliste et critiquent durement la politique du gouvernement israélien. Tous deux sont accusés d'antisémitisme par leurs adversaires, ce qu'ils contestent. En France, le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) adresse à LFI des reproches comparables à ceux du Conseil central des juifs d'Allemagne envers Die Linke. Leur rapport aux alliances diffère en revanche. Die Linke a déjà gouverné plusieurs régions allemandes en coalition, quand LFI demande à ses partenaires de se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon.

Ce « À bon entendeur » tombe alors que la gauche française reste divisée sur la présidentielle de 2027. Depuis l'échec de la primaire, acté mi-août, les insoumis appellent les Écologistes à soutenir la candidature de leur leader. Marine Tondelier, elle, reste candidate et souhaite discuter avec toute la gauche.

Friedrich Merz fragilisé

Les scrutins du 20 septembre ont aussi affaibli le chancelier. Dans le Mecklembourg-Poméranie-occidentale, région du nord-est du pays, l'AfD (extrême droite) est arrivée en tête avec environ 38 % des voix, et la CDU a été éliminée du parlement régional faute d'atteindre 5 %, une première depuis 1945. Ce revers s'ajoute à celui du 6 septembre en Saxe-Anhalt, dans l'est de l'Allemagne, déjà face à l'AfD. Au pouvoir depuis seize mois, Friedrich Merz, dont l'impopularité frôle les 90 %, a reconnu un « désastre », mais exclut de démissionner.

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