La moitié du Sénat est renouvelée ce dimanche. La stabilité de la chambre haute attire de plus en plus les élus, dans un contexte où il n’y a plus de majorité absolue à l’Assemblée depuis 2022.

N. M. - Aujourd'hui à 19:00 - Temps de lecture :

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Le Sénat a retrouvé ses lettres de noblesse. Si les sénateurs ont par le passé ont souvent dû justifier de leur utilité, notamment aux yeux de l’opinion, c’est aujourd’hui terminé. À part le candidat de la France insoumise à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon (qui fut sénateur près de 20 ans...) aucune autre force politique n’envisage de se séparer de la chambre haute.

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, voulait également se passer du bicamérisme : elle s’est ravisée. L’époque où Lionel Jospin, à la fin des années 2000, qualifiait le Sénat d’anomalie démocratique, est loin.

Une trentaine de députés candidats

La liste des candidats au Sénat suffit à montrer que siéger au Palais du Luxembourg est aussi enviable qu’envié. L’une des personnalités les plus connues qui devraient réintégrer le Sénat est l’ancien ministre et ancien maire de Dijon François Rebsamen, candidat en Côte-d’Or. Marie-Caroline Le Pen, la sœur de la quadruple candidate à la présidentielle, est en campagne dans la Sarthe où le parti à la flamme a gagné la ville de La Flèche aux municipales.

Plus d’une trentaine de députés veulent aussi changer de palais, et la plupart sont en position éligible. Parmi eux, les élus RN sont les plus nombreux avec notamment Edwige Diaz en Gironde. Si elle est élue, elle est pressentie pour présider l’éventuel groupe RN. La députée et ancienne ministre Olga Givernet (Ain, Renaissance) et sa collègue LR de l’Aube Valérie Bazin-Malgras veulent aussi devenir sénatrices.

Stabilité et modération

« La défaillance de l’Assemblée nationale, notamment depuis 2022, a montré que le bicamérisme était une chance pour nos institutions », décrypte le sénateur des Hauts-de-Seine Hervé Marseille. Le président du groupe Union centriste explique l’attirance dont fait l’objet la chambre haute par sa stabilité. « Il n’y a pas de dissolution au Sénat et la qualité du travail qui y est mené permet aux élus de se projeter ».

Chaque sénateur est en effet élu pour une durée de six ans et tire sa légitimité des élus locaux, qui sont plus appréciés des Français que les responsables politiques nationaux. La plupart d’entre eux sont des élus capés, ayant multiplié les responsabilités sur le terrain, au sein de communes ou dans des syndicats intercommunaux. C’est cette expérience commune qui cimente les sénateurs, y compris de bords politiques différents et qui fait que l’ambiance au Sénat est à la modération, bien moins éruptive qu’à l’Assemblée.

Gérard Larcher, président de la chambre haute et qui sera candidat à sa réélection, a l’habitude de dire que le Sénat est un contre-pouvoir, mais n’est pas anti pouvoir. « Le Sénat est un rempart car si demain un homme ou une femme arrivant à la présidence de la République voulait modifier l’esprit de la Constitution, il lui faudrait l’accord du Sénat, garant des valeurs de la République », insiste Hervé Marseille.

Une recomposition politique à bas bruit

À sept mois de la présidentielle, le futur hémicycle du Sénat traduira la recomposition politique, notamment à droite. 

Gérard Larcher sera le prochain président du Sénat. Le sénateur LR des Yvelines, dont le siège n’est pas renouvelable, a officialisé sa candidature pour le “Plateau”, l’équivalent du “Perchoir” de l’Assemblée pour le Sénat. Sans surprise, sa réélection est acquise car à l’issue des élections sénatoriales de ce dimanche, le groupe LR restera le plus important. Gérard Larcher disposera, en plus, de l’appui du groupe Union centriste. Le palais du Luxembourg conservera donc une nette majorité de droite. Mais derrière le calme de cette stabilité sénatoriale, se dessine une recomposition politique dans les équilibres entre les différentes forces du Sénat, à sept mois de la présidentielle.

Huit ou neuf groupes ?

Première interrogation : y aura-t-il toujours huit groupes ou neuf ? Tout dépendra du nombre d’élus RN et UDR qui s’uniront au sein d’un même groupe. Deuxième interrogation : quel sera le deuxième groupe du Sénat ? Jusqu’à présent, cette position était occupée par le groupe socialiste, écologiste et républicain (SER), présidé par le sénateur du Nord Patrick Kanner. Celui-ci espère conserver des effectifs stables. De son côté, Hervé Marseille, président du groupe Union centriste, qui compte actuellement 59 élus, ambitionne de franchir le seuil symbolique des 60 sénateurs, voire de devenir le deuxième groupe du Sénat. Une progression qui lui donnerait notamment davantage de poids au sein des commissions.

Des LR (un peu) moins forts

Au-delà de ces incertitudes qui seront levées ce dimanche, la future composition des groupes sera l’illustration de la recomposition politique en cours. Le groupe macroniste devrait se maintenir mais fortement diminuer. Les écologistes devraient logiquement perdre de l’influence suite aux défaites aux municipales à Strasbourg ou Bordeaux, deux villes situées dans des départements renouvelables. Le groupe de Claude Malhuret qui se représente dans l’Allier (Les Indépendants – République et Territoires) devrait se rapprocher de la majorité sénatoriale. L’opportunité pour cet ensemble composé d’élus Horizons, le parti d’Édouard Philippe, de marquer son ancrage à droite. Enfin le groupe LR, même s’il reste majoritaire, perdra des sièges au profit de l’extrême droite (RN et UDR). C’est le reflet de l’affaiblissement continu de la droite traditionnelle depuis dix ans. Cela pourrait fragiliser davantage Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle et sénateur de Vendée, qui devrait être réélu ce dimanche en Vendée.

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