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  • « À charge »... Le rapport de Charles Alloncle sur l'audiovisuel public fait débat

Le rapport du député UDR Charles Alloncle sur l’audiovisuel public a été publié ce mardi, suscitant de vives réactions. À un an de l’élection présidentielle, la question du futur cadre des chaînes et stations publiques est sur la table.

Aurélien Poivret - Hier à 20:00 | mis à jour hier à 20:03 - Temps de lecture :

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Et maintenant, quel avenir pour l’audiovisuel public ? Le tant attendu et très décrié rapport de Charles Alloncle est désormais public - il a été publié ce mardi matin sur le site de l’Assemblée nationale - et chacun peut désormais se faire une idée sur le document de 424 pages rédigé par le député de l'Union des droites pour la République (UDR) de l’Hérault au terme des travaux de la commission d’enquête parlementaire consacrée aux médias publics, dont il était le rapporteur.

Ce rapport « appelle maintenant un débat de conviction », concède Delphine Ernotte. La présidente de France Télévisions, dont Charles Alloncle a fait l’une de ses cibles principales, a été l’une des premières à réagir au contenu du texte, qu’elle juge « à charge ». « Je répondrai sur tous les points de ce rapport », assure-t-elle, refusant catégoriquement les fusions et suppressions de plusieurs chaînes du groupe que le député ciottiste recommande. « La suppression de France 5 serait une perte immense pour le savoir, le décryptage, le documentaire, la connaissance et le débat », écrit-elle. Celle de France 4, « une perte pour la jeunesse et l’accès à la culture pour tous ».

« Politique spectacle »

« L’amélioration de l’offre sur l’audiovisuel public passe par deux grands axes de réforme », analyse Charles Alloncle dans son rapport : « recentrer sur des missions de service public » et « rationaliser le nombre de chaînes et de stations ». Sans aller jusqu’à la privatisation, le député de 32 ans souhaite une sérieuse mise à la diète de France Télévisions, avec une amputation massive des crédits alloués au divertissement et aux sports. Un « démantèlement maquillé en rationalisation », fustige Delphine Ernotte. « À la lumière de la méthode employée lors des auditions qui s’apparente à une instruction à charge, au regard des propositions formulées dans le rapport, il n’y a pas de doute sur l’objectif politique de l’UDR : affaiblir l’audiovisuel public, en réduire le périmètre et, à terme, le privatiser », pronostique le président Horizons de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, accusant son collègue de verser dans la « politique spectacle ».

Charles Alloncle ce mardi, lors de la présentation de son rapport sur l'audiovisuel public. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

Charles Alloncle ce mardi, lors de la présentation de son rapport sur l'audiovisuel public. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

Pour le Rassemblement national (RN), « un choix politique s’impose : la privatisation de tout ou une partie de France Télévisions et de Radio France ». Dans leur contribution libre au rapport, les six députés RN membres de la commission estiment que cela « pourrait commencer par France 5 et France Inter ». Le parti de Jordan Bardella dénonce un « gaspillage de l’argent public » et une « dérive croissante vers les standards du secteur privé : multiplication des formats de divertissement, course à l’audience, recours assumé à des logiques commerciales ».

Le retour de la redevance ?

« L’ouverture progressive de l’audiovisuel public au marché s’est traduite par une transformation de ses pratiques, en particulier dans le domaine de l’information », regrette de la même manière La France insoumise (LFI), qui constate « une tendance à l’homogénéisation des formats et des lignes éditoriales ». Mais au contraire du RN, le groupe LFI suggère « une réinternalisation massive des moyens de production à France Télévisions, tout en continuant à s’appuyer sur les petits producteurs indépendants français ». Surtout, le parti de Jean-Luc Mélenchon prône un retour à la redevance télé, supprimée en 2022. Cette « contribution audiovisuelle universelle et progressive » serait la « principale source de financement de l’audiovisuel public ». Cette idée est partagée par les socialistes, qui s’opposent fermement au « projet délétère de holding et à toute logique de fusion de l’audiovisuel public, qui affaiblirait ses missions, brouillerait ses identités éditoriales et fragiliserait son indépendance ».

Du côté des Républicains, on s’interroge encore. « Peut-on améliorer la gestion de l’audiovisuel public et renforcer l’exigence de pluralisme ? Assurément. Faut-il pour autant remettre en cause son existence ? Nous ne le croyons pas », écrit le groupe de droite républicaine, qui ne réclame pas de privatisation mais une « réforme ambitieuse » de l’audiovisuel public, sans toutefois formuler de mesure concrète. À Matignon, Sébastien Lecornu « prend acte » d’un rapport qui « passe à côté de l’essentiel ». « Des réformes seront nécessaires », prédit le Premier ministre, mais « cela doit répondre à une vision ». Le sujet devrait être débattu fin juin à l’Assemblée, lors de la niche UDR. Avant, sans doute, d’animer la campagne présidentielle.

Les principales propositions

Celles de Charles Alloncle :

  • Appliquer effectivement aux salariés de l’audiovisuel public l’obligation de neutralité, y compris sur les réseaux sociaux
  • Instaurer un devoir de réserve renforcé aux présentateurs, animateurs-producteurs et décideurs éditoriaux
  • Publication d’un indice automatisé du pluralisme, élaboré avec l’appui de l’intelligence artificielle
  • Interdire aux salariés de l’audiovisuel public d’être à la tête d’une société de production.
  • Remplacer les éditorialistes par d’autres issus de la presse privée d’opinion
  • Réduire de trois quarts le budget des jeux et divertissements de France TV
  • Réduire d’un tiers le budget des sports de France TV
  • Fusionner France 2 et France 5
  • Supprimer France 4
  • Fusionner Franceinfo et France 24
  • Fusionner totalement les réseaux France 3 Régions et ICI (France Bleu)

Celles de Jérémie Patrier-Leitus :

  • Définir explicitement la notion d’impartialité applicable à l’audiovisuel public
  • Durcir les règles relatives à l’utilisation des réseaux sociaux par les salariés de l’audiovisuel public
  • Réformer l’évaluation du pluralisme
  • Garantir la transparence en publiant chaque mois la liste des invités politiques et des thèmes abordés
  • Fusionner les entreprises de l’audiovisuel public, avec des directions opérationnelles organisées par missions plutôt que par canaux
  • Renforcer la production interne des magazines d’information
  • Inscrire explicitement l’éducation aux médias parmi les missions fondamentales de l’audiovisuel public

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