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Un regard. C’est tout ce qu'ont échangé le policier Philippe Paquette et Charly Say, au deuxième étage du bar de danseuses Chez Paré, avant que ce dernier ne soit considéré comme un suspect armé, même s’il ne l’était pas.
Le policier de 36 ans, qui fait face aujourd’hui entre autres à des accusations de voies de fait, d’entrave à la justice et de fabrication de preuve, a raconté sa version des événements du 25 juin 2022, qui ont mené à l’arrestation de Charly Say.
Ce soir-là, l’agent Paquette patrouille dans les endroits chauds de la métropole avec ses collègues de l’escouade Éclipse du SPVM, qui a pour mission, selon ses mots, de perturber les activités du crime organisé et de prévenir la violence armée.
En entrant Chez Paré – La Mecque du crime organisé, a dit le policier –, Say et Paquette ont échangé un regard. Je perçois chez lui qu’il n’apprécie pas notre présence, ou qu’on le rend inconfortable, a dit le policier en cour vendredi.
Les deux se retrouvent au deuxième étage du bar, dans la section VIP. Selon son récit, il aborde alors le client de façon ouverte, et la réponse de Charly Say est tout sauf cordiale. Des insultes homophobes auraient été prononcées, ce que le plaignant n’a pas nié dans son propre témoignage plus tôt cette semaine.
Ce soir-là, Charly Say porte un man purse en bandoulière, ces petits sacs parfois utilisés pour dissimuler des armes.
Il a toujours l’air de vouloir éloigner sa man purse le plus possible de moi, a relaté Philippe Paquette. Dès lors, le policier soupçonne que Charly Say a une arme à feu sur lui.
Il avait des caractéristiques d’une personne armée.
À ce moment, le policier considère que Charly Say est en détention pour enquête, même si, de son aveu même, il ne l’a jamais verbalisé à son suspect.
Le reste de la scène a été capté par des caméras de surveillance du bar. On voit sur les images le policier qui s’approche et barre la route du plaignant. À un moment, Charly Say a les mains dans les airs et l’agent Paquette approche son visage près du sien. Le plaignant semble porter une main vers le torse du policier, qui le tire alors par les cheveux pour le plaquer au sol.

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La conjointe du plaignant a filmé avec son cellulaire les images des caméras de surveillance du bar après l’événement. La défense conteste, par ailleurs, l’authenticité de ces vidéos.
Des soupçons absents du rapport
Contrairement à ce qu’avait déduit le policier Paquette, Charly Say n’était pas armé ce soir-là. Dans son sac, les policiers ont retrouvé du poivre de Cayenne, mais pas d’arme à feu prohibée.
Autre problème pour le policier : les observations qui l’ont amené à croire que le client dissimulait une arme ne figurent nulle part dans son rapport des événements.
Je l’ai écrit au meilleur de mes souvenirs, a-t-il dit au tribunal, avant d’admettre qu’il aurai[t] dû noter ces motifs. Ça aurait simplifié la vie de tout le monde.
Si la prémisse de l'interpellation est absente du rapport, c’est que c’est clair qu’il y avait un voie de fait sur moi, a dit le policier au juge Thomas Jacques.
Rappelons que les accusations de voies de fait à l’encontre de l’agent Paquette ont été abandonnées. Le policier est aujourd’hui accusé d’avoir fabriqué de la preuve et d’avoir lancé une fausse enquête sur ces événements.
Visa la nuque, tira les cheveux
Dans son témoignage, Philippe Paquette a décrit en détail ce qu’il a appelé l’amenée au sol de Charly Say, soit le moment où il lui a empoigné les cheveux pour le projeter au plancher.
Pour moi, M. Say vient de commettre une agression, alors j’ai des choix à faire, a-t-il dit au juge Jacques. Je suis en agression. Est-ce que j’utilise mes armes intermédiaires, mon bâton télescopique, mon poivre de Cayenne?
Je veux l’arrêter dans l’immédiat parce qu’il représente un danger.
Le policier a dit avoir opté plutôt pour une amenée au sol par déséquilibre en amenant [sa] main à la nuque de Charly Say. Arrivé au niveau de sa nuque, je sens une prise, donc mon but d’arriver au niveau de sa nuque est atteint.
C’est du bout des lèvres que le policier a admis avoir tiré sur les cheveux de son suspect pour l’amener au sol, admettant que ce n’était pas la technique qui est enseignée à l’école de police.
Le témoignage du policier Paquette doit se poursuivre lundi. Il subira ensuite un contre-interrogatoire de la part de la Couronne. Les deux parties ont déjà convenu que le procès, qui devait se clore lundi, devra être prolongé à une date ultérieure.


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