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Le Canon français organise depuis plusieurs années de grands banquets censés célébrer « le terroir français » aux quatre coins de l’Hexagone. Mais pour leurs opposants, ces rassemblements où des débordements racistes ont pu être observés véhiculent une idéologie réactionnaire.

Juliette Mitoyen - Hier à 18:01 | mis à jour hier à 18:26 - Temps de lecture :

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Des tablées XXL, de la nourriture et de l’alcool “traditionnels” et de la variété française : depuis sa création en 2021, le Canon français se targue d’organiser à travers toute la France « des banquets géants dans des lieux d’exception pour valoriser le terroir et le patrimoine Français ». Le tout pour la copieuse somme de 80 euros par personne et la promesse de pas moins d’un kilo de nourriture par convive - convives souvent vêtus dans un style typiquement “franchouillard”, les bérets et les bretelles ayant la part belle.

Créée par Géraud de la Tour et Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse, la société d’événementiel met en avant des regroupements festifs permettant de soutenir les producteurs locaux, notamment dans des parcs, parcs-expos ou des châteaux. Mais cette célébration de ce qui constituerait le “patrimoine français” interroge de plus en plus. Car ces derniers mois, les banquets du Canon français ont fait parler d’eux. Le plus récemment lors du rendez-vous de Caen (Calvados), le 18 avril, où un journaliste de France Inter a raconté avoir été témoin d’insultes racistes et islamophobes, et de gestes s’apparentant à des saluts nazis lors de l’événement qui rassemblait 4 000 personnes.

La main de Stérin

Depuis leur création, ces banquets passaient relativement sous les radars. Jusqu’à l’année dernière, lorsqu’ils sont passés sous la houlette du milliardaire français et exilé fiscal en Belgique, Pierre-Édouard Stérin. L’entrepreneur d’extrême droite, fervent catholique, est entré en 2025 au capital d’Odyssée Impact, la société détenant le Canon français.

Pour certains observateurs, notamment à gauche, la main de Pierre-Édouard Stérin est une preuve de l’instrumentalisation de ces banquets qui, sous couvert de célébrer les traditions ou “le terroir”, serviraient en réalité le projet idéologique et politique du milliardaire ultraconservateur, régulièrement visé par des polémiques. Depuis plusieurs années, ce dernier a multiplié les acquisitions et les investissements dans la culture, qu’il s’agisse de spectacles ou de fêtes traditionnelles. Un moyen, notamment, de pousser un agenda réactionnaire dans le cadre de son projet “Périclès”.

De Colmar à Montélimar, des demandes d’annulation

La polémique enfle donc au sujet des prochains banquets organisés par le Canon français. À Quimper (Finistère), la nouvelle maire socialiste Isabelle Assih a récemment annulé la réservation effectuée par le Canon français pour leur banquet prévu en décembre. Mais la décision n’a pas plu aux participants. « Soumise à l’extrême gauche et aux babouches !!!! », « Vous êtes une belle s***** !!! », « On est en train de se faire envahir par des sauvages de merde, au lieu de réfléchir à comment éviter de devenir un pays d’Afrique ça préfère refuser des banquets »… D’après les commentaires compilés par France 3 Bretagne, l’édile fait depuis face à un déferlement de haine sur les réseaux sociaux.

Dordogne, Gironde, Alsace, Lorraine, Drôme, Loire… Dans les mois à venir, le Canon français prévoit des banquets aux quatre coins de la France. Certains, qui affichent pourtant complet, sont sous le feu des critiques. Un collectif rassemblant des syndicats et des mouvements de gauche appelle ainsi à annuler ceux qui doivent se tenir les 8 et 9 mai à Montélimar (Drôme). « Les manifestations du banquet du Canon français, structure financée entre autres par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, aux idées réactionnaires bien connues, donnent lieu à des incidents et des troubles à l’ordre public », ont-ils écrit au maire divers droite Julien Cornillet. Pour l’heure, l’événement est maintenu.

Plus au nord à Colmar, dans le Haut-Rhin, le banquet du Canon français annoncé pour le 30 mai est aussi vivement critiqué. « Colmar ne doit pas devenir une vitrine de la banalisation de l’extrême droite et son projet mortifère », a estimé le député La France insoumise du Haut-Rhin Emmanuel Fernandes. Eric Straumann, maire divers droite de Colmar, a de son côté expliqué ne pas avoir « la possibilité, en tant que maire, de [s]’immiscer dans le choix des manifestations organisées par Colmar Expo ».

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