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Potentiel candidat à la présidentielle quinze mois durant, le chef du Rassemblement national doit retrouver le rôle de premier lieutenant. Pas si simple.

FRED TANNEAU / AFP
Plus populaire que Le Pen, quel rôle pour Bardella dans la campagne du RN ?
EN BREF • Pressenti pour mener la campagne du RN pour 2027 Jordan Bardella est relégué au second plan par la candidature de Marine Le Pen.
• La leader d’extrême droite veut toujours en faire son Premier ministre en cas de victoire à la présidentielle.
• Mais le président du RN plus populaire que Marine Le Pen a fait émerger une ligne qui n’est pas toujours compatible avec celle de la candidate.
Retour à l’ombre ? En décidant de se porter candidate à l’élection présidentielle, malgré une nouvelle condamnation pour détournement de fonds publics dans l’affaire dite des assistants parlementaires, Marine Le Pen a mis un coup d’arrêt brutal à l’aventure que miroitait Jordan Bardella vers 2027. En course pour sa quatrième tentative, la figure tutélaire de l’extrême droite relègue effectivement son poulain au second plan.
Leur premier déplacement de campagne, mercredi dans la Sarthe, a été l’illustration de cette nouvelle donne. D’un côté, Marine Le Pen était particulièrement souriante, tout à sa joie de monopoliser la parole et de lancer enfin sa campagne vers l’Élysée. De l’autre, l’eurodéputé est apparu bien plus réservé que d’ordinaire, le visage figé, pour ne lâcher que quelques mots de soutien à la patronne : « je me réjouis qu’elle puisse porter nos couleurs. »
On a connu Jordan Bardella plus vibrionnant. Pour cause, après des mois à essayer de se construire une stature de présidentiable, au point de devenir plus populaire que la députée du Pas-de-Calais, le « plan B » a compris qu’il était finalement appelé à le rester. Dès lors, une question se pose : quel sera son rôle dans la campagne ?
Situation inédite au RN
Pour elle, les choses sont claires. « Nous avons offert aux Français un binôme et c’est ensemble que nous irons convaincre les Français que ce qu’ils vivent aujourd’hui n’est pas une fatalité », a-t-elle ainsi expliqué mardi soir dans le journal de 20 heures de TF1, en s’attachant à cantonner Jordan Bardella au rôle qui lui est maintenant assigné. Celui de futur chef du gouvernement en cas de victoire. Pas plus.
« Nous sommes complémentaires, nous nous sommes préparés. Moi à ce rôle imminent de présidente de la République, et Jordan au rôle non moins éminent de Premier ministre. (...) Ce couple politique que nous formons peut vraiment changer les choses et représenter un nouveau souffle pour notre pays, et changer la vie quotidienne des Français », a-t-elle effectivement insisté, pour ne laisser aucun doute quant à cette répartition des tâches.
Pour lui, aussi. Interrogé sur son état d’esprit après la décision de son mentor, mercredi, Jordan Bardella - qui n’avait pas pris la peine de réagir jusqu’ici - a assuré ne ressentir aucun « soulagement » ni « déception ». « Nous allons continuer à travailler main dans la main comme nous l’avons toujours fait », a-t-il simplement déclaré, pendant que Marine Le Pen enchaînait les selfies. Mais derrière l’image policée de ce « ticket gagnant » uni dans les épreuves, les choses pourraient ne pas être aussi simples.
De fait, Jordan Bardella jouit d’une influence et d’un poids politique sur l’extrême droite française jamais vu en dehors de la famille Le Pen. Une stature que les démêlés judiciaires de la leader historique du RN, et l’incertitude quant à sa candidature, lui ont permis de construire au fil des mois. Au point de devenir plus populaire au sein de l’électorat du Rassemblement national.
Une ligne à défendre ?
Avant la condamnation - candidature de la députée, le trentenaire bénéficiait systématiquement de meilleures intentions de vote dans les sondages. Plus significatif encore, un électeur du RN sur deux plaidait pour que Jordan Bardella brigue l’Élysée, même si Marine Le Pen était en capacité de le faire, selon une étude menée début juillet par l’institut YouGov pour Le HuffPost. Charge à lui de mettre cette notoriété au service de sa candidate. Ou non.
Si le doute est permis, c’est que l’eurodéputé a profité de la lumière pour imprimer sa propre ligne ces derniers mois. Attaché à se mettre dans la peau d’un futur candidat à la présidentielle, il a multiplié les écarts ou prises de positions singulières, sur des enjeux majeurs tels que la justice fiscale, les relations internationales, l’orientation économique, ou encore la réforme des retraites. Il plaidait par exemple pour supprimer la notion d’âge légal pour partir en retraite, alors que Marine Le Pen y est particulièrement attachée.
Dès lors que celle-ci a repris la main sur la campagne et le programme, que fera Jordan Bardella ? Va-t-il investir les médias pour défendre une réforme qu’il n’apprécie pas et juge incompréhensible ? Ou, au contraire, s’appliquera-t-il à savonner la planche de sa candidate en faisant entendre son propre refrain, susceptible d’alimenter les couacs et de brouiller la campagne ?
Pour l’instant, l’eurodéputé semble choisir la voie du milieu, celle qui consiste à se faire discret. À part sa sortie contrainte mercredi matin, depuis le marché de La Flèche, Jordan Bardella s’est effectivement muré dans le silence. Une absence certes fugace, mais assez éloquente.


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