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Plaidoyer pour rapprocher le journalisme du terrain

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Les journaux auront peut-être disparu dans 25 ans, mais pas la pratique du journalisme. L’avenir de l’information passe donc par un rapprochement avec le terrain et les citoyens, ont plaidé jeudi des participants à la quatrième édition du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer, en Gaspésie.

À l’ouverture de l’événement, qui se déroule jusqu’à dimanche, une dizaine de reporters, experts et dirigeants de presse étaient réunis à la bibliothèque de la ville, face à la baie des Chaleurs, à la recherche d’une réponse à une grande question : « Comment allons-nous informer en 2050 ? »

Dans 25 ans, « les médias tels que nous les connaissons seront morts », a affirmé Alain Saulnier, essayiste et ancien directeur du service de l’information de Radio-Canada. D’autant que bien des gens s’informent déjà ailleurs que sur les canaux traditionnels, a-t-il rappelé.

La disparition des journaux ne signera pas nécessairement celle du journalisme, a estimé pour sa part Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du quotidien belge Le Soir. Selon elle, les bouleversements technologiques offrent même l’occasion de revenir aux bases du métier — l’intérêt public, la vérité, l’indépendance.

Dans la salle, plusieurs ont insisté sur l’importance de rebâtir un lien direct avec le public. « C’est essentiel pour renforcer la confiance », a affirmé Romain Texier-Proust, designer graphique et d’information de 25 ans venu de France pour le festival.

Pour ça, « ça prend de l’information locale, mon chéri », a lancé depuis la foule Reine Degarie, 82 ans, résidente de Carleton-sur-Mer, à M. Texier-Proust. Selon cette ancienne journaliste, les médias doivent s’intéresser davantage à ce qui touche les gens au quotidien s’ils veulent ramener vers l’information ceux qui s’en sont détournés.

Au-delà des simples besoins

Les attentes du public ont changé, a également fait valoir Florence Turpault-Desroches, vice-présidente aux communications et à la philanthropie de La Presse, invitée à l’événement. Grâce aux données et aux outils numériques, les médias peuvent aujourd’hui mieux cerner ce que leurs lecteurs recherchent.

« Maintenant, les gens ne veulent pas juste s’informer. Ils veulent aussi comprendre, ils veulent s’inspirer, ils veulent trouver des solutions. Il faut donc trouver une façon de répondre à l’ensemble des besoins », a-t-elle expliqué.

Le philosophe Marcello Vitali-Rosati, présent comme panéliste, a toutefois mis en garde contre une information uniquement modelée sur les préférences du public : il souhaiterait plutôt que les médias lui offrent aussi « ce dont il n’a pas besoin ».

« De plus en plus, nous avons l’impression qu’on nous donne ce qu’on attend. Je suis donc conforté dans mes croyances. Je voudrais des points de vue diversifiés et différents du mien auxquels je pourrais réagir pour me challenger un peu », a-t-il poursuivi, sous les applaudissements de la foule.

Quid de l’IA ?

Le sujet de l’intelligence artificielle s’est aussi imposé au fil de la discussion.

Florence Turpault-Desroches a plaidé en faveur d’un emploi responsable de ces outils afin d’aider les salles de rédaction à rejoindre de nouveaux publics. « Si on ne fait pas ça, on va se mettre à déprimer. Peut-on utiliser l’IA pour décliner notre contenu et […] nous aider à atteindre d’autres cibles qu’on n’atteint peut-être pas nécessairement aujourd’hui ? » a-t-elle demandé.

Alain Saulnier s’est cependant montré plus méfiant. « Je ferais confiance à l’IA si ce n’était pas les mêmes propriétaires que les géants du Web qui se cachent derrière », a-t-il rétorqué. « En matière de journalisme et de vision, c’est-à-dire ce qui va se passer pour nous, j’ai de sérieuses réserves. On devrait développer une charte éthique [pour l’IA] et regrouper tous les pays, elle serait universelle. Il me semble que ça presse. »

Notre journaliste est à Carleton-sur-Mer à l’invitation du Festival.

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