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Pinchas Zukerman, légende du violon, à l’affiche de quatre soirées en juillet

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Publié le 15 juillet 2026 à 07:30. 4 min. de lecture

Vous voici enfin de retour sur les hauteurs de Gstaad pour l’ouverture des feux du festival les 16 et 17 juillet dans le «Concerto no 3» et la «Symphonie concertante pour violon et alto» de Mozart: votre amitié avec Daniel Hope n’y est sans doute pas étrangère…

En effet! Je me réjouis beaucoup de croiser l’archet avec Daniel… quarante-trois ans après ce fameux autographe qu’il me rappelle lui avoir signé le jour de son dixième anniversaire au restaurant Olden! Cet été 1983, j’étais là d’abord en «touriste» pour voir mes deux enfants, ma première épouse Eugenia se produisant régulièrement comme flûtiste dans le cadre du festival. J’y ai tout de même donné un récital à l’église de Saanen, dédié intégralement à Brahms, et suis revenu une fois à Gstaad dix ans plus tard, cette fois-ci sous la Tente avec l’English Chamber Orchestra, pour interpréter le Concerto de Beethoven et diriger Le Tombeau de Couperin de Ravel et la 3e Symphonie de Schubert. J’ai hâte de retrouver les voûtes boisées de la Mauritiuskirche de Saanen.

A quand remonte votre premier souvenir musical?

La musique a toujours été là. D’abord à la maison, où mon père Yehuda – originaire de Pologne et survivant de la Shoah comme ma mère Miriam – m’enseigne la flûte à bec, la clarinette, puis le violon. Virtuose klezmer, il a construit son talent sur de solides bases classiques et m’entraîne rapidement dans les concerts qu’il donne dans la région de Tel-Aviv – mariages, bar-mitsva, je le vois encore m’accompagner de son accordéon. Je commence le violon en fin de compte assez tard, vers l’âge de 7 ans et demi, mais fort du plus précieux des bagages: cette tradition, cet ancrage culturel qui imprègne toute ma famille et fait que l’on ne se rend pas au concert parce qu’on nous l’a demandé, mais parce que la musique est en nous, qu’elle est indissociable de notre humanité.

Vous quittez Israël en 1962 pour poursuivre vos études aux Etats-Unis: comment avez-vous vécu ce grand saut, à l’âge encore tendre de 14 ans?

Cela a été un vrai changement de vie. J’ai eu la chance, sur le plan de l’instrument, d’avoir été préparé en amont par l’une des meilleures pédagogues qui soient, Ilona Feher, disciple de Jenő Hubay à l’Académie Franz Liszt de Budapest, qui m’apportait le meilleur du violon juste à côté de chez moi. J’ai bénéficié ensuite du soutien de mentors comme Isaac Stern, qui me suivait depuis l’âge de 11 ans et m’a permis d’intégrer la classe mythique d’Ivan Galamian à la Juilliard School de New York, et aussi d’entrer en contact avec des artistes de l’envergure de Pablo Casals ou de Leonard Rose, qui m’ouvraient par leur seule présence à près d’un siècle d’héritage artistique. Stern m’a donné des conseils décisifs lors de mon arrivée à New York, comme celui d’être «une éponge», de profiter de tout ce qui s’offrait à moi durant cette folle période des sixties, et il n’a en effet pas été rare que j’enchaîne trois concerts dans la même journée. La curiosité constitue l’un pilier de l’enseignement que je dispense aujourd’hui, frappé que je suis de rencontrer encore de jeunes virtuoses ignorer jusqu’à l’existence même de Jean Sibelius. Mais il est un fait – pour revenir à la base de la question – que le professeur que j’incarne depuis plus de quarante ans continue à se demander s’il est normal qu’un enfant de 14 ans quitte son foyer pour partir étudier seul à l’autre bout du monde. Sans pouvoir offrir de réponse définitive, je dirais que cela peut s’avérer nécessaire dans quelques cas rares comme le mien, où un talent évident, au-dessus de la moyenne, requiert l’impulsion des meilleurs pour se révéler complètement.

C’est ce qui n’est passé avec Ivan Galamian…

Absolument. Il m’a insufflé comme personne cette base à la fois technique et artistique, cette tradition issue de ses maîtres russes et français, qui m’a permis de m’épanouir et que je m’applique aujourd’hui à transmettre dans mes cours. Les leçons étaient très courtes, une heure seulement, je ne me souviens pas l’avoir une seule fois entendu parler de Leopold Auer ou de Lucien Capet: on jouait, c’est tout. Cela avait lieu le jeudi à 8h, mais il fallait arriver dix minutes en avance pour se chauffer dans une pièce annexe. Je ne savais pas au début qu’il pouvait nous voir depuis son studio, et il lui est arrivé de me surprendre… en flagrant délit de sommeil! Son endurance était phénoménale: il enseignait ainsi toute la journée de 7h du matin jusqu’au soir, 7j/7, et même l’été au gré d’un campus de huit semaines dont je n’ai retrouvé nulle part ailleurs l’intensité. Son empreinte était particulièrement marquée au niveau de l’archet: on peut reconnaître un élève de Galamian à sa seule main droite.

Et vous, comment s’articule aujourd’hui votre quotidien?

Grâce à l’impact décisif de l’enseignement de Galamian et, avant lui, d’Ilona Feher, j’ai toujours l’impression de jouer comme un jeune de 15 ans. Aussi essentiel que les gammes, Bach m’accompagne tous les matins, il rend ma journée meilleure. Je continue également à pratiquer régulièrement la musique de chambre, ce monde de partage essentiel qui m’a été dévoilé dès mes premières années d’études à Tel-Aviv, où Ilona Feher venait à la maison faire du quatuor. Une carrière de violoniste ne saurait se limiter aux seuls 24 Caprices de Paganini. Et puis il y a cette envie toujours plus forte de rendre un peu de ce qui m’a été offert, porté par cette certitude que la musique est capable de rendre les gens et le monde meilleurs, comme j’ai pu m’en rendre compte dès mes premières prestations publiques avec mon père à Tel-Aviv. C’est pour cela que lorsque Daniel Hope m’a demandé si, en plus de jouer, je serais également disposé à donner quelques cours cet été à Gstaad, j’ai immédiatement dit oui. Malgré un parcours aux horizons contrastés, je me sens proche de Daniel à plus d’un titre: cette envie de transmettre, et l’importance également qu’a eue pour nous notre entourage proche – la famille au sens large – dans l’épanouissement de notre personnalité artistique.

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