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Pikogan dévoile son plan pour protéger sa culture et le caribou

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La Première Nation Abitibiwinni de Pikogan a dévoilé mardi un ambitieux plan de protection de sa culture et du caribou forestier. La communauté anishinabe veut préserver ses usages culturels sur une portion de 6120 kilomètres carrés dans la partie nord de son territoire ancestral appelé Abitibiwinni Aki.

Le Plan de protection de la culture des Abitibiwinnik et d’Atik (caribou, en anishinaabemowin) est le fruit d’une douzaine d’années d’acquisitions de connaissances sur ce vaste territoire qui sert d’habitat naturel pour la harde de caribous forestiers Détour-Kesagami, qui compterait environ 450 individus.

Cette espèce en déclin est au cœur de l’identité culturelle de la Première Nation Abitibiwinni et occupe un territoire qui chevauche la frontière entre le Québec et l’Ontario, au nord d’Amos et La Sarre.

Chantal Kistabish présente un discours.

Chantal Kistabish, cheffe de la Première Nation Abitibiwinni.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

C’est d’assurer une protection du territoire, premièrement. Et aussi la biodiversité du territoire. Une protection non seulement du caribou forestier, mais aussi de l’ensemble de la faune, explique la cheffe Chantal Kistabish.

La Première Nation Abitibiwinni est impliquée depuis plusieurs années dans la protection de ce territoire, en collaboration avec la scierie de La Sarre, d'abord sous Tembec, maintenant sous Chantiers Chibougamau.

Trois niveaux de protection

Trois niveaux de protection sont proposés. D’abord, environ la moitié de la superficie, soit 3320 kilomètres carrés, fera l’objet de la protection stricte d’une aire protégée. Celle-ci aiderait Québec à s’approcher de son objectif de protéger 30 % du territoire québécois d’ici 2030.

Une carte géographique en couleur montrant plusieurs territoires.

Les membres de la communauté souhaitent exercer pleinement leur responsabilité de gardiennes et gardiens du territoire APITIPI8INNI AKI.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Les activités humaines sur l’autre moitié du territoire seraient soumises à des modalités particulières ou des exigences générales, qui permettraient des activités industrielles, tant forestières que minières.

Si l’on avait présenté juste des aires protégées, c'est comme si l’on n'incluait pas la partie économique. Puis, pour nous, c'est important de le faire, précise Benoit Croteau, directeur Territoire et Environnement de la Première Nation Abitibiwinni. 

Il y a des endroits où l’on veut limiter les activités, poursuit-il. Par exemple, l’industrie va pratiquer ses activités forestières quand le territoire est accessible l’été, indépendamment de la nidification des oiseaux. On veut demander une période pour ça.

Benoit Croteau sur une scène pour lire un discours.

Benoit Croteau espère que le plan permettra d'établir un réel équilibre entre l'environnement, l'économie et la préservation du mode de vie abitibiwinni.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Benoit Croteau parle d’une quête d’équilibre entre l’environnement, l’économie et le mode de vie de son peuple. Selon lui, sans le développement économique, il sera difficile d’accéder au territoire.

Savoirs et science

Des membres de la Première Nation Abitibiwinni ont été directement impliqués dans l’acquisition des connaissances, avec le partage de leurs savoirs traditionnels.

C’est des territoires qu’ils occupent depuis plusieurs décennies pour la pratique de leurs activités traditionnelles. Ils savent où se trouve le caribou. Ils connaissent aussi les rivières, les différents cours d’eau qu’on retrouve sur le territoire, affirme la cheffe Chantal Kistabish.

La Première Nation Abitibiwinni de Pikogan propose un plan de protection de sa culture et du caribou. La communauté veut préserver ses usages culturels sur une portion de 6000 kilomètres carrés de son territoire ancestral, au nord de La Sarre.

La Première Nation Abitibiwinni de Pikogan propose un plan de protection de sa culture et du caribou. La communauté veut préserver ses usages culturels sur une portion de 6000 kilomètres carrés de son territoire ancestral, au nord de La Sarre.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Le plan contient aussi les données scientifiques les plus récentes, avec les travaux de l’Institut national de la recherche scientifique, des chercheurs de l’UQAT, de l’UQAM et des ministères fédéral et provincial concernés.

Cette alliance entre les connaissances traditionnelles et les connaissances scientifiques impressionne particulièrement Pier-Olivier Boudreault, directeur de la conservation à la Société pour la nature et les parcs, un organisme environnemental.

Pier-Olivier Boudreau debout sur une scène pour parler à son auditoire.

Pier-Olivier Boudreau a salué le leadership démontré par la Première Nation Abitibiwinni dans ce projet dans lequel la SNAP Québec est impliquée depuis plusieurs années.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

C'est quelque chose dont on entend beaucoup parler, mais qu'il y a peu de gens qui réussissent à faire concrètement. Puis là, on l'a vraiment matérialisé. On a du savoir des aînés de la communauté, on a des connaissances scientifiques des universitaires qui ont participé au projet. On a mis tout ça ensemble, puis on a élaboré un plan de protection qui est super solide, qui est sérieux, souligne celui dont l’organisme est impliqué dans le projet depuis plusieurs années.

Réhabiliter et maintenir la harde

Benoit Croteau espère que le plan permettra de rétablir la harde de caribous forestiers Détour-Kesagami et de la maintenir pour plusieurs générations.

Ce qu'on veut, c'est vivre la culture puis, éventuellement, de pouvoir aller chasser [le caribou] sans que ça n'affecte pas la population. Présentement, d’un commun accord sans que ce soit écrit ou à travers une entente, les gens ne le chassent plus. L’idée, c’est vraiment de rétablir ce lien-là avec le caribou, fait-il valoir.

Henri Jacob pose pour la photo.

Henri Jacob croit que les savoirs traditionnels autochtones sont tout aussi importants que les connaissances scientifiques dans un tel plan, parce que les communautés ont la connaissance du territoire.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Ce plan emballe Henri Jacob, président de l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue.

Il y a 13 hardes au Québec de caribous forestiers et s'il y en a une qui a une chance de survie, c'est celle-ci. Les 12 autres sont en voie de disparition reconnue par le gouvernement, qui ne fait rien. La grosse énigme qu’il reste à voir, c’est comment le gouvernement du Québec va agir ici pour la suite des choses, lance-t-il.

Je pense que c’est une bonne chose qu’ils en profitent pour nommer une revendication territoriale de protection. Dans le contexte qu’on connaît, avec des projets d’intérêt national où la consultation des Premières Nations et le respect des lois environnementales ne seront pas nécessairement acquis, a exprimé pour sa part le député fédéral d’Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, en faisant allusion au projet de pipeline de Marinvest Énergie Canada.

Difficile à refuser

La communauté doit présenter son plan pour la première fois au gouvernement du Québec cette semaine. Dans une déclaration vidéo, Ian Lafrenière, ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, a simplement laissé entendre que le plan sera évalué à sa juste valeur par son gouvernement.

La Première Nation Abitibiwinni de Pikogan propose un plan de protection de sa culture et du caribou.

Des kiosques ont permis aux chercheurs de présenter des éléments de leurs études et recherches effectuées sur le territoire visé par le plan de protection.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Mais Benoit Croteau a bon espoir de voir le plan être accepté. Ce qu’on voulait, c’est déposer un projet qui serait dur à refuser. C’est pour ça qu’on a mis autant d’éléments au niveau scientifique, mais aussi au niveau culturel, conclut-il.

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