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Il y a quelque chose de kafkaïen dans la nouvelle série dramatique américaine Phony, centrée sur Sonny, un adolescent qui ne reconnaît plus le visage de sa mère après avoir été impliqué dans un grave accident de voiture. Avec son premier projet de série à titre de scénariste, idéateur et réalisateur, Nick Paley, qui fut coscénariste de l’inventif film d’animation Marcel the Shell with Shoes On (2022), confirme son goût pour l’inusité. Le Devoir s’est entretenu avec les acteurs principaux de la série, Sam Nivola et Connie Britton.
<?xml encoding="utf-8" ?><?xml encoding="utf-8" ?>« J’ai incarné beaucoup de mères », remarque d’emblée Connie Britton quand on lui demande ce qui l’a attirée dans le personnage d’Ellen, la mère de Sonny. « Pour moi, c’était intéressant d’explorer [avec Phony] une relation entre une mère et son fils aussi étroite, aussi profonde, où il y a un véritable lien. Et puis d’explorer ce qui se passe quand cette relation se fissure. »
Dans le rayon des séries américaines, la dimension maternelle marque certainement la carrière de l’actrice, qui a joué une directrice d’école et conjointe d’un entraîneur de football dans Friday Night Lights, une vedette de la musique country dans Nashville et, plus récemment, une femme d’affaires accomplie dans la première saison de The White Lotus (2021).
Entre comédie et suspense, Phony lui offre ici une partition qui s’éloigne de l’image de la figure maternelle réconfortante qui est fréquemment attachée à Connie Britton dans la presse états-unienne.
Mère de famille monoparentale, Ellen Cooke est la directrice de l’école secondaire du nord du Vermont où étudie son fils Sonny. Les deux ont une relation complice et presque fusionnelle, jusque dans leur personnalité : l’attention d’Ellen auprès des élèves se reflète dans la façon dont Sonny, populaire à l’école, s’informe de ses camarades et tisse facilement des liens.
Si des tensions se devinent dans leur relation lorsqu’Ellen comprend que son fils s’apprête à perdre sa virginité avec sa copine, le basculement narratif s’opère lorsque Sonny est victime d’un violent accident de voiture. À la sortie de son coma à l’hôpital, l’adolescent panique à la vue de sa mère, dont les traits du visage et le comportement sont subtilement différents. Flirtant avec la paranoïa, il devient persuadé que sa mère a été remplacée par une impostrice et devient vite résolu à découvrir ce qui s’est passé.
Paranoïa et enquête
« De lire un scénario qui raconte une histoire aussi intéressante, dont on ne sait pas vraiment où elle va nous mener, avec des personnages si magnifiquement campés, qui est drôle en plus, et qui mélange tant de genres différents… Pour moi, c’était excitant, car ça ne ressemblait à rien de ce que j’avais fait auparavant », affirme Connie Britton, qui dit chercher à ce stade de sa carrière des rôles qui sortent des sentiers qu’elle a battus.
Avec son tempérament empathique et obstiné, son attachement envers la mère qu’il croit avoir perdue et sa paranoïa grandissante, le personnage de Sonny donne à la fois dans le registre du drame et de l’humour et offre à Sam Nivola un premier rôle-titre notable dans une série.
La qualité du scénario et la possibilité de travailler avec Connie Britton et Nick Paley ont été déterminantes pour l’acteur de 23 ans, qui s’est récemment démarqué dans la troisième saison de The White Lotus (2025). « Je me disais que j’allais tellement apprendre de ces gens, confie-t-il. Ça m’a semblé évident [de dire oui au projet]. »
Bien que plusieurs personnes dans l’entourage de Sonny ne perçoivent pas les changements chez sa mère, l’adolescent finit par trouver des alliés dans sa quête de réponses, auprès d’amis de l’école et d’une enquêtrice privée recluse. Des indices égrenés au fil des épisodes — la mention d’une entrée par effraction dans la maison familiale, des appels mystérieux par Ellen — nous font comprendre que les soupçons du fils ne sont pas sans fondement.
La série, dont Le Devoir a pu visionner quatre des huit épisodes, se présente comme une comédie dramatique qui intègre les codes de l’enquête et du suspense — un mélange des genres qui était déjà clair au scénario, selon les deux acteurs.
Reste que le traitement visuel et la représentation du monde des adolescents sont ancrés dans un souci de réalisme. « Nick [Paley] tenait vraiment à ce sentiment d’authenticité », fait remarquer Connie Britton.
« Grandir, c’est compliqué »
En entrevue, les deux acteurs se montrent discrets à propos de la direction que la relation entre Sonny et sa (fausse ?) mère prend au fil de la série. « C’est précisément la force de cette relation, au début, qui rend ce qui se passe ensuite si douloureux, difficile et mystérieux », résume l’actrice.
Au-delà du suspense, Phony constitue pour Sam Nivola un récit initiatique en ce qu’il reflète certaines anxiétés de jeunesse et la difficulté de passer à l’âge adulte. « Je pense que [Sonny] doit comprendre que tout va bien, et qu’il ne faut pas tout analyser à l’excès, explique l’acteur. On n’a pas besoin de tout contrôler. C’est ce que j’aurais aimé pouvoir dire au jeune garçon que j’étais. »
« Grandir, c’est compliqué. Vivre, c’est compliqué. Tout est compliqué. Mais il y a en réalité de la beauté dans cette complexité, si tu te permets de t’y plonger, tu peux en retirer beaucoup plus », résume-t-il.


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