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Y a-t-il un conflit d'intérêts dans l'attribution de la concession du fameux casino de Bruxelles ? En cause : la double casquette de Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles mais aussi administrateur du Sporting d'Anderlecht, dont Napoleon Games est l'un des principaux sponsors.
Le 17 juillet, le collège de la Ville, présidé par Philippe Close, a effectivement choisi ECK, la société belge derrière Napoleon Games, pour exploiter le casino bruxellois à partir du 1er janvier 2027. Un contrat de quinze ans estimé à 750 millions d'euros, remporté aux dépens de Viage, exploitant autrichien des lieux depuis 2010 et qui conteste désormais son éviction devant le Conseil d'État. Ce dernier doit se prononcer le vendredi 28 août à ce propos.
Précisons qu'ECK a promis de déplacer son siège à Bruxelles à la suite de l'attribution du marché, alors qu'il est jusqu'à présent situé au casino de Knokke. Lieu où l'on a, par ailleurs, pu apercevoir Philippe Close le 19 juillet dernier également, peu après la décision, avec d'autres personnalités du monde des affaires et de la politique.
Qu'est-il reproché exactement à Philippe Close ?
Le grief est porté notamment par Benoit Hellings (Ecolo-Groen). Il reproche le fait que le 17 juillet, Philippe Close était présent et présidait le collège communal lorsque celui-ci a entériné le choix de Napoleon Games. Il ne s'est donc pas mis de côté.
"Combien Napoleon paie-t-il le RSCA pour être principal sponsor ? Seul Philippe Close le sait à la Ville de Bruxelles"
Or, comme l'ont relevé Le Soir et L'Écho mercredi, le bourgmestre est parallèlement administrateur indépendant du RSCA, dont le partenariat commercial avec Napoleon a été renforcé en 2024. L'Écho a également révélé que l'offre de Napoleon faisait plusieurs fois référence à Anderlecht, notamment à travers des événements organisés avec le club et une promesse de 3,85 millions d'euros en faveur du programme "Tous Mauves" visant les jeunes à Anderlecht.
Philippe Close accusé de conflit d'intérêts en lien avec le casino de BruxellesPour Benoît Hellings, le problème est avant tout déontologique. "Je n'accuse nullement Close d'enrichissement personnel", insiste-t-il. Mais il estime que le bourgmestre se trouvait bien en situation de conflit d'intérêts et que cela viole le nouveau code de déontologie de la Ville voté le 29 juin dernier, soit 18 jours avant cette décision. Ce code de déontologie prévoit qu'un mandataire n'utilise pas son influence pour servir "l'intérêt d'une organisation dans laquelle il est directement ou indirectement impliqué". Le conseiller communal insiste: "Combien Napoleon paie-t-il le RSCA pour être principal sponsor ? Seul Philippe Close le sait à la Ville de Bruxelles".
Réel conflit ?
Plusieurs éléments viennent toutefois fortement nuancer l'accusation.
Une source proche du dossier (non étiqueté PS) assure ainsi que Philippe Close n'a pas participé au jury chargé d'examiner et de classer les offres. Selon elle, aucune pression politique n'aurait été exercée pour favoriser Napoleon et la candidature de l'opérateur était simplement meilleure sur plusieurs critères.
Philippe Close : "Depuis que je fais de la politique, on me dit que je gentrifie. Et, en même temps, il y a plus de pauvres. Il faut savoir""Je ne vois pas du tout en quoi cela enrichit à titre personnel Philippe Close. Il n'était pas dans le jury et, même s'il s'était retiré au moment du collège, cela n'aurait pas changé le classement", résume cette source. Le dossier de Napoleon serait d'ailleurs "largement supérieur". Plusieurs sources confirment que sur la ponctuation totale sur 100, Napoleon devançait d'environ 3,5 points, mais surtout de 10 points pour la partie "cruciale de la vision" (notée sur 30), qui vise à renforcer l'attractivité de Bruxelles.
Plusieurs sources confirment que sur la ponctuation totale sur 100, Napoleon devançait Viage d'environ 3,5 points, mais surtout de 10 points pour la partie "cruciale de la vision"
Le mandat de Philippe Close au RSCA n'est, par ailleurs, pas rémunéré et le club assure qu'il n'intervient pas dans sa gestion opérationnelle ni dans la négociation des contrats de sponsoring du club bruxellois.
De plus, on nous signale que Viage sponsorise également des événements à Bruxelles, comme la Gay Pride, et que l'attaque pour conflit d'intérêts pourrait également tenir, si on reste "sur ce même procédé". "Accuser de conflit d'intérêts à tort et à travers risque d'atténuer les vrais scandales quand il y en a", nous signale une autre source.
Le cabinet défend une procédure indépendante
Le cabinet de Philippe Close insiste surtout sur la mécanique de sélection. Le bourgmestre n'a pas lui-même évalué les candidats : un comité d'experts a analysé les offres selon les critères prévus avant que le collège ne suive son classement.
"Aucun responsable politique ne prendrait ce risque de mettre en danger un contrat à 750 millions d'euros pour un sponsor sur un maillot", fait valoir le cabinet.
"Aucun responsable politique ne prendrait ce risque de mettre en danger un contrat à 750 millions d'euros pour un sponsor sur un maillot"
Et d'ajouter que "c'est un comité d'experts qui a analysé profondément toutes les offres mises sur la table, qui a estimé que cette offre était la meilleure et le collège a pris la décision de suivre ce comité". Pour faire simple, Philippe Close n'avait donc aucune emprise sur cette décision, à en croire le cabinet.
Parmi les experts, seul le nom de Pierre Hermant, à la tête de Finance. Brussels circule, et est cité par Benoît Hellings, ainsi que le fait que la cheffe du cabinet de Philippe Close en fasse visiblement également partie. Contacté, Pierre Hermant a préféré ne pas faire de commentaires et respecter la confidentialité à laquelle il est soumis.
Une offensive politique de Benoit Hellings ?
Dans le monde politique bruxellois, on voit aussi dans la sortie de Benoit Hellings une offensive entre majorité et opposition. Ancien partenaire de Philippe Close sous la précédente majorité, l'écologiste est désormais dans l'opposition après le changement d'alliances à la Ville.
Considérer son intervention comme un règlement de comptes serait néanmoins un peu réducteur. Ce dernier alertait déjà dans Le Soir, en janvier 2020, sur les risques de conflit d'intérêts liés à l'entrée de Close au CA d'Anderlecht, à une époque où Ecolo gouvernait encore avec le PS.
Georges-Louis Bouchez imagine déjà l'après-politique : "J'envisagerais de diriger le football professionnel belge"L'écologiste maintient surtout que son attaque ne porte pas sur un soupçon d'enrichissement ou de corruption mais que Philippe Close aurait dû éviter toute participation au processus dès lors que Napoleon entretient une relation commerciale importante avec une organisation dont il est administrateur.
Le retrait de Philippe Close n'aurait peut-être rien changé au résultat. Mais il aurait évité aujourd'hui une partie du soupçon qui pèse sur la procédure. Reste à voir ce que va dire le Conseil d'État, vendredi, et si Viage a encore des cartes à jouer ou non.
Conflit d'intérêts: quelles sanctions prévues pour les élus ?
À la ville de Bruxelles, aucune sanction n'est prévue lorsqu'un manquement aux règles de déontologie est constaté. Cette disposition est régie par le règlement d'ordre intérieur, propre à chaque commune et établi sur base d'un canevas fourni par la Région. Néanmoins, lorsqu'un conflit d'intérêts est avéré (ce qui, rappelons-le, n'est pas le cas du bourgmestre de la ville de Bruxelles), les faits peuvent alors relever de la justice et le Code pénal prévoit de lourdes peines, allant d'un à cinq ans d'emprisonnement.
"Les partis politiques disposent également d'un cadre de déontologie et sont à même de prendre des sanctions, même si celles-ci ne sont pas toujours prévues et fixées à l'avance. Pour les partis comme pour les communes, il reste est difficile de prévoir des sanctions lorsque les faits ne relèvent pas du judiciaire", explique Aurélie Tibbaud, politologue à l'ULB.
Pour cette experte, dans le contexte actuel de défiance du citoyen vis-à-vis des responsables politiques, il sera préférable d'être irréprochable afin d'éviter tout doute quant à un potentiel conflit d'intérêts.
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