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Le sens d’un mot ou d’une expression en français peut être parfois radicalement différent selon les pays francophones. Pour éviter de se laisser tromper par des glissements de sens, voici un florilège d’exemples qui pourraient servir d’aide-mémoire lorsque l’on se trouve dans un milieu francophone différent.
Gosse
Une personne qui arrive au Québec pour la première fois ferait mieux de faire attention à l’emploi du nom gosse. Cela lui éviterait une situation bien cocasse, pour ne pas dire embarrassante. Bien que ce mot y signifie également petit enfant, il peut tout aussi désigner les testicules ou, pour être moins cru, les bijoux de famille d’un homme! Ce sens a peut-être été influencé par le mot cosse, soit l’enveloppe autour des graines de certaines légumineuses.
Par ailleurs, au Québec, lorsque votre interlocuteur vous dit: « Tu me gosses », cela signifie « Tu m'agaces ».
Gâterie
On le sait, les parents aiment gâter les enfants avec des cadeaux, qui peuvent être de petites douceurs. Justement, au Canada francophone, le mot gâterie est couramment employé pour désigner les douceurs, alors que, en France par exemple, on a tendance à privilégier l’emploi de gourmandises, de sucrerie ou tout simplement de confiserie. Parce que, là-bas, le mot gâterie a plutôt une connotation coquine.

Au Canada francophone, le verbe barrer signifie fermer. Par exemple, barrer la porte, ou, comme sur cette photo, une rue barrée.
Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin
Beigne
Un Néo-Canadien écarquille les yeux quand une collègue lui lance : Veux-tu deux beignes? Devant son air interloqué, sa consoeur s’empresse de lui demander ce qui n’allait pas. Le nouvel arrivant découvre, après un échange, que beigne, au masculin, est une pâtisserie nord-américaine en forme d’anneau. C’est donc un beignet, alors que le mot beigne au féminin, auquel il a pensé, signifie gifle en langage familier. Plutôt que de vouloir lui coller une paire de beignes, sa collègue voulait lui offrir un petit déjeuner aux beignes!
Dîner
Un Sénégalais invite un collègue du Québec, de passage à Dakar, à passer dîner chez lui, sans lui spécifier une heure. Le Québécois, fidèle à la ponctualité, se présente peu avant midi à l’adresse indiquée, mais il n’y a personne pour l’accueillir. Il téléphone alors à son amphitryon. Celui-ci lui explique qu’il est en déplacement, mais qu’il passerait le prendre à son hôtel à l’heure du dîner, vers 20 h, lui dit-il. Au Canada francophone, on déjeune le matin, on dîne à midi et on soupe le soir!
Écœurant
Pour rester dans le registre gourmand, notez bien ceci : lorsque vous inviterez un francophone du Québec à dîner ou à souper chez vous et qu'il vous dira, pendant qu'il se pourlèche les babines après avoir mangé, qu'il a trouvé votre sauce écœurante, ne vous en offusquez pas. Cela voudra simplement dire que la sauce est extraordinairement délicieuse, comme l'explique le linguiste Guy Bertrand. Écœurant signifie également fantastique, sensationnel, ajoute-t-il.
Char
Lorsque, au Québec, vous entendez quelqu’un dire qu’il s’en va sortir son char, n’ayez crainte : il ne s’agit pas d’un char d’assaut, ce véhicule blindé monté sur chenilles que les militaires utilisent au combat. Cela veut simplement désigner un véhicule automobile.
Avoir son voyage
En passant d’automobile à voyage, le lien logique coule de source. Attention toutefois à ne pas s’y méprendre : lorsqu’un Québécois vous prévient qu’il a son voyage de quelque chose, cela ne veut surtout pas dire qu’il s’apprête à prendre la route ou à aller embarquer dans un avion, mais plutôt qu’il en a assez.

À l'intérieur même du Canada, que l'on soit au Québec, en Acadie ou dans d'autres régions, les parlures sont différentes.
Photo : Getty Images / PeopleImages
Blonde
Si un francophone du Québec vous dit : Tiens, je te présente ma blonde, ne vous attardez pas à la regarder de pied en cap à la recherche d’une quelconque blondeur, ma blonde désignant ici une conjointe, une compagne, une âme sœur. On ne dit pas toutefois mon blond pour désigner son beau chevalier. En Côte d’Ivoire, à la place de ma blonde, on dirait « ma go ».
Non peut-être
Dans le même registre, voici un belgicisme qui peut être déconcertant pour les autres francophones. Loin d’exprimer une indécision comme tout semble l’indiquer, le non peut-être en Belgique exprime au contraire un acquiescement, soit Oui, absolument. Comme l’explique le site de la télévision belge RTBF, il s’agit d’un calque de l’expression néerlandaise Nee misschien.
Savoir, c’est pouvoir
Pour rester au pays de la frite, là-bas, les verbes savoir et pouvoir sont interchangeables, comme l’affirme Stéphanie Dauvegis, une Française installée à Bruxelles. Par exemple : Peux-tu me rendre un service? devient Sais-tu me rendre un service? Malgré ses nombreuses années en Belgique, Stéphanie Dauvegis ne parvient pas à s’y faire : Ça me rend dingue!
À l’encontre de
De la Belgique au Luxembourg, il n’y a qu’un pas. Là-bas, lorsqu’un cousin francophone vous dit que votre opinion va à l’encontre de la sienne, cela ne veut pas dire qu’il a un avis aux antipodes du vôtre, comme c’est le sens dans la plupart des pays francophones. Cela signifie que vos opinions s’alignent parfaitement, comme l’explique Sergio Ferreira, un francophone luxembourgeois.
Ça joue!
Au sud du Luxembourg se trouve la Suisse. Dans ce petit pays en partie francophone, il y a cette expression typique : Ça joue. Selon Léa Gross, qui travaille à l’Office fédéral de la culture en Suisse, cela veut dire ça me va, je suis d’accord. Au Canada francophone, on dirait que ça fonctionne.
Ne cherchez surtout pas le rapport avec un match de soccer ou de hockey en cours!
Septante et tutti quanti
En Suisse et en Belgique, entre autres, on dit plutôt septante au lieu de soixante-dix, nonante en lieu et place de quatre-vingt-dix. Léa Gross affirme avoir du mal avec les chiffres lorsqu’il s’agit de les prononcer à la manière des Français : Je suis très stressée quand un Français me donne son numéro de téléphone et me dit, par exemple, 79, car je ne sais jamais s'il s’agit des deux chiffres 79 ou s’il s’agit de quatre chiffres : 60 et 19.
Le français sous les tropiques
Par ailleurs, la langue française s’est également tropicalisée. Les Africains francophones l’ont adaptée à leurs réalités locales, notamment en la mâtinant de mots issus de langues locales.
Le nouchi, un argot de la Côte d’Ivoire, dont on dit qu’il est né dans les quartiers défavorisés d’Abidjan, est emblématique à cet égard.
Ce n’est pas dans ma bouche que tu mangeras ton piment, dit-on dans cette ancienne colonie française d’Afrique de l’Ouest, pour faire savoir à une personne qu'elle ne nous fera pas dire ce qu’elle n’ose pas dire elle-même ou qu’elle ne nous fera pas vendre la mèche au sujet d’une affaire.
Tu vas me sentir sert à proférer une menace contre une personne pour lui faire comprendre que, si elle persiste dans ce qu’elle fait, elle en subira les conséquences. Il ne s’agit donc pas d’une affaire de fragrance, ici.

La Côte d'Ivoire est connue pour sa façon savoureuse d'adapter le français aux manières locales de parler.
Photo : Fournie par le Portail de l'Immigrant Association
Par ailleurs, l’utilisation du mot mal à la sauce ivoirienne peut être une source de malentendu. Lorsqu’un Ivoirien vous dit « J’ai fait ça mal même », c’est exactement le contraire que vous devez comprendre.
Sébastien Gavini, un Français installé en Côte d'Ivoire, l’a appris à ses dépens le jour où il a demandé à un pêcheur comment s’était passée la pêche. Ce dernier lui a alors répondu : J’ai mal pêché même, pour dire que la pêche était bonne.
Voici quelques autres expressions ivoiriennes : une personne enjaillée est contente. On trouve le verbe s’enjailler à la forme pronominale, qui signifie se faire plaisir, tandis que le nom enjaillement exprime un état de contentement.
Un gaou désigne une personne niaise. Quand on dit de quelqu'un qu’il wêré wêré, cela veut dire qu’il est turbulent, qu’il est tête brûlée, tandis qu’une personne chocó est une personne qui a de la classe.

Au Congo, un « deuxième bureau » désigne une « maîtresse », soit une femme avec laquelle on entretient des relations hors mariage, selon l'écrivain et dramaturge albertain Robert Suraki Watum. (Photo d'archives)
Photo : Fernand Ackey
Au Congo, avoir un deuxième bureau signifie avoir une maîtresse, soit une femme avec laquelle on entretient des relations charnelles hors mariage. Dans ce pays, donner un avocat à quelqu’un signifie le soudoyer, comme l’explique l’écrivain albertain d’origine congolaise, Robert Suraki Watum.
Au Cameroun voisin, l’expression lire l’heure exprime une mise en garde. Par exemple, Tu vas lire l’heure si tu t'aventures à faire cela.
Une autre expression bien curieuse nous vient du Tchad. Adzovi Late, une volontaire de l’Organisation internationale de la Francophonie, note que, quand un Tchadien dit à son interlocuteur : Allons parler français, c’est une invitation à aller boire un verre au bar!
Au Tchad également, lorsqu’on dit d’une personne qu’elle parle beaucoup français, cela signifie qu’elle parle un français soutenu, qu’elle est, à la limite, pédante, comme l’explique Jacques Brice Oksom, un habitant de N’Djamena.
L’affirmation de l’écrivain algérien Kateb Yacine, selon laquelle le français est comme un butin de guerre entre les mains des anciennes colonies françaises, soit qu’elles peuvent en faire l’usage qu’elles veulent, semble ici revêtir tout son sens.


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