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Pendant plus de 20 ans, Daniel Clément a confectionné les trophées du festival Off-Courts. Quelques mois après son décès, la BlaiseFactory lui consacre une exposition hommage.

Par Marie-Madeleine Remoleur Publié le 5 sept. 2026 à 18h00
« Chaque année, à la remise des prix, je répétais aux lauréats : gardez votre trophée précieusement, parce que plus personne ne fera ce que fait Daniel Clément », sourit Samuel Prat, la voix pleine de tendresse et d’admiration.
Coordinateur de l’association Off, qui organise le festival Off-Courts à Trouville-sur-Mer (Calvados), il raconte avec émotion plus de deux décennies d’amitié et de collaboration avec Daniel Clément qui a confectionné avec passion et créativité, les trophées du festival. Un artiste né en 1949, près de Paris, qui a installé sa vie et son atelier à Trouville-sur-Mer, à l’aube des années 2000, où il a continué de créer jusqu’à sa mort, début 2026.
Plus de 20 ans de trophées artisanaux
« On l’a rencontré quand on avait monté le bar à vin La Maison », se souvient Samuel Prat. Installé rue des Bains, l’établissement était alors un vrai lieu de vie et de culture. « Daniel Clément est devenu comme beaucoup de gens à l’époque, un client fidèle et régulier du bar à vin. C’est comme cela qu’on s’est rencontré et on est devenu copains à ce moment-là. C’était quelqu’un de cultivé, d’atypique, qui avait le même franc-parler que nous et plein de choses à raconter, et le temps a fait qu’on est devenus très proches ».

Dans ce bar, Samuel organisait des expositions et des concerts, mais aussi, au deuxième étage, les premières rencontres de courts-métrages organisées par l’association Off. « Assez rapidement, Daniel s’était proposé de réaliser des trophées pour le festival. C’est une tradition qui s’est installée… pour ne plus jamais s’arrêter, jusqu’à son décès », raconte Samuel. Une fierté pour le coordinateur de l’association Off : « À l’époque, il fabriquait surtout des gros meubles, des gros objets. Les trophées Off-Courts, c’étaient des petits objets confectionnés avec une vraie finesse ».

« Il ne se définissait pas comme un artiste, mais comme un artisan »
« Son atelier était toujours ouvert, il prenait le temps d’expliquer aux gens ce qu’il faisait », se souvient Samuel, toujours impressionné par « LA technique Daniel Clément ». L’artiste qui s’était lancé en 1978, à Paris, lance dans son atelier trouvillais une ligne de mobilier en verre, ses « Meubles précieux ».
Une technique « magique » pour orner les meubles et autres objets, décrite ainsi : « Spécialisé dans la marqueterie de verre, il utilise des fragments de verre peints et miroirs qui recouvrent toute la surface visible. Ils sont découpés en formes géométriques, façonnés à la main à partir de feuilles de verre blanc et de miroir, puis il les peint un par un, puis les assemble avec précision », explique la Maison Daniel Clément, installée à Bâle, en Suisse. Car ses meubles et objets incarnant chacun à leur manière de véritables chefs-d’œuvre n’ont cessé de séduire. « La longue collaboration de Daniel Clément avec des marchands d’art suisses rencontrés au Village Suisse à Paris a abouti à la création de cette Maison Daniel Clément à Bâle où une partie de ses œuvres sont exposées », sourit Geneviève Blaise qui gère la BlaiseFactory qui expose Daniel Clément. « Sa fenêtre donnait sur la cour de la galerie, donc on se voyait régulièrement », précise-t-elle.

Samuel Prat se souvient : « Je sais que Coluche lui avait acheté une table ». Il avait aussi conçu des coffres à bijoux pour une marque prestigieuse, des boîtes à cigare pour Davidoff. « C’était un artiste atypique qui créait et vendait sans aucune prétention parce qu’il ne se définissait pas comme un artiste, mais comme un artisan. D’ailleurs, il s’astreignait à un rythme d’artisan, en travaillant à son atelier du matin au soir. Il découpait en permanence, pouvait passer des années à trouver le bon pigment, la bonne colle, pour que ça résiste au temps. C’était un boulot de titan ».

« Il aurait aimé transmettre sa technique »
Dans l’exposition de la BlaiseFactory, ses œuvres impressionnent par leurs reflets, leurs couleurs et leurs détails, avec finesse. « La technique de Daniel Clément restera la technique de Daniel Clément. Il aurait aimé la transmettre, mais ça ne s’est jamais fait », regrette Samuel Prat qui garde en mémoire tous ces moments passés avec ce passionné. « Daniel était quelqu’un de très sympa, d’attachant, de très généreux. C’était quelqu’un de bien, un artiste ouvert », vante-t-il, avec affection.

Jeudi soir, lors de la cérémonie de clôture du festival, l’émotion devrait se faire ressentir quand de nouveaux trophées, réalisés par l’artiste Gains Babakila, seront remis aux lauréats. « On a beaucoup de chance car ils sont superbes, mais on gardera toujours en mémoire notre ami Daniel et la centaine de trophées qu’il a fait pour nous. Ce sont toutes de belles œuvres originales qui n’existeront plus ».
Exposition du samedi 5 au vendredi 11 septembre, à la BlaiseFactory, impasse Jean-Luc Blaise, 62 rue des Bains, à Trouville-sur-Mer. L’exposition se tient tous les jours de 15 h 30 à 18 h 30, et sur rendez-vous en dehors de ces horaires.
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