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Pelleter du rêve électoral

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Les aspirants premiers ministres rivalisent de promesses électorales tous horizons en ce début de campagne. Et c’est tant mieux, car l’un ou l’une d’entre eux devra bien s’atteler à ces nombreux défis qui incombent au Québec une fois la course terminée. Les chefs de parti auraient toutefois intérêt à s’abstenir de pelleter autant de rêve électoral, qu’ils savent très bien d’un total irréalisme gouvernemental.

Car entre capter l’attention d’électeurs désintéressés et exacerber le cynisme de ces citoyens désabusés, la ligne est mince, et c’est à eux qu’il revient de ne pas la franchir. Si tant est qu’ils se soucient un tant soit peu de cesser de perpétuer ce cercle vicieux.

Aucun des partis en lice n’a le monopole, depuis neuf jours, des idées certes tape-à-l’œil, mais fâcheusement simplistes. La palme du mirage revient cependant sans conteste au Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime et à sa promesse de retrancher 47 milliards de dollars de l’appareil étatique (rien que ça…) sans conséquence aucune (bien sûr) pour les services publics. Une quadrature du cercle qu’aucun gouvernement n’a encore réussie jusqu’ici et que, prétendument, lui seul saurait aujourd’hui accomplir.

Cette course à l’« efficacité de l’État » a la cote, toutes les autres formations hormis Québec solidaire y allant de leurs propres propositions, bien que dans une moindre mesure. Un réel et judicieux exercice d’efficience gouvernementale requiert toutefois, dans tous les cas, davantage qu’un expéditif sabrage à la hache. Et pour Éric Duhaime, d’accuser ses rivaux d’être ceux qui participent à un « concours des pères Noël », c’est l’hôpital qui se moque de la charité.

Parlant de santé, l’empressement du Parti québécois, tout comme du PCQ, à abolir Santé Québec — sans de surcroît détailler la solution envisagée pour améliorer, dit-il, les soins, ce qui prescrirait évidemment un remède plus étoffé — relève de la lubie, comme on l’a déjà exposé dans les pages éditoriales du Devoir.

Proposer d’accroître la mixité dans les écoles — à coups de quotas par établissement ? par la voie d’autobus interquartiers ? — ne passera pas davantage le test de la réalité. Que Paul St-Pierre Plamondon ne sache préciser la mise en œuvre de cette mesure, préférant attendre la tenue d’états généraux sur l’éducation, témoigne d’une fâcheuse habitude de flou de la part du chef péquiste… tout comme son repli sur un champ lexical aussi regrettable à l’endroit des immigrants.

Nul ne châtiera la Coalition avenir Québec d’avoir eu la transparence de dévoiler son cadre financier dès le quatrième jour de la campagne, au contraire. Mais son utopisme insouciant, en revanche, n’impressionne guère. Le document repose sur des projections qui ne tiennent compte ni de la dernière salve tarifaire de Donald Trump (qui frappe pourtant particulièrement le Québec) ni des contre-tarifs imminents, et se fie en outre sur des hausses de transferts fédéraux pas encore été octroyées (des négociations qui n’ont certainement pas la tradition de se dérouler rondement). Ce cadre venant d’un gouvernement dont le dernier budget prédisait une incertitude économique entraînée par la guerre en Iran d’à peine six semaines, ceux qui doutent à nouveau de la boule de cristal fiscale caquiste seront pardonnés.

La crise du logement mérite toute l’attention que lui accorde le Parti libéral du Québec en ce début de course. Promettre la construction de 100 000 logements par année, même en misant sur le préfabriqué, fait toutefois abstraction d’une pénurie de main-d’œuvre et d’une capacité de construction bien en deçà de cet objectif (72 000 habitations par année d’ici 2030, a rapporté Radio-Canada en citant la Société canadienne d’hypothèques et de logements). Une marge considérable que le chef Charles Milliard escamote un peu rapidement.

Quant au réseau d’épiceries publiques de Québec solidaire, un tel projet paraît certes vendeur — le Nouveau Parti démocratique, New York et Toronto le partagent —, mais n’a pas fait ses preuves. Même un gouvernement, s’il n’achète en gros que pour 15 épiceries, peinerait à faire concurrence aux grandes chaînes cumulant des milliers de succursales. Les prix n’auraient ainsi été réduits qu’à 2 % sous ceux de Walmart au Mexique, selon les recherches d’un professeur de l’Université Guelph. C’est cher payé pour un maigre rabais sur l’épicerie.

Si les électeurs sont cyniques ou qu’ils n’écoutent tout simplement plus leurs politiciens, c’est aussi parce que ces derniers alimentent leur désillusion politique. Faut-il leur en vouloir de cesser d’y croire à force de se voir promettre mer et monde sans suite aucune ?

Il reste pourtant des pistes possibles pour faire rêver la population d’un Québec plus juste, plus vert, plus en santé, plus égalitaire. Il suffit de s’y tenir.

Le plaidoyer électoral s’en trouverait certes moins mirifique, mais il ne larguerait pas par le fait même ces électeurs que les partis doivent autrement s’évertuer tous les quatre ans à reconquérir. L’appât du gain électoral a beau être alléchant, se mordre la queue à répétition l’est-il réellement tout autant ?

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