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« Le sentimentalisme, c’est fini. » La phrase d’Ibrahim Traoré, lâchée fin septembre, a précédé les actes. Ce 20 octobre, l’Assemblée législative du Peuple a adopté à l’unanimité des 71 membres présents un nouveau Code pénal qui rétablit la peine de mort au Burkina Faso. Huit ans après son abolition sous Roch Marc Christian Kaboré, le pays dirigé par une junte militaire depuis 2022 renoue avec une sentence que plus personne n’avait prononcée depuis 1988. Franchement, il fallait oser.
Ce que dit le nouveau texte
Les crimes visés sont précis : terrorisme, espionnage, trahison, parricide, et importation de produits périmés ou prohibés ayant entraîné la mort.Le ministère de la Justice justifie la réforme par la nécessité de « renforcer l’ordre public » et de « garantir la sécurité des personnes et des biens ».Un argument taillé pour un pays en proie depuis plus d’une décennie aux violences jihadistes. Selon le ministre Edasso Rodrigue Bayala, les groupes armés utilisaient « la clémence relative de l’ancien texte comme argument de recrutement ».L’argument s’entend. Il n’efface pas la question : une peine de mort votée par des parlementaires non élus, dans un régime militaire, ça pose question.
Pendant ce temps, à Yaoundé
Le Cameroun, lui, n’a pas bougé. La peine de mort reste inscrite dans les textes, mais aucune exécution n’a eu lieu depuis 1997.Un moratoire de fait que le député Cabral Libii défend comme une étape vers l’abolition graduelle, pas comme une fin en soi. Les chiffres, pourtant, rappellent que le sursis n’est pas une abolition : environ 105 personnes étaient détenues sous le coup d’une condamnation à mort, dont près de la moitié pour des infractions liées au terrorisme, selon les données compilées par l’ECPM.La différence avec Ouagadougou n’est pas seulement juridique. Elle est politique. D’un côté, un pouvoir militaire qui assume la rupture et l’exécution. De l’autre, un État qui laisse la sentence dormir dans les archives judiciaires sans jamais trancher. Difficile de ne pas y voir deux rapports distincts à la violence d’État, à quelques frontières de distance.
Le Burkina assume désormais sa décision devant ses partenaires, y compris ceux qui l’ont critiquée. Au Cameroun, le débat reste en suspens. Combien de temps encore ?
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Jean-Paul Dzomo Nana
Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l'actualité politique et diplomatique du continent africain.


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