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Un saisissant documentaire retrace la restauration par deux mécènes du rendez-vous de chasse bâti par Louis XV dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye.
Ne nous y trompons pas, il s’agit d’un joyau de l’architecture néoclassique, menaçant ruine, qui a été sauvé. Les promoteurs immobiliers et mécènes, Benoît d’Halluin et Emmanuel Basse, ont ressuscité, entre 2019 et 2024, le pavillon royal de la Muette. Situé au cœur de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, ce rendez-vous de chasse bâti en 1767 à la demande de Louis XV par l’architecte Ange-Jacques Gabriel, a tout pour plaire. Sa beauté saute aux yeux. Logique puisqu’il a été conçu suivant les mêmes plans que ceux du Petit Trianon, à Versailles, construit quelques années plus tôt par le même Gabriel.
Le beau documentaire d’Émile Dominé, La Résurrection du pavillon de la Muette, retrace la renaissance d’un monument que l’État cède en 2014 à un premier acquéreur privé. Mais, face à l’ampleur des travaux, ce dernier préfère revendre. « C’est à lui que nous avons acheté le pavillon, pour 1,7 million d’euros. Nous avons senti, avec mon associé, que nous étions les bonnes personnes au bon moment », confie Benoît d’Halluin au Figaro, devant le bâtiment désormais resplendissant. Il ajoute que le délabrement du pavillon était tel que le budget de 3,5 millions initialement prévu a finalement atteint 7 millions d’euros. Sur cette somme, l’État a pris en charge 20 %, et la commune de Saint-Germain-en-Laye a versé une subvention de 100 000 euros.
Artisans d’art
À ceux qui regrettent un dessaisissement des pouvoirs publics, le mécène réplique : « C’est un bon exemple de la collaboration public-privé. L’État, en fait, garde complètement la main, car c’est un monument historique. Tous les travaux sont placés sous l’égide du ministère de la Culture. Rien ne peut être fait sans son accord. Et les financements privés ne pèsent pas sur l’État. De plus, le monument est ouvert au public. »
Au moment de lancer le chantier, c’est l’alerte. « Les bureaux techniques sont formels, ils nous disent : stoppez toute visite, le pavillon va s’effondrer ! se souvient Emmanuel Basse dans le documentaire. La première mesure qu’ils préconisent est de commencer par étayer ! » Une fois l’édifice consolidé, une phase d’étude d’un an démarre, en coordination avec les architectes des Bâtiments de France.
Place ensuite aux travaux. Un échafaudage est monté et le pavillon, recouvert d’une bâche parapluie pour travailler au sec. Les artisans d’art agissent et témoignent dans le film. Le bâtiment est presque intégralement démonté, du rez-de-chaussée à la charpente. La toiture en ardoises est refaite. Les pierres des façades sont en grande partie changées. Des blocs sont extraits dans la carrière de Saint-Maximin, dans l’Oise, déjà utilisée pour bâtir la Muette à l’origine. À l’intérieur, les boiseries d’époque, des ateliers Guesnon et Cliquot, sont déposées, traitées contre la mérule, et sauvées à 90 %. Les pièces revivent : le « débotté du roi » où le souverain retirait ses bottes, ou encore le majestueux salon octogonal. Au premier étage, la chambre de Napoléon Ier et celle de Marie-Louise évoquent la période où l’Empereur venait chasser à Saint-Germain. Quant à la clairière circulaire, une double rangée de charmes y est plantée, comme l’avait imaginé Gabriel. Le cachet d’antan est restitué dans ce lieu chargé d’histoire. Ici, la reine Victoria et le prince Albert furent accueillis par Napoléon III et Eugénie, à l’occasion d’une chasse le 25 août 1855.
De quoi ravir Franck Ferrand, parrain du pavillon : « Jamais je n’avais mis les pieds à la Muette et, quand j’ai été invité par les nouveaux propriétaires (…), j’ai été complètement bouleversé. (…) Le bâtiment que j’avais sous les yeux ne paraissait pas du tout le vestige ancien hérité du XVIIIe siècle. Il paraissait tout juste construit par Ange-Jacques Gabriel. J’avais l’impression, en quelque sorte, d’essuyer les plâtres ! »


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