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Dans la résidence Fleuri-Bois de Sherbrooke, Denis Veilleux discute au téléphone. La météo, les sports, des moments réconfortants, toutes sortes de sujets de conversation simples qui le raccrochent au moment présent.
Au bout du fil : un système d’intelligence artificielle.
Il ne s'agit pas d'un film de science-fiction. Une entreprise québécoise a conçu un robot conversationnel qui a pour fonction de briser l’isolement d'aînés vivant avec des troubles neurocognitifs. Le système, baptisé Pauline, se retrouve dans 6 résidences intermédiaires en Estrie, et 70 à l’échelle du Québec.
Dans un quart de travail, si on peut attirer l’attention du résident pendant 15 minutes parce qu’il va être occupé à parler au téléphone, c’est déjà gagnant, fait remarquer Daélie Rodriguez, la coordonnatrice aux soins à la résidence Fleuri-Bois.

Daélie Rodriguez est la coordonnatrice aux soins de la Résidence Fleuri-Bois à Sherbrooke.
Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer
Pauline est présente depuis deux semaines dans leurs locaux. Daélie Rodriguez en voit déjà les bienfaits, même si l’outil doit encore être apprivoisé par les bénéficiaires.
Même une personne qui a moins de capacités de communication, l'intelligence artificielle va faire en sorte de maintenir la personne attirée à la conversation, explique-t-elle.
Un départ en force
L’idée derrière Pauline vient de Tony Aubé, qui est le président et cofondateur de l’entreprise Amical. Sa grand-mère, atteinte d’alzheimer, souffrait de solitude dès que ses visiteurs quittaient son logement, parce qu’elle oubliait leur passage. Il a voulu trouver une solution pour lui offrir plus d’interactions.

Tony Aubé est président et cofondateur de l’entreprise Amical.
Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer
Pendant la conversation, il y a un deuxième système qui écoute la conversation en temps réel, qui détecte s’il y a des problèmes, si la conversation s’en va dans une bonne direction, qui est capable de rediriger. […] Et aussi, s’il y a des problèmes pendant l’appel, on est capable d’avertir le personnel ou la famille, explique Tony Aubé.
L’invention a reçu le premier prix et le prix coup de cœur du public du concours Ascension de la Jeune Chambre de commerce de Québec. De passage à l’émission Les Dragons cette semaine, l’entreprise a aussi reçu deux offres d’investisseurs.
Amical aimerait poursuivre son expansion ailleurs au Canada, aux États-Unis et en Europe.
Des interactions qui remplacent l’humain?
Les interactions avec Pauline ne remplaceront jamais celle avec un être humain, mais elles peuvent réellement combler les moments de solitude de personnes atteintes de troubles neurocognitifs.
Le but, c’est vraiment des interactions sociales, d’avoir de l’humain. Ça, c’est le plan numéro 1. Mais, force est de constater, la réalité, c’est qu’il y a quand même des temps qui sont beaucoup plus tranquilles dans un centre, souligne Philippe Voyer, professeur titulaire à la faculté des sciences infirmières de l'Université Laval.
Un appareil téléphonique avec de l’intelligence artificielle comme ça, peut être une aide d’appoint très pertinente, qui peut combler ce vide-là, ce besoin de parler avec une personne.
De toute manière, pour l’instant, l’intervention humaine est encore nécessaire avec certains résidents, fait remarquer Daélie Rodriguez. On est ici encore pour eux et, comme je vous dis, souvent, il faut venir de l’avant pour pouvoir utiliser le logiciel, parce que, dépendamment de l’atteinte cognitive, les résidents ne savent même pas c’est quoi un téléphone la plupart du temps.
Selon la Société d’Alzheimer du Québec, les troubles neurocognitifs touchaient plus de 187 700 personnes en 2025.
L’Institut national de santé publique du Québec indiquait qu’en 2023-2024, 25 % des personnes âgées de 85 ans et plus dans la province étaient affectées par des troubles neurocognitifs, comme l'alzheimer.


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