Si c’est le monument qui fabrique l’homme, alors Paul Seixas s’est hissé dans une caste très à part de coureurs cyclistes, par son succès samedi sur les bords majestueux du lac de Côme. Le Français de 20 ans et 16 jours, membre de l’équipe Decathlon-CMA CGM, devient le plus jeune lauréat du vénérable Tour de Lombardie. L’un des cinq «monuments» au calendrier, sculpté en 1905 dans la roche de ces Alpes lacustres, âpres et enjôleuses. Ce n’est pas qu’un champion soit né à travers cet exploit, car il semble venu au monde ainsi, génétiquement champion, mais ce succès en solitaire, dans une classique de grande classe, apporte une nouvelle réponse à la lancinante question de ses moyens, de sa propension à gagner, un jour, le Tour de France.
Mais une image étonne et situe le prodige, sur ces 239 kilomètres de montagnes polies par l’automne, sous une douce lumière rasante, dans les reflets dépolis et vieil or d’un cyclisme d’antiquaire, remis à neuf par Paul Seixas. Son attaque. Lorsqu’il part seul, à 19 kilomètres de Côme, le Lyonnais néglige de se mettre en danseuse. Curieuse posture du corps et de l’esprit que de rester assis au long d’un écrasement des pédales. C’est l’attitude des forts, qui nous laisse sidérés, mais c’est aussi un choix dangereux.


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