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Paul Barril, le sulfureux gendarme

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« Pour monter la cellule anti-terroriste de l'Élysée, une police politique d’un type nouveau, appuyé sur des moyens informatiques exceptionnels, plusieurs conditions devaient être réunies : servir un pouvoir corrompu, manipulateur et dissimulateur, disposer d’un cerveau machiavélique pour diriger cette mutation dans l’ombre et le secret, enfin faire sauter les verrous susceptibles de bloquer cette évolution contre nature. » (Paul Barril, 1996).

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Un super-flic qui s'écarte (beaucoup trop) des canons de la loi et qui est protégé, ou plutôt, incité par le Président de la République en exercice, alors qu'un représentant des forces de l'ordre est chargé justement de faire appliquer la loi, toute la loi et rien que la loi, et que le Président de la République est le garant de la Constitution, des institutions et de la justice ! C'est un peu, pour résumer grossièrement, le drôle de destin du capitaine Paul Barril, de la Gendarmerie nationale, qui vient de mourir ce mardi 20 octobre 2026 des suites de la maladie de Parkinson, à l'âge de 80 ans (il est le 13 avril 1946 à Vinay, en Isère où il était bien connu).

Fils et petit-fils de gendarmes (son grand-père a été grièvement blessé à la Bataille de Verdun), Paul Barril avait pour mentor celui qui allait commander la protection rapprochée du Général De Gaulle. Sorti major de son école (l'École des officiers de la Gendarmerie nationale), ceinture noire de karaté, parachutiste confirmé, nageur de combat, tireur d’élite, il a participé en 1974 à la création du GIGN (Groupement d'intervention de la Gendarmerie nationale), sous la direction du lieutenant Christian Prouteau, puis est devenu en 1978 le numéro deux du GIGN, toujours sous le commandement de Christian Prouteau. La création du GIGN était la réaction française à l'attentat antisémite aux Jeux olympiques de Munich le 5 septembre 1972 (12 morts).

Au GIGN, Paul Barril y a excellé. En particulier, il s'est distingué au cours d'une mission très périlleuse pour laquelle il fut envoyé le 23 novembre 1979 à la Mecque avec deux autres membres du GIGN pour intervenir lors d'une prise d'otages gigantesques (50 000 pèlerins pris en otage à la mosquée al-Harâm par 1 500 combattants rebelles du 20 novembre 1979 au 4 décembre 1979). Le rôle des Français missionnés à La Mecque est resté très confidentiel, ils ont formé et conseillé les troupes saoudiennes pour reprendre le contrôle de la Grande Mosquée.

Son témoignage, dix-sept ans plus tard, est le suivant : « En 1979, l'intervention courageuse de la France a contribué à sauver le régime wahhabite d'Arabie Saoudite, confronté à la plus importante prise d'otages de l'histoire. Quelques 50 000 pèlerins étaient "braqués" à l'intérieur de la grande mosquée, par plus de 1 500 combattants intégristes, aguerris et armés jusqu'aux dents. Avec deux sous-officiers du Groupement d'Intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), nous étions des conseillers action en coups tordus des forces spéciales saoudiennes. Je me souviens d'avoir passé avec eux des journées très difficiles autour de la grande mosquée. Nos vies n'avaient tenu qu'à un fil. Nous en sommes sortis vivants. ».

Paul Barril a été nommé commandant du GIGN de 1981 à 1984, d'abord par intérim pendant que Christian Prouteau créait le GSPR (Groupe de sécurité de la Présidence de la République). L'attentat antisémite de la rue des rosiers le 9 août 1982 (6 morts et 22 blessés) a conduit Christian Prouteau et Paul Barril à créer la cellule antiterroriste de l'Élysée.

En fait, on sait depuis maintenant longtemps que cette cellule servait exclusivement les intérêts personnels de François Mitterrand et de ses proches. C'est bien plus tard, en 1996, que Paul Barril, sorti de la Gendarmerie nationale en 1984 après une grave blessure à l'entraînement, allait apporter son témoignage ahurissant sur les affaires qui ont touché l'Élysée : « Nous, les nageurs de combat, nous avions désormais en face de nous, des menteurs de combat. Le premier d’entre eux, le plus rusé aussi, était à la tête de l’État. ».

En particulier, il était un acteur majeur de la fameuse affaires des Irlandais de Vincennes, où le pouvoir politique voulait absolument des coupables pour l'attentat de la rue des Rosiers. La cellule antiterroriste, sous la conduite de Paul Barril, a donc arrêté le 28 août 1982 trois hommes soupçonnés d'être les auteurs de l'attentat (ils allaient être libérés plusieurs mois plus tard, le 20 mai 1983). L'arrestation et la perquisition des lieux ont été faits en dehors de toutes les procédures légales, et à la demande de la cellule antiterroriste, le gendarme Jean-Michel Beau était chargé de refaire les choses un peu plus légalement (ce qui a valu une très longue affaire judiciaire qui a duré jusqu'en 2007).
 

Mais le plus scandaleux n'était pas cela. Paul Barril a confirmé l'affaire des écoutes téléphoniques de l'Élysée dans "Le Canard enchaîné" du 10 mars 1993 qui a titré : « L'Élysée branché sur le tout à l'écoute ». Plus d'un millier de personnes ont été mises sous écoute directement par l'Élysée (dont Jean-Michel Beau, des avocats, des journalistes, des écrivains, des réalisateurs, des acteurs, etc.) pour protéger le secret de l'existence de Mazarine Pingeot, sa fille d'origine extraconjugale (3 000 conversations ont été enregistrées de janvier 1983 à mars 1986 !). Il a jugé sévèrement l'immoralité de François Mitterrand et de ses proches : « Jusqu'au départ de François Mitterrand, l'activité de sa police politique s'est poursuivie à l'Élysée. La continuité de l'action a été assurée par Michel Charasse (…). L'Élysée était virtuellement entre les mains d'hommes d'influence. Cette "régence de fait" a bénéficié au premier cercle des fidèles, et d'abord au sénateur Charasse. ». Il a évoqué aussi ses doutes sur le suicide de François de Grossouvre.

Après son départ de la Gendarmerie nationale, Paul Barril s'est mis à son compte en créant une société de sécurité. Il est intervenu au Congo-Brazzaville auprès du Président Denis Sassou-Nguesso, en Côte d'Ivoire auprès du Président Félix Houphouët-Boigny, et surtout au Rwanda où son rôle a été très controversé.

Effectivement, il aurait effectué des missions pour le Président Juvénal Habyarimana (probablement vente d'armes, réorganisation des services secrets, etc.) de 1989 à 1994, et se serait retrouvé à Kigali du 7 au 27 avril 1994, en plein génocide rwandais, sollicité par la veuve du Président assassiné le 6 avril 1994, Agathe Habyarimana. Mais le 7 juin 2012, il a affirmé qu'il était aux États-Unis du 31 mars 1994 au 13 avril 1994, et donc absent de Kigali lors de l'assassinat de Juvénal Habyarimana. Toutefois, il avait écrit en 1996 dans un livre qu'il se trouvait en Afrique le 7 avril 1994. Atteint de la maladie de Parkinson, il n'était plus en mesure de témoigner à partir de 2013.
 

En juin 2013, on lui a aussi reproché d'avoir signé « un accord d’assistance de fourniture d’armes et de munitions, et de formation et d’encadrement » avec les génocidaires hutu en plein génocide. Une information judiciaire a été ouverte, mais aucune procédure contre Paul Barril n'a suivi cette information judiciaire.

Par ailleurs, dans une affaire de blanchiment d'argent, Paul Barril a été accusé par un des protagoniste et mis en examen pour « association de malfaiteurs, en vue de la commission d'extorsion en bande organisée, en vue de la commission d'assassinat et de corruption », ce qui l'a conduit à être incarcéré (aux Baumettes à Marseille) du 27 décembre 2007 au 24 janvier 2008, libéré sous caution, et il a été relaxé le 25 septembre 2013 par le tribunal correctionnel de Marseille.

Mardi, Paul Barril est donc parti avec de nombreux secrets, et notamment des secrets d'État. Exécutant, à la fois fautif mais aussi victime d'un Président particulièrement cynique à la tête de la France pendant quatorze ans.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 octobre 2026)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Paul Barril.
Le Sénat s'inquiète de l'avenir de la Gendarmerie nationale.
La police municipale.
Général Pierre de Villiers.
Sergent-chef Florian Montorio.
Major Arnaud Frion.
Capitaine Alfred Dreyfus.
Général Jean-Louis Georgelin.
Frédéric Veaux.
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Claude Guérant.
Prison à Nancy.
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Le 8 mai, l'émotion et la politique.
Le 8 mai ou le 9 mai ?
Le 11 Novembre et le régalien.
Chasseur alpin, courageux jusqu’au bout de la vie.
Les joyeux drilles de l’escadrille.
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Maréchal Philippe Pétain.
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Emmanuel Macron et les armées.
Colonel de La Rocque.
Colonel Émile Driant.
Être patriote.
L’appel du 18 juin.
 

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