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L’aide médicale à mourir (AMM) serait difficile pour les proches. Ou bien elle serait choisie par défaut de soins. C’est ce que j’ai entendu récemment, en écoutant les retours de la pièce Club sandwich mayonnaise. Mais une expérience unique ne vaut pas vérité générale. Aujourd’hui, si je prends la plume, c’est pour relater une autre expérience de la fin de vie médicalisée.
La mienne commence par une histoire d’amour de 52 ans. Avec Claude, mon époux, nous avons élevé deux fils dans une famille ouverte, où la liberté de pensée et la discussion ont toujours eu leur place. Lorsque le débat sur l’AMM a émergé au Québec, nous en avons discuté autour d’un dîner, comme d’un sujet d’actualité. Nous avions déjà été témoins de décès difficiles, marqués par des souffrances prolongées, et cela nourrissait notre réflexion. Nous ne savions pas qu’un jour nous serions concernés.
En janvier 2022, tout a basculé : Claude a reçu un diagnostic de cancer stade 4, incurable. La mort était au bout du chemin. On lui a proposé une chimiothérapie et on a estimé son espérance de vie à 18-24 mois. Nous avons gagné une année supplémentaire.
Mon conjoint a bénéficié, durant ces trois années, d’un suivi médical exemplaire. Les soins palliatifs qu’il a reçus ont été d’une qualité remarquable. Qu’il s’agisse de gestion de la douleur, d’accès aux spécialistes, de suivi de son cancer ou d’accompagnement humain… nous n’aurions pas pu espérer mieux. Nous avons été entourés de professionnels experts et dévoués.
Pourtant, très tôt dans la maladie, mon mari a entrepris les démarches pour l’AMM. Il voulait pouvoir décider du moment de son départ, si la souffrance devenait trop grande. À aucun moment cette option n’a été envisagée comme une réponse à un manque de soins. Elle s’est inscrite dans un parcours où tout avait été fait pour le soulager.
La chimiothérapie a ralenti la maladie et lui a permis de profiter de la présence de ses enfants, de ses petits-enfants et de la mienne. Mais elle a aussi entraîné son lot de douleurs, d’atteintes pulmonaires, de douleurs osseuses, de fatigue importante.
En novembre 2024, mon époux a décidé de l’interrompre. Puis, il a fixé une date pour son AMM : le 10 janvier 2025. Il voulait vivre une dernière période des Fêtes avec nous. Ce choix, nous l’avons accueilli ensemble avec mes enfants.
Mais le 31 décembre, après une chute, ses douleurs sont devenues intolérables. Les médecins ne pouvaient pas le soulager. Attendre encore 10 jours lui semblait insoutenable.
Le praticien qui devait procéder à l’AMM était en vacances. À notre demande, il a pourtant annulé ses congés et est revenu pour être présent dès le 1er janvier. Ce geste, je ne l’oublierai jamais.
Nous avons appelé nos proches. Ils sont venus, un à un, échanger avec mon époux de derniers mots d’amour. Nous avons célébré ce dernier Premier de l’an avec Claude. Nous avons mis de la musique. Nous avons ouvert du champagne et servi quelques bouchées.
Puis, mon mari est parti, entouré de ses enfants et de sa femme.
Ces heures-là n’ont rien d’un traumatisme. Elles ont été empreintes de douceur, de respect, et d’une forme de paix. Face à son absence, la tristesse est bien réelle. Mais elle n’est pas habitée par le souvenir d’une agonie prolongée. C’est en riant que nous parlons de Claude. Son histoire ne s’est pas terminée dans l’épuisement et la souffrance, mais dans un cadre choisi et apaisé.
Je ne prétends pas que toutes les situations se ressemblent. Mais je refuse que l’on réduise l’AMM à une conséquence de défaillances du système de soins ou à un traumatisme pour les proches. Mon mari a été soigné avec compétence et humanité. Sa décision ne lui a pas été imposée par un manque, mais a été rendue possible par une loi respectueuse de sa volonté, et nous l’avons accompagné dans ce parcours.
Je fais part de ce témoignage avec émotion, parce qu’au milieu des débats, il me semble essentiel de rappeler que, pour beaucoup, l’aide médicale à mourir n’est ni un échec ni une dérive, mais une manière de rester maître de sa fin, entouré de ceux qu’on aime.


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