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Rien n’est réglé entre la Chine et les États-Unis après la visite du président Donald Trump à Pékin. Et pourtant, la rencontre entre les dirigeants des deux plus grandes puissances de la planète a réchauffé leurs relations. On a de part et d’autre rangé les injures et rivalisé d’amabilités.

Il y avait pourtant de quoi se fâcher. Le menu des entretiens était aussi volumineux qu’explosif : Taïwan, Iran, Corée du Nord, Ukraine, Russie, contentieux maritimes en mer de Chine, tarifs douaniers, métaux et terres rares, espionnage industriel et technologique. Pour autant, les deux grandes puissances ont décidé de projeter l’image d’une certaine unité. L’une et l’autre ont mis l’accent sur la « stabilité stratégique » afin d’encadrer leur compétition économique et militaire.

Le président chinois a donné le ton dès sa première rencontre avec Trump. « Tant la Chine que les États-Unis ont intérêt à coopérer, et beaucoup à perdre à s’affronter, a dit Xi Jinping. Nos deux pays devraient être partenaires plutôt que rivaux. » S’aventurant dans le champ de la géopolitique, il a rappelé à ses interlocuteurs américains que le pire n’était pas inévitable. Ainsi, il s’est demandé si les États-Unis et la Chine pouvaient « surmonter le “piège de Thucydide” et forger un nouveau paradigme pour les relations entre grandes puissances ». Le « piège » est une expression courante en relations internationales, décrivant l’idée tirée des enseignements de l’historien grec du Ve siècle avant notre ère selon laquelle lorsqu’une puissance émergente (Athènes/Chine) menace de supplanter une puissance établie (Sparte/États-Unis), il en résulte souvent une guerre.

Pour les plus pessimistes, la relation entre les deux pays ne peut que reposer sur l’affrontement. Et ce dernier concernerait aussi tout l’Occident, car le fossé entre les deux n’est pas seulement économique et militaire, mais aussi culturel et civilisationnel. En ce milieu du XXIe siècle, la Chine est le plus évident des rivaux de l’Occident. On a déjà beaucoup écrit sur les aspects économiques, politiques et militaires de cette rivalité, et notamment sur les tensions entre la Chine d’une part, et les États-Unis d’autre part.

Il existe cependant un autre aspect de cette relation, qui a suscité moins d’intérêt : la divergence entre les deux blocs géopolitiques quant aux grands récits historiques dont ils font la défense et la promotion. Chacun a sa propre vision de l’histoire mondiale et son propre modèle en matière de relations entre les cultures et les civilisations.

Mais est-on si certain que ces modèles obligent chaque pays sur la planète à choisir son camp entre la Chine et les États-Unis ? Cette dichotomie rappelle le temps de la guerre froide, où chacun était sommé de s’aligner derrière Washington ou Moscou. À cette époque, les États-Unis et l’Union soviétique rythmaient le déroulement des relations internationales.

Aujourd’hui, certains craignent un nouveau Yalta, un nouveau partage du monde. Mais nous n’en sommes plus là. Par exemple, le Sud global, cette centaine de pays de l’ex-tiers-monde, émerge sur la scène internationale comme un acteur dont les puissances du Nord doivent prendre en compte les revendications et les intérêts. Ces pays ont réussi à s’autonomiser par rapport aux États-Unis, à la Russie et à la Chine même si, parfois, ils demeurent liés aux puissances mondiales.

Ce qui nous ramène à Thucydide et à une éventuelle guerre entre Pékin et Washington, dont la cause apparente serait Taïwan, « la question la plus importante dans les relations sino-américaines », a dit le président chinois, mais dont la cause profonde serait la volonté de l’une ou de l’autre puissance de dominer le monde. Chacun dispose de cartes dans son jeu. Les États-Unis restent encore la puissance dominante et ils n’hésitent pas à utiliser le bâton en Amérique latine ou ailleurs pour contrer l’influence chinoise. Pékin, de son côté, avance ses pions avec méthode et patience, au point qu’aujourd’hui quelque 120 pays sur les 193 membres de l’ONU ont comme premier partenaire commercial la Chine.

Washington comprend qu’il demeure une puissance redoutable, mais qu’il évolue dans un monde de moins en moins passif. Pékin acquiert petit à petit les éléments pour devenir une puissance au pair avec les États-Unis, tout en étant parfaitement conscient de ses faiblesses. Les Américains veulent-ils vraiment s’engager dans une guerre assurément catastrophique pour défendre Taïwan ? Les Chinois sont-ils prêts à tout perdre pour reprendre l’île ?

Depuis quelque temps, le doute s’est installé dans les esprits aux États-Unis et en Chine quant aux conséquences d’un affrontement économique et militaire. Les déclarations sont moins martiales, les analyses plus modérées. En tout cas, pour le leader chinois, il y a suffisamment de place sur la planète pour accommoder les deux grandes puissances. « Réaliser le grand renouveau de la nation chinoise et rendre sa grandeur à l’Amérique peuvent parfaitement aller de pair… et contribuer au bien-être du monde entier », a-t-il dit.

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