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Dans un numéro spécial bicentenaire de l’émission du Figaro TV enregistrée au Grand Palais, le destin du plus ancien quotidien français est retracé.
Comment expliquer la longévité du Figaro ? « Je pense que si ce journal a traversé ces deux cents ans, c’est qu’il a su naître, renaître, se transformer, être différent, tout en restant toujours Le Figaro tout de même », expliquait Claire Blondin mercredi dernier dans « Parlez-moi d’Histoire », enregistré au Grand Palais. Un numéro exceptionnel diffusé ce soir sur Le Figaro TV. L’historienne des médias et commissaire de l’exposition du bicentenaire, en association avec Guillaume Perrault, participait à l’émission présentée par ce dernier. Ceci en compagnie de l’historien et conservateur à la Bibliothèque nationale de France (BnF) Charles-Éloi Vial, de la directrice adjointe de la rédaction du Figaro hors-série, Isabelle Schmitz, et du directeur du Figaro littéraire, Étienne de Montety.
Au fil de l’émission, l’histoire du plus ancien quotidien français est retracée et apparaît comme le reflet de celle de la France elle-même. « Comme historien, comme docteur en histoire, j’avais déjà à l’époque de ma thèse beaucoup travaillé sur Le Figaro pour la période de la Restauration, de la monarchie de Juillet. Je m’étais rendu compte de la richesse des numéros du Figaro. On peut retrouver des dates, des mentions d’événements, c’est une vraie mine d’informations, c’est extrêmement précieux, explique Charles-Éloi Vial. Et ensuite, comme conservateur, en retrouvant des manuscrits d’articles du Figaro dans des fonds de grands écrivains, je me suis aperçu que c’était un journal extrêmement littéraire. Un journal où de grandes plumes écrivent, avec souvent des manuscrits qui sont beaux. » On a pu s’en rendre compte en admirant ceux de Beaumarchais, de Marcel Proust ou encore de Jean d’Ormesson, qui étaient présentés lors de l’exposition qui s’est tenue du 14 au 16 janvier.
Excellence et indépendance
Isabelle Schmitz, qui a conçu avec le directeur de la rédaction du Figaro hors-série, Michel De Jaeghere, un numéro spécial « 1826-2026. Le Figaro traverse les siècles. 200 ans d’histoire de France » souligne : « Ce qui nous a le plus intéressés, c’est de nous rendre compte que l’histoire du Figaro est consubstantielle de l’histoire de notre pays, (…) et que même Le Figaro a forgé l’histoire de France. Je vous donne trois exemples. D’abord, Baudelaire, avec ses Fleurs du mal, c’est après un article du Figaro que le procureur Pinard décide de l’attaquer pour atteinte aux bonnes mœurs. Deuxième exemple, plus glorieux, je dirais, l’affaire Dreyfus, dans laquelle Le Figaro est l’un des premiers journaux français à défendre l’innocence du capitaine (…). Et puis il y a dans les années 1950 l’affaire Kravchenko, ce dissident russe dont Le Figaro publie un grand entretien, ce qui lui vaut les foudres de Sartre, Beauvoir et leurs amis. »
L’ouverture d’esprit du journal est soulignée par Étienne de Montety à propos notamment de l’anarchiste Jules Vallès. Ce dernier est accueilli par Hippolyte de Villemessant, directeur de 1854 à 1874, dans les colonnes du Figaro, pour rédiger des reportages sur la condition ouvrière. « Cela vaudra au Figaro, au moment de la Commune, alors que les communards veulent la peau du quotidien, d’être défendu par Vallès », indique le directeur du Figaro littéraire, qui ajoute : « En 1945, l’envoyé spécial du Figaro aux États-Unis, c’est Jean-Paul Sartre. »
L’épopée du Figaro apparaît avec éclat tout au long du débat. La création de la feuille littéraire par Maurice Alhoy et Étienne Arago en 1826. La naissance du journal quotidien sous l’impulsion d’Hippolyte de Villemessant en 1866. Le choix décisif de Pierre Brisson de saborder le journal en novembre 1942 afin de ne pas se compromettre avec l’occupant nazi. L’opposition au communisme pendant la guerre froide. Autant de points de repère, parmi beaucoup d’autres, qui ont permis au Figaro de s’inscrire dans la durée et de rester fidèle à lui-même, à son exigence d’excellence et d’indépendance.


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